Les perspectives de développement de la filière éolienne maritime en Occitanie ne vont pas seulement concerner le tissu industriel régional. Les pêcheurs seront aux premières loges. Les futurs champs commerciaux d’éoliennes flottantes en Méditerranée liés aux Appels d’offres AO 6 et AO 9 et AO 10, vont s’étendre sur plus de 1 000 km2, qui représentent 10 à 15 % des zones de pêche couvertes par les 120 navires des 350 marins adhérents de l’Organisation de producteurs (OP) SaThoAn (CA : 1 M€, 12 collaborateurs), basée à Sète (Hérault).
"La pêche sera-t-elle possible sur ces zones ? Nous craignons que la réponse soit non."
"La pêche sera-t-elle possible sur ces zones ? Nous craignons que la réponse soit non", expose Bertrand Wendling, directeur de SaThoAn. L’enjeu n’est pas mince pour l’Organisation de producteurs dont les coopérateurs réalisent 50 à 60 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels, à 80 % grâce au thon rouge. Voilà pourquoi l’OP a mis sur pied l’ambitieux programme FishWind, avec deux missions : apporter les arguments pour que les parcs éoliens ne deviennent pas des zones d’exclusion de la pêche ; et développer des structures écoconçues favorisant une restauration de la biodiversité et donc, l’économie bleue. Le programme envisage de produire par la même occasion une bibliographie scientifique sur la gestion de la biomasse autour de l’éolien flottant, encore peu documentée, à la différence de l’éolien posé (puisqu’il n’existe qu’un seul parc, en Écosse).
Partenaires industriels et scientifiques
Pour réaliser ce projet, évalué à 4 millions d’euros, SaThoAn a fédéré des partenaires, dont quatre porteurs de projets d’éoliennes, cofinanceurs avec la Région et l’UE : EDF (Provence Grand Large), Ocean Winds (EFGL), Qair (Eolmed), EnBW (Valeco). Ces derniers ont intérêt à favoriser l’acceptabilité de leurs projets. Ils anticipent aussi une éventuelle application de la directive cadre sur la stratégie pour le milieu marin visant à restaurer le bon état écologique des milieux et une extension de la loi ZAN (zéro artificialisation nette) au milieu marin. La coactivité s’inscrit dans du gagnant-gagnant.
Sont également associés des instituts de recherche (Ifremer, etc.), le bureau d’études BRL Ingénierie pour le suivi environnemental, et deux entreprises occitanes spécialisées dans la conception de structures sous-marines : 3D Concrete et Lineup Ocean.
Des récifs immergés favorisent la vie aquatique
Les marins ne veulent pas être exclus des zones éoliennes, mais doivent mesurer l’intérêt économique de continuer à y pêcher, à distance des côtes. Les récifs écoconçus, immergés à proximité des éoliennes, peuvent y contribuer. Ces structures sont réputées attirer la vie aquatique, et lorsqu’ils sont bien conçus, contribuent à la restauration des fonds marins. "L’enjeu n’est pas de déplacer les poissons, mais de générer plus de biomasse en créant un nouvel écosystème qui soit une zone d’abri, de reproduction, non propice aux espèces invasives", détaille Bertrand Wendling. Comme il s’avère difficile de modifier les structures des éoliennes en y intégrant des récifs, FishWind cherche à créer des structures posées sur les fonds à côté des éoliennes.
Le programme FishWind se déroulera en deux phases. La première, qui a démarré avril 2025 et continuera jusqu’en 2027, consiste à évaluer la faisabilité du projet, notamment les risques éventuels de sécurité engendrés par la coactivité. La deuxième démarrerait en 2028 avec la conception de modules, leur mise à l’eau en 2029, puis un suivi environnemental de 3 à 5 ans, aboutissant avant la pose de la première éolienne de l’AO 6.
Bateaux connectés et parc éolien virtuel
Une des missions de la première phase est d’évaluer l’intérêt économique de continuer à pêcher sur les parcs. Car à proximité des éoliennes et des récifs, les filets de pêches traînants seront bannis. Seuls opéreront les "arts dormants" : casier, palangre de fond, pot à poulpe, senne tournante coulissante de surface (pour les poissons pélagiques) et filet de fond ancré. Ces activités ne concerneraient qu’une trentaine de navires.
Un parc éolien flottant virtuel a été élaboré, tous les bateaux de SaThoAn étant équipés de balises, ils naviguent en respectant ces cartes virtuelles où figurent les futurs câbles d’éoliennes, les zones de coactivité, etc. Les pêcheurs testent chaque technique de pêche. Les premiers résultats tendent à démontrer que le risque est quasi nul en termes de sécurité. À confirmer. Ces essais n’ont pas lieu sur les fermes pilotes récemment installées au large des côtes audoises car malgré le gigantisme de chaque éolienne, leur emprise n’est pas suffisante pour mesurer l’intérêt d’une coactivité.
À terme, si l’intérêt de ces récifs écoconçus est avéré, il est envisagé de monter une structure commerciale pour déployer une utilisation industrielle. "Cette démarche peut être exportée ailleurs dans le monde", assure le directeur. Des liens sont déjà tissés avec les pêcheurs du Japon. L’OP sétoise doit s’y rendre cette année.
350 marins
Constituée en 1991, SaThoAn (Sardines-Thon-Anchois) est la plus ancienne des 3 OP méditerranéennes. Elle regroupe 350 marins sur plus d’une centaine de navires répartis dans 20 ports de la frontière espagnole jusqu’à l’Italie. L’OP est chargée de l’organisation des marchés des produits de la mer de ses adhérents, de la gestion des autorisations de pêche (licences et quotas), de la valorisation des produits et des actions de partenariats avec les scientifiques.