Emmanuel Rollin a retrouvé le sourire. Après une année 2019 difficile, marquée par l’étude de nombreux recours administratifs, le directeur d’Ailes Marines, porteur du projet de parc éolien offshore en baie de Saint-Brieuc, s’est réjoui de voir la justice lui donner raison. « Nous voyons enfin le bout du tunnel en entrant dans le concret. Le Conseil d’État a levé les principales épées de Damoclès au-dessus de nos têtes en décembre dernier. Il existe encore un recours devant la justice européenne, déposé par un collectif d’artisans-pêcheurs, au sujet de l’aide de l’État pour la construction des six parcs éoliens. Mais ce recours, qui n’est pas suspensif, ne concerne pas que Saint-Brieuc. »
80 millions d’euros déjà investis
Confiant, le patron d’Ailes Marine, qui investira près de 2 milliards d’euros dans la construction d’un parc de 62 éoliennes de 8 MW chacune, soit l’équivalent de la consommation de 835 000 habitants, se projette désormais vers l’avenir. « Nous confirmons le calendrier initial avec une phase de construction qui débutera en 2021 et une mise en service en 2023. » Du côté d’Iberdrola, actionnaire majoritaire d’Ailes Marines, la décision finale d’investissement sera annoncée, comme prévu, à la fin du premier semestre 2020. Sauf coup de théâtre, et au regard des presque 80 millions d’euros déjà investis en études depuis 2012, plus rien ne semble empêcher la réalisation de ce projet structurant pour les Côtes-d’Armor.
Les sous-traitants costarmoricains espèrent enfin voir se concrétiser les retombées économiques promises par Ailes Marines. « Les premières installations industrielles vont sortir de terre en 2020, à commencer par celles de Navantia et de Windar sur le nouveau polder de Brest, confirme Emmanuel Rollin. Les fondations « jacket » des éoliennes y seront construites. Ce sont des structures extrêmement imposantes qui font entre 1 100 tonnes et 1 300 tonnes et qui mesurent plus de 70 m de haut pour certaines. Une usine Siemens va également être construite au Havre pour réaliser les pâles, les nacelles et les génératrices. »
Un assemblage en Espagne
Ailes Marines confirme que le consortium espagnol (Navantia et Windar) fera appel à des sous-traitants en Bretagne, notamment en chaudronnerie. « Des premières rencontres ont eu lieu en octobre 2019 mais cela va s’accélérer en 2020. Notre plan industriel se concrétise. » Seul bémol : le choix fait de réaliser l’assemblage final en Espagne sur le site de Navantia à Fene. « Ils ont un savoir technique sur cette étape essentielle, tempère Emmanuel Rollin. Fabriquer des fondations jacket reste extrêmement compliqué. Pour la Bretagne, il s’agit d’une première expérience dans les EMR. La marche était beaucoup trop haute pour faire monter en compétences tout le tissu industriel local aussi rapidement. » Une fois assemblées, les fondations seront directement envoyées sur site en baie de Saint-Brieuc, sauf pour un stock tampon entreposé sur le polder de Brest.
Le regret Saint-Quay-Portrieux
Ailes Marines précise également que Lézardrieux est le port choisi comme base du chantier, suite au volte-face de Saint-Quay-Portrieux qui a pris fait et cause pour les pêcheurs. « Nous allons nous installer sur l’ancien quai sablier, libre depuis fin 2019, afin de stocker du matériel, une grue et quelques constructions modulaires. La zone de Kérantour à Pleudaniel nous servira de bases permanentes. » Pour rendre accessible le port de Lézardrieux 24 heures sur 24, condition indispensable pour le transfert du personnel et le chargement des colis, la construction d’un ponton renforcé, prévue initialement en 2023, va s’accélérer. Conscient de la distance qui sépare Lézardrieux du site du parc éolien (2 heures de transfert) Emmanuel Rollin regrette que le dossier Saint-Quay-Portrieux ne puisse encore aboutir. « Le port d’Armor est pourtant situé à 52 minutes du chantier. À ce jour, nous n’avons pas réussi à convaincre l’ensemble des utilisateurs. Ce sera une occasion manquée pour tout le monde alors que nous avons tant à apporter au port de Saint-Quay-Portrieux. »
ENCADRE 1 500 signes
Les pêcheurs dénoncent « le mépris d’Ailes Marines »
La pilule ne passe pas dans le monde de la pêche et pourrait se révéler être une grosse épine dans le pied d’Ailes Marines quand les premiers coups de pioches auront lieu au large de la baie de Saint-Brieuc. Le 18 avril 2017, le préfet des Côtes-d’Armor délivrait à Ailes Marines et à RTE les autorisations concernant la réalisation du parc éolien et son raccordement. Y étaient intégrées, à la demande des comités des pêches des Côtes-d’Armor, d’Ille-et-Vilaine et de Bretagne, de nombreuses prescriptions afin d’apporter, avant le début du chantier, des garanties sur l’ensouillage de la totalité des câbles et des réponses concernant les impacts du projet sur les ressources halieutiques (bruit, impact sur les courants marins, zone d’exclusion, etc.) Pour les pêcheurs, « Ailes Marines fait preuve de beaucoup de mépris en évoquant un début de construction en 2021 alors que ces réponses ne sont toujours pas apportées. »
Déjà arc-boutés contre l’implantation du port de maintenance à Saint-Quay-Portieux, à proximité immédiate de ses quais de déchargement, la profession se fait même menaçante en réaffirmant le fait que « le projet ne pourra pas voir le jour tant que les engagements pris ne seront pas respectés. » Dans la balance, les pêcheurs costarmoricains mettent en avant leur poids : 300 navires de pêche, 800 marins pêcheurs, 20 ateliers de mareyages et de transformations pour un total de 2 400 emplois.