L'"or rouge" n’a jamais aussi bien porté son nom. En décembre, le cours du cuivre a dépassé pour la première fois de l’histoire les 11 000 dollars la tonne. Rien que sur l’année 2025, le prix de ce métal a progressé de 30 %. Raisons de l’emballement : la hausse de la demande, liée à la transition écologique - on retrouve du cuivre dans les éoliennes ou les voitures électriques par exemple -, et les tensions commerciales internationales.
La flambée des cours du métal rouge impacte le fabricant de câbles normand Acome (1 600 salariés), qui utilise le cuivre dans beaucoup de ses produits, comme des câbles pour l’automobile. Elle a immédiatement pesé sur la rentabilité de l’entreprise. "Il a fallu convaincre les clients d’augmenter les prix. Cela a été un combat de longue haleine pour restaurer nos marges", explique Frédéric Briand, PDG de cette ETI ayant son siège social à Paris et sa principale usine (1 000 salariés) à Romagny-Fontenay, dans la Manche.
De la RSE à la sécurisation d’un approvisionnement stratégique
Chez Acome, la flambée des prix a fait accélérer une stratégie d’approvisionnement que le groupe a d’abord abordée sous l’angle de la RSE. "Nous avons commencé à nous intéresser au cuivre recyclé en 2022. Nous avons intégré ce critère dans nos achats pour répondre à nos objectifs de baisse de notre empreinte carbone", indique Michaël Barbé, directeur des achats d’Acome. Les deux tiers des émissions de CO2 d’Acome sont en effet liés au scop 3 du bilan carbone (les émissions indirectes de la chaîne valeur) et dépendent principalement du choix des matériaux utilisés.
Mais l’intégration de métal recyclé amène de nouveaux défis, en matière de sourcing (accès à la ressource) et de R & D (compatibilité technique et compétitivité prix). "L’objectif, c’est d’intégrer du recyclé sans surcoût pour le client", fixe Michaël Barbé. Le pari est en voie de concrétisation. Parti de zéro, l’industriel normand s’approvisionne désormais de "façon significative" en cuivre recyclé.
Acome remonte la chaîne de valeur
La bonne nouvelle, c’est que la ressource ne manque pas. Anciens réseaux télécoms, déchets automobiles, de construction, etc. : "Les entreprises sont assises sur des mines de cuivre", assure Stéphane Samson, directeur général délégué d’Acome. Du coup, l’industriel normand s’organise pour tirer profit des gisements français de déchets de cuivre. "Nous sommes remontés dans la chaîne de valeur", indique Michaël Barbé. Acome achète des déchets de cuivre, les propose à des transformateurs qui les recyclent en bobines permettant à Acome de fabriquer ses câbles.
Les défis de l’approvisionnement et de la vente
La partie n’est pas encore gagnée. Car ce modèle d’économie circulaire a aussi ses limites. D’une part, parce que les déchets de cuivre peuvent partir à l’autre bout du monde. "Les entreprises (qui collectent les déchets de cuivre, NDLR) vendent au plus offrant", confie Stéphane Samson. D’autre part, parce qu' "aucun client n’est prêt à payer plus cher pour un produit plus vert. Pour remporter la mise, il faut être à iso-prix ", conclut Stéphane Samson.