Sans solutions de recyclage à l’heure actuelle, les petits déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) constituent une mine d’or aux yeux de Weeemet. La start-up fondée en avril 2024 à Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle) se fonde sur la technologie d’hydrométallurgie développée au sein du laboratoire Géoressources (rattaché à l’Université de Lorraine et au CNRS) pour en extraire une large palette de métaux d’intérêt.
Alexandra Noirault, présidente de Weeemet, explique "qu’en raison du risque incendie inhérent aux batteries qu’ils renferment, ces biens de consommations en fin de vie (brosses à dents électriques, écouteurs sans fil, manettes de console de jeux, etc.) ne peuvent être traités par les centres de recyclage".
Plus efficace que la pyrométallurgie
Par ailleurs, les techniques actuelles de pyrométallurgie consistant à porter les déchets à 1 200°C pour récupérer les métaux, seraient peu adaptées à ces résidus de petite dimension. "Les procédés de pyrométallurgie ne sont rentables que pour des déchets à forte teneur en métaux comme les cartes électroniques des DEEE de plus grande taille (ordinateurs, machines à laver, etc.). De plus, ces techniques ne permettent d’extraire que le cuivre et les métaux précieux", complète la présidente de Weeemet.
La société innovante de deux salariés fonde son projet sur une technologie distincte, moins impactante pour l’environnement. Les petits DEEE sont préalablement hachés puis délaminés via un procédé novateur permettant de trier plus facilement le plastique des métaux : tamisage, table à secousses et séparation magnétique. Les procédés chimiques d’hydrométallurgie permettent ensuite d’extraire et de purifier les métaux.
Démonstrateur capable de traiter 500 kg de concentré de déchets
Lauréate d’une bourse French Tech, la start-up accompagnée par l’Incubateur lorrain de l’Université de Lorraine, s’appuie pour le moment sur un pilote de laboratoire de 20 litres. Ce dernier est capable de traiter un concentré de 1 kg obtenu à partir de 50 kg de petits DEEE.
La bourse obtenue auprès de l’EIT-Raw materials de l’Union européenne en ce début d’année va lui permettre de franchir un cap, la construction d’un démonstrateur de 500 kg de concentré. La start-up bénéficie également du soutien en recherche-et-développement d’un industriel suisse spécialiste de l’affinage de l’or et des métaux précieux. Une tonne de concentré de petits DEEE permettrait d’obtenir 175 kg de métaux, 150 kg de cuivre, 25 kg d’étain et 100 g de métaux précieux.
Modèle fondé sur de petites unités de traitement
Alexandre Chagnes, professeur à l’École nationale supérieure de géologie de Nancy, cofondateur de la start-up, explique que son modèle économique se basera sur "la construction et l’exploitation de petites unités de traitement adossées à des centres de recyclage des DEEE". À l’horizon 2030, Weeemet envisage ainsi la construction d’un pilote industriel destiné à traiter 300 à 500 tonnes de concentré de petits DEEE par an.
De quoi réduire, selon ses fondateurs, l’impact carbone du traitement actuel des DEEE qui convergent vers des grandes unités de pyrométallurgie en Europe du nord ou aux États-Unis. Le procédé de Weeemet diviserait par dix les émissions de CO2 liées au traitement de ces déchets et par deux la consommation d’énergie.