Vous venez d’être nommé à la tête d’Even (2,7 Md€ de CA en 2023, 6 300 salariés). Quel est votre parcours ?
J’ai 47 ans, je suis éleveur à Hénanbihen, dans les Côtes-d’Armor, avec mon frère Pierre. Nous avons 130 vaches laitières, un atelier porcin et une unité de méthanisation. Installé depuis 2003, j’ai pris mes premières responsabilités chez Even en 2006 comme administrateur avant de devenir vice-président en 2017 et président depuis le 1er juillet 2024.
Qu’est-ce qui vous a mené à la coopérative ?
Mes parents ont toujours eu des engagements professionnels et associatifs, c’est ancré dans notre famille. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre les évolutions du métier et les orientations à prendre. Even, ce sont aussi des relations simples et amicales de partage des valeurs de la coopérative. Pour ces raisons, j’ai donc voulu participer au projet.
Quels sont les axes majeurs de votre mandature ?
Il y a deux chantiers incontournables. Le premier est le renouvellement de génération. La pyramide des âges est défavorable et beaucoup d’éleveurs arrivent à l’âge de la retraite. Il faut donc accueillir de nouveaux adhérents. Il n’y a pas de décrochage mais une baisse régulière d’éleveurs, de l’ordre de 3 à 5 % chaque année. Il faut aider les jeunes à s’installer. Nous avons un programme qui s’appelle Bien Dans Ma Coop, qui leur apporte une proposition globale, avec une aide financière et un accompagnement technique. Nous avons installé une quinzaine de jeunes exploitants en 2023, à qui nous avons apporté une aide financière d’environ 13 000 euros chacun.
Quel est le deuxième chantier incontournable ?
Il s’agit de l’accompagnement vers les transitions environnementales. Nous avons des demandes très structurées de nos clients en la matière. Nous avons réalisé des bilans carbone du groupe et d’exploitations depuis cinq ou six ans. Nous sommes entrés dans une deuxième phase avec une démarche de progrès, corrélée avec les performances technico-économiques des adhérents. Il s’agit d’une somme d’actions à la carte, par exemple dans le domaine de l’efficacité alimentaire, la plantation de haies, le bien-être animal. Ou en augmentant les silos de stockage de maïs humide, ce qui limite l’utilisation de gaz. Notre fonds RSE, doté d’1,6 million d’euros chaque année, est utilisé par 90 % de nos adhérents.
Quels sont les prochains gros investissements dans votre outil industriel ?
Nous investissons chaque année environ 60 millions d’euros, dans le domaine du lait, pour 40 millions d’euros, et le reste dans nos autres activités (distribution alimentaire, nutrition animale, services). Ils se déclinent en investissements capacitaires, rénovation de bâtiments et mécanisation. Nous installons par exemple une troisième ligne de production sur notre site Laïta de Créhen (Côtes-d’Armor), pour accompagner la success-story de la gamme Madame Loïc dont les volumes ont été multipliés par 4 en 10 ans. Il s’agit d’un investissement de 30 millions d’euros sur treize ans, qui comprend également une rénovation globale des ateliers et la construction d’une chaudière biomasse. Le défi est de continuer la production pendant les travaux. Nous avons également investi dans un nouvel butyrateur (machine de production de beurre en continu) dans notre beurrerie de Landerneau (Finistère). Et la fromagerie d’Ancenis (Loire-Atlantique) fait l’objet d’un plan de modernisation.