Lille
"Euratechnologies n’a jamais été dans une course effrénée à la levée de fonds"
Interview Lille # Services aux entreprises # Start-up

Koussée Vaneecke présidente de l’incubateur et accélérateur lillois Euratechnologies. "Euratechnologies n’a jamais été dans une course effrénée à la levée de fonds"

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Euratechnologies a quinze ans. Parc d’activité de la métropole lilloise devenu étendard de la politique d’innovation régionale, il a gagné en envergure au point d’être désigné, en mars dernier, premier hub de start-up de France par le Financial Times. Sa présidente, Koussée Vaneecke, revient sur les jalons franchis et ceux à venir.

Koussée Vaneecke, présidente de l'incubateur et accélérateur lillois Euratechnologies. — Photo : Jonathan Blanchet

Comment a évolué Euratechnologies en quinze ans ?

La mission première d’Euratechnologies n’a pas changé. La structure est née pour créer de l’emploi dans les territoires, et cela reste notre priorité. C’est le contexte dans lequel évoluent nos start-up qui a bougé. Lancer un tel incubateur il y a quinze ans était visionnaire. Aujourd’hui, l’écosystème Tech s’est considérablement développé : les structures comme la nôtre sont désormais 450 en France. Nous devons continuer à être toujours plus visibles au niveau national et européen.

Votre manière de recruter est différente ?

Nous avons lancé l’appel à candidatures de notre future promotion d’incubés qui démarrera en octobre. Pour l’ensemble de nos sites, nous devrions recruter entre 120 et 130 porteurs de projets. Nous n’avons pas mis de critères particuliers sur l’intelligence artificielle ou la transition énergétique… mais les start-up qui candidatent chez nous ont parfaitement conscience de ces enjeux. Tous les fonds qui investissent le font aujourd’hui dans les entreprises à impact.

À Lille, Euratechnologies accompagne les créateurs de start-up. Une vingtaine d’entre elles réalise chaque année des opérations de levée de fonds — Photo : Jonathan Blanchet

Les levées de fonds dans la Tech ont connu un sérieux coup de frein l’an dernier. Quel est l’impact du durcissement des conditions de financements pour l’écosystème d’Euratechnologies ?

Nos start-up ont levé 43 millions d’euros l’an dernier. Elles sont toujours entre dix-sept et vingt chaque année à réaliser des tours de table… à la différence qu’elles avaient levé plus de 70 millions d’euros l’année précédente. Et la situation ne s’améliore pas. En 2024, nos entreprises ont levé 12 millions d’euros de janvier à juillet. Nous sommes donc assez préoccupés par la situation, d’autant que les banques sont, aussi, beaucoup plus regardantes.

"Je réaffirme un objectif de création de 3 000 emplois supplémentaires à cinq ans"

La situation met des entreprises en fragilité, c'est une évidence. Je pense que nous avons malgré tout des start-up plus résilientes qu'ailleurs. Euratechnologies n'a jamais été dans une course effrénée à la levée de fonds. La responsabilité que l'on se donne est d'activer au maximum la mise en relation avec les entreprises. D'ailleurs, en parallèle, un collectif d'entrepreneurs a lancé le dispositif de soutien Eurahelp. Lequel permet de recevoir de l'aide en tout anonymat.

Quel est le taux de pérennité des entreprises à Euratechnologies ?

Depuis 2010, nous avons accompagné 1 340 projets. 466 entreprises sont nées suite à cet accompagnement. Ces sociétés ont un taux de survie de 91 % à trois ans. C’est très au-dessus de la moyenne nationale qui s’établit à 70 %. Ces mêmes chiffres nationaux représentent notre taux de survie à cinq ans. On se doute qu’avec la situation actuelle du financement, nous allons rencontrer un creux au niveau de l’emploi… mais je réaffirme un objectif de création de 3 000 emplois supplémentaires à cinq ans (NDLR : 8 000 emplois ont déjà été générés en quinze ans). En parallèle, nous avons augmenté notre nombre de start-up accompagnées. Elles vont nous aider à atteindre ce cap.

"Depuis 2010, nous avons accompagné 1 340 projets. 466 entreprises sont nées suite à cet accompagnement".

Quel bilan faites-vous de la politique d’essaimage d’Euratechnologies, avec Blanchemaille (Roubaix), Creatis à Saint-Quentin dans l’Aisne, ou l’incubateur AgroTech à Willems dans le Nord ?

Nos incubateurs épousent à chaque fois l’historique et la réalité du territoire. Blanchemaille se prépare à investir de nouveaux locaux à Roubaix l’année prochaine. Saint-Quentin est aujourd’hui notre fer de lance Deeptech et de très beaux projets s’annoncent là-bas, comme Emiba, qui propose de fabriquer des diamants de synthèse pour l’industrie. C’est là aussi que se développe une spécialisation SpaceTech (innovation disruptive sur le marché de l’espace NDLR) que l’on n’attend pas sur ce territoire et qui va monter en puissance. À la faveur d’un partenariat avec l’incubateur de l’agence spatiale européenne, l’ESA BIC Nord, nous pouvons désormais accueillir des start-up spécialisées, tout en permettant aux autres jeunes pousses de nos sites de bénéficier des technologies spatiales sur leurs produits. À Willems, l’incubateur AgroTech progresse… même si l’accessibilité du site n’en fait pas l’un des plus simples à animer. Pour mieux coller aux problématiques des entreprises et du marché, certains de ces incubateurs sont promis à des évolutions prochaines. Il n’y aura pas de réorientation géographique, plutôt des ajustements thématiques.

Quels sont les enjeux d’Euratechnologies pour demain ?

On parle de cybersécurité, de transition énergétique… L’augmentation de capital survenue en 2022 nous a permis de resserrer notre maillage et nos interventions auprès des PME régionales et au travers de la cybersécurité. Avec l’appui du campus dédié, nous avons sensibilisé 500 personnes au sujet l’année dernière. La conjoncture fait que les entreprises ont tendance à se poser des questions sur leur budget innovation. Pour être compétitif demain, ce n’est pourtant pas le moment de rogner là-dessus. Nous pouvons leur faire prendre une longueur d’avance. Il faut qu’elles osent la prise de contact avec nous.

Lille # Services aux entreprises # Start-up # Réseaux d'accompagnement