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CES de Las Vegas : qu’en retirent vraiment les start-up des Hauts-de-France ?
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CES de Las Vegas : qu’en retirent vraiment les start-up des Hauts-de-France ?

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Le CES de Las Vegas, tremplin incontournable ou simple vitrine pour les start-up des Hauts-de-France ? Entre rencontres fortuites, validations de marché et opportunités stratégiques, les bénéfices de ce salon ne sont pas toujours là où on les attend.

Les deux dirigeants de Groupe O, David Blangis (à gauche) et Emmanuel Berthod, une start-up nordiste qui développe des solutions de préservation de l’eau, lors du CES 2026 — Photo : Groupe O

Chaque année, en janvier, le CES de Las Vegas fait figure de Graal pour les start-up technologiques. Vitrine mondiale de l’innovation, ce salon américain attire plus de 140 000 visiteurs venus des quatre coins du globe. En général, les jeunes pousses des Hauts-de-France s’y rendent accompagnées par la Région, Euratechnologies et Business France, pour tenir un stand sur l’Eureka Park, le hall de l’innovation émergente. En moyenne, seule la moitié des start-up candidates à cette aventure est sélectionnée, souligne Euratechnologies. Soit sept start-up en 2026. Mais à l’heure du bilan, les dirigeants livrent un retour lucide : le CES ne se traduit pas par du chiffre d’affaires à court terme. En revanche, il est un puissant accélérateur sur d’autres sujets.

Sept entrepreneurs ont représenté la région Hauts-de-France au CES de Las Vegas 2026 — Photo : Région Hauts-de-France

Un passeport vers la crédibilité

Pour Victor Gignon, codirigeant d’Octavio, un fabricant de produits audio connectés à Tourcoing (Nord), l’objectif de la participation au CES 2025 n’était pas commercial. "Notre produit n’était pas encore sorti. Nous y allions pour valider notre technologie, rencontrer des partenaires et nouer des liens impossibles à créer depuis la France", explique le dirigeant, qui a surtout utilisé le salon comme accélérateur relationnel. "Le fait d’être au CES crédibilise immédiatement une petite structure, face à des acteurs qui n’ont habituellement pas le temps pour vous."

Tester différents marchés

Salon bien plus mondial qu’américain, le CES est pour d’autres l’occasion de tester plusieurs marchés en quelques jours. Lors de l’édition 2026, Martial Maben, codirigeant de la start-up lilloise Inside Quest, a atteint son objectif, à savoir valider son étude sur le marché asiatique. "Toyota, Japan Railways ou des assureurs japonais sont venus spontanément nous voir, ainsi que trois gros acteurs industriels coréens, prouvant l’intérêt suscité par notre solution". Inside Quest développe une plateforme qui gamifie les process d’une entreprise en s’appuyant sur l’IA, pour améliorer la performance des collaborateurs.

Une vue du stand de la start-up Wheelmove, lors du CES 2026 — Photo : Euratechnologies

Même constat pour Wheelmove, basée à Venette (Oise), qui développe un dispositif transformant un fauteuil roulant manuel classique en version électrique tout chemin. Amaury Dupas, codirigeant, ne s’attendait pas à un tel afflux de professionnels du secteur médical. Son principal objectif était de tester le marché américain, qui représente 40 % du marché du handicap. "Nous avons validé cette partie, avec une attraction qui nous permettra de rentrer sur ce marché plus tôt que prévu. Mais nous avons aussi été sollicités par des revendeurs médicaux de Nouvelle-Zélande, d’Amérique latine, de toute l’Europe."

Des investisseurs potentiels

Si le CES ne génère pas directement d’espèces sonnantes et trébuchantes, il permet toutefois de croiser la route de potentiels investisseurs. Des contacts précieux dans un contexte de raréfaction des levées de fonds. Pour Geoffroy Hulot, codirigeant de la start-up Deglace, qui a développé un aspirateur modulaire, évolutif et réparable, le phénomène était tangible. Outre la rencontre avec des distributeurs internationaux, "très intéressés par notre produit", la start-up a croisé deux business angels – l’un français, l’autre américain – qui ont prolongé la discussion entamée sur le stand par des rendez-vous post-salon.

"Sur place, un investisseur a évoqué son intention d’entrer au capital et l’envie de créer une filiale aux États-Unis."

Le Groupe O, à Caudry (Nord), acteur du traitement et de la préservation de l’eau, a vécu une expérience similaire. L’entreprise cherchait des débouchés internationaux pour une technologie permettant l’autonomie de maisons en eau. Sur place, la start-up est approchée par un grand groupe français de l’environnement, à l’identité non dévoilée. Puis un investisseur franco-américain, croisé presque par hasard, est conquis par la solution. "Il a évoqué son intention d’entrer au capital et l’envie de créer une filiale aux États-Unis", rapporte David Blangis, dirigeant de Groupe O. Les discussions se poursuivent.

Investir et s’investir

Pour bénéficier du CES, il faut cependant être prêt à s’investir, comme à investir. Plusieurs dirigeants insistent sur la préparation : identifier les marchés cibles, qualifier les acteurs, anticiper les rendez-vous. Car une fois sur place, tout s’enchaîne très vite. Inside Quest, par exemple, avait étudié les marchés asiatiques avant de partir. Deglace avait quant à lui identifié en amont, via LinkedIn, les distributeurs et investisseurs qui seraient présents sur le salon, en vue de leur y donner rendez-vous.

Vitrine mondiale de l’innovation, le CES de Las Vegas attire chaque année plus de 140 000 visiteurs, venus des quatre coins du globe — Photo : CES.tech

Participer à ce salon hors normes, c’est aussi en assumer le coût, significatif pour de jeunes entreprises. Stand, billets d’avion, hébergement, restauration, etc. : malgré l’accompagnement financier de la Région, les start-up ont un reste à charge, estimé à près de 20 000 euros par Octavio. Avec le recul, son dirigeant met en avant l’option de se rendre pour la première fois au CES en tant que visiteur uniquement. "Cela permet de prendre autant de rendez-vous, pour quatre fois moins cher, sans être bloqué pendant quatre jours sur un stand", souligne Victor Gignon. L’idée étant de maximiser les rencontres sans disperser son énergie ni son budget. Dans l’optique d’y retourner plus tard avec un stand.

Pour le dirigeant de Deglace, un point crucial reste le suivi post-CES. Le flux de contacts est massif, mais il faut hiérarchiser les prospects, planifier des rendez-vous et transformer l’effervescence du salon en relations concrètes, financières ou commerciales. Sans quoi l’expérience risque de rester symbolique. Autrement dit le CES concentre de nombreuses opportunités, encore faut-il savoir les transformer une fois de retour dans les Hauts-de-France.

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