Ce mois de juillet est marqué par une opération "coup de poing" organisée par Le Relais devant des magasins nordistes, et l’arrêt de la collecte des textiles usagés dans vos bennes, partout en France. Sur quoi voulez-vous alerter ?
Sur le fait que le Relais, comme beaucoup de nos confrères recycleurs textiles, est au bord du dépôt de bilan. Si rien n’est fait, nous cesserons d’exister à la fin de l’été. En ce qui nous concerne, ce sont 2 000 emplois, et une filière vertueuse que nous développons depuis 40 ans, qui risquent d’être balayés si Refashion, l’éco-organisme de la filière textile, refuse d’accéder à notre demande de revaloriser la contribution au tri. Il nous verse 156 euros la tonne aujourd’hui, alors que le coût net réel du tri s’élève désormais à 304 euros la tonne. Et ce n’est pas nous qui le disons, c’est un calcul de la Direction Générale des Entreprises. Cela reviendrait à nous verser 1,5 centime par article vendu en France, contre 0,8 centime actuellement.
Comment en êtes-vous arrivé à cette situation ?
Depuis un an, notre chiffre d’affaires est en baisse et la contribution ne suffit plus à couvrir nos frais de fonctionnement. Les origines de la crise sont multiples : la plupart de nos débouchés sont fragilisés. L’industrie automobile, qui nous achète d’ordinaire beaucoup de fibres recyclées, est en berne. Pour la fripe, la guerre en Ukraine nous a fermé beaucoup de marchés à l’export en Europe de l’Est. Même chose en Afrique, où la dégradation du pouvoir d’achat s’est accélérée avec le retrait des programmes d’aide américains. La situation s’est dégradée à l’été 2024, et la tendance s’est confirmée en 2025.
Et pourtant, le textile à trier continue d’affluer…
Les Français n’ont jamais acheté autant de textiles, oui. Il se vendait 650 000 tonnes de textile neuf en 2019, on en vend 800 000 tonnes aujourd’hui. Mais les prix et la qualité se dégradent, ce qui nous oblige à nous adapter : la part de réemploi diminue, le recyclage augmente. Cela a un coût pour les entreprises.
Aujourd’hui, vous accusez frontalement Refashion et les grandes enseignes de prêt-à-porter de vous mettre le couteau sous la gorge…
Depuis un an, on ne parle que de fast-fashion, de Shein et de Temu. Mais ils payent leur contribution environnementale, et ce ne sont pas eux qui siègent au conseil d’administration de Refashion. Ce sont d’autres metteurs sur le marché : Okaïdi a la présidence, on y retrouve Kiabi, Decathlon, La Redoute, etc. Ce sont eux aujourd’hui qui bloquent le jeu, alors même que les fonds sont là. L’année dernière, les Français ont acheté 3,5 milliards d’articles textiles neuf, et ont donc payé 3 centimes d’euros la pièce en éco-contribution, collectée par Refashion. Cela fait un total de 105 millions d’euros. 30 millions d’euros ont été versés aux recycleurs, le reste est allé en banque, avec les 120 millions qui y étaient déjà. Refashion dispose donc d’un budget de 200 millions d’euros, versés par les consommateurs. Nous réclamons le déblocage de 30 millions d’euros supplémentaires aux acteurs du recyclage pour nous aider à tenir, et sauvegarder une filière pourtant indispensable à tous points de vue.
Car ces déchets textiles, vous les transformez en emplois et en sources de revenus…
Chaque année, le Relais évite à 120 000 tonnes de déchets textiles de finir à la poubelle. En 40 ans, nous avons accompagné vers l’emploi des milliers de personnes qui étaient au chômage ou au RSA. Avec notre filière de fabrication d’isolant, le Métisse, nous multiplions par 10 la durée de vie de jeans qui sinon, iraient directement en décharge. L’impact écologique est formidable. Et du point de vue de la collectivité, notre activité permet de baisser le nombre de bénéficiaires du RSA, et le montant de la taxe d’ordure ménagère. Elle est irremplaçable à tous points de vue, et si notre filière disparaît, personnes ne fera le travail à notre place.
Avec les actions menées ces derniers jours, vous tentez de rendre ce travail visible, justement…
Les tonnes de vêtements invendables, déversés devant leurs metteurs en marché, c’est en effet une façon de les mettre en face du problème. L’arrêt de la collecte en bornes va, lui, permettre de mettre rapidement en lumière l’impact de notre action sur l’environnement, pour alerter sur le désastre écologique et sociétal que signifierait la fin de notre activité. La tâche est encore immense, nous avons tout en main pour faire davantage, sauf les moyens. Aujourd’hui, nous n’avons même plus de quoi faire tenir l’existant, il est impossible pour nous d’investir. Les projets sont pourtant nombreux !