Trier et revaloriser des déchets textiles usagés pour qu’ils puissent être transformés en nouveaux fils. C’est l’ambition portée par la start-up industrielle Plaxtil, spécialisée dans la régénération des déchets de matières en polymère recyclé, et sa filiale Essaimons, entreprise d’insertion qui prépare et qualifie les matières à valoriser en amont.
Cibler les recycleurs chimiques
"Essaimons a développé une vraie compétence en préparation de déchets, en délissage (retrait des points durs) et en démantèlement des déchets complexes comme, par exemple, des casques de postiers", raconte Olivier Civil, dirigeant de Plaxtil, basé à Châtellerault comme sa filiale, qui a déménagé en début d’année dans un nouveau bâtiment de 1 600 m2.
"Nous avons une carte à jouer sur la qualification du déchet, notamment pour les recycleurs chimiques, qui cherchent des gisements correspondant à leurs besoins spécifiques et leur cahier des charges, très étroit".
10 000 tonnes par an
Essaimons va donc investir 3,5 millions d’euros dans une nouvelle ligne de tri optique, déjà utilisée dans le recyclage mais qu’elle va adapter au tri du textile. "L’investissement va se faire en deux phases. La première, qui nécessite 800 000 euros d’équipements machines, doit être installée cet été. La deuxième est prévue pour 2027. L’objectif à terme est de pouvoir traiter 10 000 tonnes par an".
Plaxtil et Essaimons souhaitent ainsi devenir l’un des maillons du recyclage d’une production textile qui met au rebut 600 000 tonnes par an en France, et dont seuls 25 % sont collectés pour être recyclés ou réutilisés.
"On ne fera peut-être pas la deuxième phase sur Châtellerault, mais on devrait rester dans la région. Le tout s’inscrit dans un modèle de développement à la carte, avec des petites unités qu’on peut essaimer près des gisements pour y adapter notre offre", avance Olivier Civil.
"Jouer la complémentarité"
Ce projet, baptisé Eco Tex Loop, a été lauréat en 2024 du challenge industriel de l’éco-organisme ReFashion. Il est l’un des pans de l’offre commune développée par les deux sociétés. "Nous allons acheter des gisements textiles à des centres de tri et revendre ensuite le vêtement trié et qualifié à des recycleurs, en faisant notre marge au milieu", poursuit Olivier Civil, expliquant ainsi comment assurer la rentabilité du modèle. Cette première ligne de tri, censée démarrer en septembre, devrait recruter "5 CDDI en plus chez Essaimons, qui devrait atteindre une vingtaine de personnes d’ici la fin de l’année".
"Nous allons acheter des gisements textiles à des centres de tri et revendre ensuite le vêtement trié et qualifié à des recycleurs, en faisant notre marge au milieu"
Jouant "la complémentarité" de son savoir-faire spécifique face aux mastodontes du recyclage (comme Véolia), l’alliance, positionnée "entre l’ESS et l’industrie", a "une grosse dizaine de clients dont trois majeurs" dans le viseur pour Eco Tex Loop. "Une usine de recyclage chimique traite entre 50 et 100 000 tonnes de textiles par an", assure le dirigeant, espérant constituer une partie du gisement. "Parmi ces industriels, quelques-uns ont pour actionnaires des marques textiles", glisse-t-il, avec, comme toujours, de la suite dans les idées.
"Plaxtil fait déjà un peu de sous-traitance sur la fabrication de la matière car l’outil est saturé", ajoute Olivier Civil, avouant espérer dépasser le million d’euros de chiffre d’affaires rapidement. "Une fois Eco Tex Loop mis en place, nous espérons augmenter les capacités de production, peut-être en ouvrant le capital".