"Loi de finances retoquée, logement sacrifié. Loi de finances votée, logement sauvé". C’est en ces termes qu’Olivier Salleron a entamé la présentation du bilan 2024 pour le secteur du bâtiment. "Il y avait tout ce que l’on demandait dans cette loi de finances", constate avec amertume le président de la Fédération française du bâtiment (FFB).
Un report qui va avoir un impact pour le bâtiment
Olivier Salleron déplore les nombreux impacts du report du projet de loi de finances 2025, à une date inconnue qu’il juge sûrement "trop tardive" pour avoir des effets dès 2025 pour le bâtiment, un secteur qui "fonctionne sur un temps long", rappelle-t-il. Subsiste néanmoins l’espoir du vote d’une loi spéciale qui porterait sur les dispositions fiscales faisant "consensus" et ayant un caractère "urgent", dont, notamment l’extension du prêt à taux zéro (PTZ). La FFB plébiscite fortement le retour à "un PTZ partout et pour tous pour relancer la primo-accession".
En attendant, les impacts du report sont nombreux. Outre "l’incertitude qui pèse sur les investissements des particuliers comme des entrepreneurs", Olivier Salleron déplore d’autres impacts "très négatifs" suite à l’abandon des mesures logement – "aucune réouverture du PTZ neuf et la fin du Pinel au 31 décembre prochain sans aucun remplaçant".
La "grande satisfaction" de MaPrimeRénov
À l’inverse, le président de l’organisation patronale salue le sauvetage in extremis de MaPrimeRénov. Il s’agit même d'"une grande satisfaction", avec des règles de mai 2024 "globalement stabilisées" et 2,3 milliards d’euros alloués au budget pour financer 350 000 projets de rénovation énergétique en 2025. Autre source de satisfaction, - elles sont rares -, l’abandon du rabotage des aides aux collectivités locales, "le bâtiment dépendant entre 20 et 30 % de la commande publique et surtout des collectivités locales", a-t-il rappelé.
Recul de l’activité de 6,5 % en 2024
Alors que le contexte macro-économique restera encore peu porteur en 2025, avec notamment un investissement des ménages qui restera en repli en 2025 au même rythme qu’en 2024, les prévisions pour le secteur sont loin d’être bonnes. La FFB table ainsi sur une activité en volume en baisse de 5,6 %, après un recul de l’activité estimé à 6,5 % en 2024. En termes d’emplois, "pour l’heure, celui-ci s’est maintenu à un niveau très haut au détriment de l’activité" avec 30 000 à 40 000 destructions d’emplois en 2024. Mais le patron de la FFB prévient que "le chiffre redouté des 150 000 emplois détruits risque d’être dépassé en 2026". En 2023, le secteur employait 1,7 million de personnes en France.
Dans le détail, la chute sur les bâtiments neufs (-15,6 %) tire le secteur vers le bas en 2024, tandis que l’activité rénovation entretien se maintient peu ou prou à + 1,2 %. Mais elle devrait encore ralentir en 2025 pour s’établir à + 0,9 %. "Ce qui retient notre attention et notre agacement et nos alertes depuis pratiquement deux ans, c’est le logement neuf", commente Olivier Salleron. Des prévisions maussades pour le secteur qui s’inscrivent dans un contexte particulier d’absence de projet de loi de finances pour 2025 et seront révisées dès qu’une loi de finances sera adoptée, explique la FFB.
Le statut de bailleur privé plébiscité
Pointant du doigt la forte intervention de l’État dans le secteur du bâtiment, le président de l’organisation patronale revendique de la stabilité. Il appelle le gouvernement à une présentation et à un vote rapide du projet de loi de finances 2025. Il demande, outre le retour du PTZ à 40 %, la mise en œuvre du statut du bailleur privé pour relancer l’investissement locatif privé. Etant donné que "75 % de nos concitoyens sont logés par un bailleur privé", "il faut relancer ce statut" qui avait été promis par la ministre du Logement démissionnaire Valérie Létard. "Cela ne coûte pas cher", insiste le président de la FFB.
Autre requête, la baisse de la réduction de loyer de solidarité (RLS) et le dégel de l’enveloppe d’aides à la rénovation énergétique du parc social eu égard à la baisse de 200 millions d’euros proposée dans le précédent PLF ; ou encore, sur la thématique de la simplification, la suppression des attestations de TVA pour simplifier la vie des entreprises. "Ces quelques mesures très ciblées auraient donné des résultats quasiment immédiatement, soit dans huit à neuf mois", explique-t-il, eu égard encore une fois au temps long de mise dans le secteur. Et de rappeler que "lorsque le bâtiment ne va pas, il entraîne le reste de l’économie dans la récession".