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Comment la confiserie du Roy René est devenue le leader du calisson d’Aix
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Comment la confiserie du Roy René est devenue le leader du calisson d’Aix

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Centenaire, la Confiserie du Roy René, spécialiste du calisson d’Aix-en-Provence, est toujours restée une entreprise familiale au travers de quatre générations. Désormais intégrée au groupe Territoire de Provence d’Olivier Baussan, l’entreprise élargit sa gamme de produits et reconquiert des réseaux de distribution plus traditionnels.

L’usine produit annuellement 400 tonnes de calissons — Photo : D.Gz.

Tout commence en plein Moyen-Âge, en 1454, lors du mariage du Roi René avec Jeanne de Laval. Réputée pour sa beauté celle-ci était également connue pour ne sourire que rarement. Or, lors de la cérémonie, la reine goûte une confiserie créée par le pâtissier royal et son visage s’éclaire et s’illumine d’un sourire. Les membres de la cour demandent alors : "Mais comment nommez-vous ces douceurs qui font sourire la Reine ?" Le Roi aurait répondu : "Di calin soun", "Ce sont des câlins" ! Depuis la confiserie porte le nom de calisson, devenu un symbole de la ville d’Aix-en-Provence.

Ils sont désormais encore une quinzaine d’acteurs à faire perdurer ce savoir-faire et la Confiserie du Roy René (110 salariés, 16 millions d’euros de CA) est aujourd’hui l’entreprise la plus importante, à la fois en termes de salariés et de chiffre d’affaires. L’histoire plus récente débute ensuite en 1920, en plein centre-ville d’Aix-en-Provence, lorsqu’Yves Guillet, reprend l’entreprise dans laquelle il travaillait. La structure a alors commencé par être une nougaterie. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale et la transmission à son fils René, que l’entreprise a été rebaptisée Calissons du Roy René et s’est spécialisée dans la friandise en forme d’amande, tout en conservant une activité de fabrication de nougats. À la fin des années 1970, l’entreprise quitte ses locaux trop étroits du centre-ville pour s’installer dans la zone commerciale de La Pioline, près d’Aix-en-Provence.

Miser sur la grande distribution

La structure conserve une taille artisanale jusqu’à l’arrivée, en 1989, de Maurice Farine à sa tête. L’homme au parcours inattendu avait notamment travaillé pendant une quinzaine d’années dans le domaine du commerce extérieur, comme conseiller auprès de nombreux pays africain, en Côte d’Ivoire, puis au Sénégal, avant de revenir en France et de fonder à Aix-en-Provence, avec Yves Delafon, la société DFA (Delafon, Farine et Associés), conseil en échanges internationaux, notamment destinés à soutenir des entreprises souhaitant travailler avec l’Afrique.

Jusqu’au jour où il croise Anne Guillet, fille d’Yves Guillet qui dirigeait la confiserie. “Elle n’aimait pas son travail au sein de la confiserie et m’a demandé de prendre la relève. Je cherchais à reprendre une entreprise et j’ai toujours préféré l’industrie au service”, se plaisait à rappeler Maurice Farine, arborant un éternel nœud papillon.

Maurice Farine a dirigé la confiserie de 1989 à 2014 — Photo : D.Gz.

Il se retrouve alors à la tête d’une équipe de 16 salariés et décide de démocratiser le calisson d’Aix. Il va alors changer l’orientation de l’entreprise en la positionnant sur le marché de la grande distribution. Un coup d’audace qui fonctionne. “Il fallait l’ignorance du débutant pour oser faire ce choix, mais cela a porté ses fruits”, commentait, il y a quelques années, le dirigeant, qui revendiquait avec humour son statut de "leader mondial du calisson d’Aix-en-Provence".

Travail à façon pour les MDD

Vente en grandes surfaces, travail à façon pour marques de distributeurs (Reflets de France par exemple), la confiserie s’est éloignée de la distribution traditionnelle en épicerie fine ou boutiques spécialisée. Dans les années 2010, l’entreprise comptait en effet près d’une centaine de salariés et enregistrait un chiffre d’affaires de 7,8 millions d’euros. Avant de céder l’entreprise, Maurice Farine lance en 2010 le projet de construction d’une nouvelle usine. Les locaux de La Pioline étant devenus trop étroits au vu développement de l’activité.

Une nouvelle usine à 12 millions d’euros

Le site actuel de la confiserie a été livré en 2014 — Photo : D.R.

Un projet qui a représenté un investissement de 12 millions d’euros pour un bâtiment ultramoderne, orienté développement durable. Près de cinq années ont toutefois été nécessaires pour que la nouvelle usine puisse enfin voir le jour. Cinq longues années de recherches, de négociations et de tracas administratifs.

75 000 visiteurs

L’entreprise se tient depuis 2014 sur ce site au nord d’Aix-en-Provence. “Maurice Farine a également eu l’idée d’en faire un lieu qui se visite et de créer un musée du calisson”, confie Laure Pierrisnard, actuelle directrice de l’entreprise. À l’inauguration du nouveau site l’ambition affichée était d’accueillir près de 100 000 touristes par an. En 2024, 75 000 visiteurs avaient transité par les locaux de la confiserie, qui, en 2023, était déjà classée au troisième rang des entreprises les plus visitées de la Région Sud.

Transmission à Olivier Baussan

L’année de l’inauguration du nouveau site fut également l’année de la transmission de l’entreprise à Olivier Baussan, fondateur de l’Occitane, qui a ainsi intégré la Confiserie du Roy René au sein de son groupe baptisé Territoire de Provence (37 millions d’euros de chiffre d’affaires), qui réunit différentes entreprises locales dans le domaine de l’agroalimentaire : la Confiserie chocolaterie Leblanc, la Maison Brémond et la Biscuiterie de Forcalquier.

Olivier Baussan a intégré la confiserie à son groupe Territoires de Provence — Photo : Fr-Xavier Emery

Diversification

“Depuis cette date, avec ces autres entités, nous avons pu diversifier notre offre en proposant une gamme de produits plus importante afin de pouvoir élargir notre réseau de distribution et d’être moins dépendants de la grande distribution”, rappelle la dirigeante. Pari réussi puisque la part de la grande distribution est passée de deux tiers à un peu moins de 50 % de ses 16 millions d’euros de chiffre d’affaires.

14 boutiques aujourd’hui

Aujourd’hui, l’entreprise distribue ses produits via le réseau traditionnel, les boutiques d’aéroport et de gare, mais surtout au travers du réseau de ses 14 boutiques, pour l’essentiel détenues en propre, et de sa boutique en ligne. La logique de développement des boutiques de l’entreprise demeure toutefois régionale. "Nous rayonnons principalement autour de notre base d’Aix-en-Provence, sur l’ensemble du Sud-Est", indique Laure Pierrisnard.

Relance de la production d’amande et de pistache en Provence

Par ailleurs, Olivier Baussan s’est largement impliqué depuis 2015 dans la relance en Provence de la culture de l’amande et de la pistache. “Ce plan de relance a permis la plantation de près de 1 000 hectares en dix ans. 5 000 tonnes d'amandes sont désormais produites en local, contre seulement 300 tonnes en 2014. Pour les besoins de notre production, nous utilisons environ 20 tonnes et nous arrivons à nous fournir en local pour environ un tiers de ce volume. Nous avons contractualisé des partenariats sur trois ans avec différents agriculteurs et nous allons poursuivre cette démarche qui nous permet de mieux nous assurer d’une production agricole durable”, ajoute Laure Pierrisnard.

Vers la création d’une IGP “Calissons d’Aix”

Cette dernière milite au sein de l’union des fabricants de calissons d’Aix-en-Provence (UFCA) pour l’obtention d’une IGP (Indication géographique protégée) “Calissons d’Aix”. Le dossier, déposé auprès de l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) devrait prochainement aboutir.

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