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Ceva Santé Animale investit massivement pour anticiper les crises sanitaires
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Ceva Santé Animale investit massivement pour anticiper les crises sanitaires

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Le premier laboratoire français de santé vétérinaire et numéro 5 mondial, Ceva Santé Animale, enchaîne les inaugurations de sites majeurs, à l’image de son nouveau siège social à Libourne (Gironde) début juillet. Le poids des investissements et la densité de ses actualités sont à la mesure de la croissance de ce fleuron français et des enjeux auxquels il s’attaque, notamment la prévention des épidémies.

Marc Prikazsky, PDG de Ceva, a inauguré début juillet le nouveau siège de l'entreprise à Libourne — Photo : Ceva

Il est surtout connu en France pour ses vaccins contre la grippe aviaire sur le territoire. Ce n’est pourtant qu’une petite partie de son activité, tournée à 92 % à l’international. Ceva Santé Animale, 5e acteur mondial de la santé vétérinaire, concepteur et fabricant de produits (soins, médicaments, vaccins) pour les animaux d’élevage et les animaux de compagnie, a toujours une actualité foisonnante. Sa taille l’illustre : elle a été multipliée par 14 en 25 ans, époque où l’ex-filiale délaissée par Sanofi a été reprise par quatorze de ses cadres bien inspirés, soutenus par un LBO. Ceva (1,77 Md€ de CA) est aujourd'hui présent dans 47 pays, comptant 7 000 collaborateurs sur 32 sites. Son PDG Marc Prikazsky fuit plus que tout la somnolence.

Au cœur d’un cycle fort d’investissements

Sur les 12 derniers mois, l’entreprise a inauguré un centre logistique à vocation européenne en Dordogne, qui stockera et expédiera les produits développés par Ceva en Europe vers 130 pays ; elle a recomposé son capital, revalorisé à plus de 9 milliards d’euros ; elle a inauguré Biogenovac près d’Angers (Maine-et-Loire), un centre de recherche génomique chargé d’élaborer les vaccins de demain ; elle a lancé une vaste extension de son campus de Laval (Mayenne), site référence pour chiens et chats qui emploie 250 personnes et fabrique 220 millions de comprimés à l’année pour toute l’Europe et bientôt les États-Unis ; et elle a inauguré son nouveau siège à Libourne (Gironde) début juillet.

Le campus de Laval, dédié aux chiens et chats, va être étendu d'ici 2027 pour permettre un accroissement de l'activité. 50 embauches sont prévues. Le site emploie déjà 250 personnes (120 M€ de CA) — Photo : Ceva

"Ce ne sont que les projets en France, c’est une petite partie de l’iceberg ; il y a au moins autant d’investissements à l’étranger", sourit Marc Prikazsky, pour qui ce rythme est cohérent au vu de la croissance de l’entreprise. Ceva a notamment lancé, aussi, la construction d’une usine supplémentaire en Hongrie (75 M€), dotée des dernières technologies, qui viendra grossir un pôle de production historique de vaccins inactivés multisouches, lui permettant d’atteindre 8 milliards de doses fabriquées chaque année. "Nous sommes dans un cycle fort d’investissements", reconnaît-il.

Aujourd’hui, Ceva injecte en moyenne 200 millions d’euros par an sur l’ensemble de ses sites, sachant que l’entreprise compte 32 usines et 21 centres de R & D. "En routine ce sera davantage 100 millions d’euros chaque année."

Couvrir 80 % de la production à 10 ans

Ceva construit sa stratégie à cinq ans mais en visant des objectifs à 10 ans. "Réfléchir à cinq ans, c’est insuffisant ; développer un produit nécessite sept ans et construire une usine, c’est trois ans. On construit des usines pour couvrir, dans 10 ans, 80 % de notre production. Le siège va nous porter pendant 25 ans, le centre de Montpon-Ménestérol (Dordogne) pour les 10 à 15 prochaines années", espère le dirigeant.

Pionnier dans la vaccination avicole, Ceva entend devenir n°1 mondial de la médecine pour volailles — Photo : Aurélie Stapf

Des acquisitions désormais ciblées sur les innovations

Ceva a opéré un virage dans sa stratégie d’acquisitions. Elles ne sont plus destinées aujourd’hui à porter sa croissance ni à lui permettre de s’implanter sur un nouveau territoire. Elles sont ciblées sur des technologies de pointe pour nourrir ses innovations. À l’image de la britannique Touchlight, à laquelle Ceva s’est associé l’an dernier pour exploiter sa technologie d’ADN de synthèse ; ou de l’américaine Scout Bio rachetée en 2024. Cette start-up biopharmaceutique maîtrise des technologies dans la thérapie génique pour traiter des maladies chez les animaux de compagnie.

Ceva Santé Animale consacre chaque année 10% de son chiffre d'affaires à la R&D — Photo : Francois BLAZQUEZ

"Notre croissance était auparavant portée à 40 % par des acquisitions. Depuis quelques années, c’est par de la croissance organique." Dans un contexte d’accélération d’apparition de maladies sur la planète, la clé est l’innovation.

"Il ne faut pas vouloir tout prévoir, mais être en capacité de réagir et se doter d’outils pour le faire."

"Nous devons nous équiper de technologies pour réagir extrêmement rapidement aux nouvelles épidémies. C’est notre rôle. Il faut détecter les technologies de ruptures." Comme Ceva l’a fait en misant il y a 10 ans sur l’ARN messager. "Les épidémies de demain viendront des animaux", prédit le vétérinaire. "Il ne faut pas vouloir tout prévoir, mais être en capacité de réagir et se doter d’outils pour le faire." Ce sera notamment la mission du centre de recherches inauguré cette année près d’Angers, "carrefour de compétences où l’on va regarder quels sont les virus qui circulent et comment ils évoluent".

Accélérer sur le marché des animaux de compagnie

En parallèle, Ceva s’intéresse davantage aux animaux de compagnie, un marché en pleine croissance au niveau mondial, qui pèse aujourd’hui 35 % chez Ceva, à côté des animaux de ferme (65 %). Le segment représente 40 % des médicaments vétérinaires dans le monde. Presque la moitié de ce marché est aux États-Unis. "Si on veut que Ceva devienne leader mondial, cela passe par les animaux de compagnie", estime le PDG. Or, si Ceva est "plutôt bien positionné sur ce segment en Europe, on ne l’est pas assez aux États-Unis"." Ceva connaît pourtant bien le territoire et inversement, puisqu’il y est n° 1 pour la volaille.

Dans sa stratégie, Ceva compte développer davantage le segment dédié aux animaux de compagnie, notamment aux Etats-Unis, qui pèse pour l'instant 35% à côté du segment animaux d'élevage. (65%) — Photo : S.Klein/Ceva

Chiens et chats auront donc davantage d’attention. C’est notamment ce qui motive les "25 à 30 millions d’investissement" à Laval, où seront produits les comprimés appétents destinés aux États-Unis. C’est dans cette logique aussi que s’inscrit le rachat de Scout Bio.

Garder l’état d’esprit d’une ETI, rester agile, indépendant et sur le qui-vive

En franchissant le 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires (1,77 en 2024) et le gap des 5 000 salariés (7 000 aujourd’hui), Ceva n’est plus "officiellement" une ETI. Mais Marc Prikazsky — également fondateur et président du Club des ETI de Nouvelle-Aquitaine — s’y attache. "Une ETI, c’est avant tout un état d’esprit. C’est une entreprise ancrée dans son territoire, qui soutient le club de rugby local." Et qui est agile. "Il ne faut pas qu’on ait l’impression qu’en inaugurant notre siège nous sommes arrivés. Une entreprise est fragile et doit rester sous tension. La stratégie implique de sentir ce qu’il se passe, regarder son challenger, rester sur ses gardes pour éviter la somnolence." Le dirigeant qui n’est "jamais aussi bien qu’en période de crise", chérit aussi l’indépendance de Ceva, détenu majoritairement par une partie des salariés et soutenu par les investisseurs "amis de Ceva". "C’est dans notre ADN. Le prix, c’est de délivrer notre chiffre aux investisseurs, c’est normal. Nous sommes la preuve que l’on peut réconcilier le capital et le social."

Un siège social digne de ce nom

Début juillet, Ceva a inauguré son nouveau siège social à Libourne — "là où sont nos racines" commente le dirigeant -, regroupant 450 collaborateurs jusque-là éparpillés sur trois sites. "Nous avons investi 2 milliards d'euros jusqu'à présent dans nos usines et centre de R & D, parce que c'est le cœur du réacteur, explique le Dr Marc Prikazsky. Il était devenu nécessaire d'avoir un siège, qui réponde aux attentes des salariés, avec des salles de réunion et tourné vers l'extérieur."

"Une enquête menée en 2017 révélait que les conditions de travail de nos salariés au siège n’étaient pas bonnes ; aujourd’hui ils viennent avec le sourire."

Le nouveau siège social de Ceva, toujours à Libourne (Gironde), accueille 450 collaborateurs — Photo : Caroline Ansart

Ce nouveau bateau amiral en forme de cercle — "symbole de la cellule, de la Terre, du logo de Ceva" — a des allures de Parlement européen, la nature en prime (sur un terrain de 10 hectares bordé de zone humide). Les 11 000 m2 dotés d’espaces multiples de réception, réunion et exposition, sont à la mesure de la multinationale. Autonome en énergie (photovoltaïque et géothermie), le bâtiment a été entièrement conçu par des entreprises locales. "Ce bâtiment est bien plus qu’un lieu de travail : c’est une vitrine de notre histoire, de notre capacité d’innovation et un symbole concret de nos engagements en matière de durabilité", déclare le PDG.

Ceva développe des gammes variés de produits pour les animaux d'élevage (volaille, porc, ruminants), comme des antiparasitaires, anti-infectieux, des vaccins, des aides à la reproduction — Photo : Francois BLAZQUEZ

En chiffres

7 000

Plus de 7 000 collaborateurs dans 47 pays, répartis entre les 32 sites de production et 21 sites de R & D dans le monde. Présence commerciale dans 110 pays.

14

Ceva a multiplié son chiffre d'affaires par 14 depuis sa création fin 1999, issue de la reprise par quatre vétérinaires de ce qui était alors une filiale de Sanofi.

1,77 milliard d’euros

Chiffre d’affaires 2024, dont 92 % réalisés à l’international. Lors de la dernière restructuration du capital en 2025, l’entreprise a été valorisée à plus de 9 milliards d’euros.

2 000

Nombre de salariés actionnaires de l’entreprise. Ensemble, ils détiennent la majorité des droits de vote.

10 %

Part du chiffre d’affaires consacré à la R & D chaque année.

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