La source Badoit ne se tarira pas ! L’eau minérale naturellement gazeuse, qui a vu le jour en 1778 vient d’assurer sa pérennité et celle des 170 salariés de son usine de Saint-Galmier dans la Loire, pour les 20 prochaines années. Comment ? En diversifiant ses points de captage via la signature d’une convention de partenariat avec le Syndicat Intercommunal du Val d’Anzieux Plancieux (SIVAP) — qui dessert 7 communes de la Plaine du Forez en eau potable — et la communauté de communes de Forez-Est. Une convention qui va permettre à l'entreprise ligérienne de pérenniser sa ressource en eau tout en sécurisant les approvisionnements en eau potable pour la population.
Pérenniser la ressource face au changement climatique
Qualifié de "gagnant-gagnant", ce partenariat va permettre la diversification des points de captage dans la nappe pour sécuriser les approvisionnements de Badoit. "Notre métier ce n’est pas seulement mettre de l’eau en bouteille. C’est avant tout de gérer et préserver une ressource qui n’est pas illimitée. Face au changement climatique, nous avons entamé il y a 5-6 ans des recherches avec la volonté de diversifier nos points de captage. On s’est alors rendu compte que les acteurs publics captaient de la ressource en eau profonde dans le secteur nord-ouest de la nappe", raconte Cathy Le Hec, directrice des sources d’eaux minérales du groupe Danone (27,4 Md€ de CA en 2024), dont fait partie Badoit.
Plutôt que de faire de nouveaux forages dans la nappe, Badoit s’est mis d’accord avec les acteurs publics pour, à compter de 2027, exploiter ces deux forages utilisés par les pouvoirs publics et situées sur le territoire des communes de Saint-André-le-Puy et Bellegarde-en-Forez. Badoit qui s’appuyait jusqu’alors sur 10 forages en comptera deux de plus. "L’enjeu n’est pas de mettre sous contrôle plus de ressource mais s’assurer que cette ressource soit pérenne en anticipant une baisse de production d'un de nos forages. Nous ne sommes pas dans une logique de croissance. Nous voulons juste que les volumes que l’on produit aujourd’hui, environ 200 millions de litres par an, on soit capable de les produire dans les 20 prochaines années", explique Franck Maillot, directeur de l’usine Badoit.
20 millions d’euros d’investissement et une responsabilité
Pour pérenniser cette ressource, le groupe Danone s’est engagé à investir 20 millions d’euros. La moitié de cette somme servira à acheminer l’eau prélevée dans les deux forages du territoire de la communauté de communes de Forez-Est jusqu’à l’usine Badoit. L’autre moitié servira à compenser les volumes d’eau prélevés pour préserver l’alimentation en eau potable des territoires.
"Nous avons recherché et identifié des nappes non explorées à ce jour, qui ne sont pas de l’eau minérale de Badoit mais qui ont des qualités exceptionnelles pour l’alimentation en eau potable", explique Cathy Le Hec. Badoit financera l’intégralité de la réalisation des futurs forages ainsi que les coûts de raccordement jusqu’à l’usine de traitement en eau potable.
Les volumes prélevés par Badoit seront aussi compensés grâce à l’apport d’une ressource en eau complémentaire par le Syprofors (Syndicat mixte de production d’eau potable de la plaine du Forez) situé sur le territoire de Saint-Etienne Métropole. "Nous avons une responsabilité vis-à-vis des territoires. Chaque litre prélevé sera donc remplacé deux fois", insiste la directrice des sources d’eau minérale de Danone, qui espère "un nouveau millésime pour Badoit en 2027".
Du thermalisme à la vente d’eau en bouteille
Avec cette convention, c’est plus de 200 ans d’histoire et de patrimoine que Danone s’est engagé à préserver. Une histoire qui prend son envol en 1837 avec Auguste Saturnin Badoit. Avec le succès du thermalisme et de la vente d’eau de la source Fontfort (source originelle) à la fin des années 1830, la commune fait appel à Auguste Saturnin Badoit, jeune voyageur et entrepreneur de 36 ans pour en poursuivre le développement.
Rapidement vendue en pharmacie
Ce dernier obtient le fermage de la source principale, rachète quelques années plus tard les sources environnantes, et se lance dès 1841 dans la vente d’eau minérale en bouteilles. Le "thermalisme à domicile" est né ! Badoit devient la première eau minérale naturelle à être commercialisée en bouteilles dans les pharmacies.
En 1893 Badoit devient une société anonyme et en 1897, le statut d’eau minérale naturelle de Badoit est reconnu d’intérêt public par l’académie de médecine. Badoit remporte plusieurs médailles, dont une médaille d’or à l’exposition universelle de Rome en 1888 et une médaille d’argent à celle de Barcelone la même année.
Cap sur la grande distribution
En 1954, l’eau pétillante de Saint-Galmier quitte les pharmacies pour être commercialisée dans les grandes surfaces. Les ventes décollent pour atteindre en 1958 la production annuelle de 37 millions de bouteilles. Deux ans plus tard, Badoit s’associe avec la Société des eaux minérales d’Evian. En 1965 les deux sociétés fusionnent avant que 5 ans plus tard, BSN, futur Danone, ne mette la main sur la société baldomérienne (de Saint-Galmier).
En 1973, la bouteille Badoit passe en PVC pour accélérer sa diffusion. À partir de 1999, les bouteilles sont fabriquées en plastique PET. Danone se désengage de la filière verre avant d’y revenir en 2007 pour conquérir le marché des cafés, hôtels et restaurants (CHR), qui représente aujourd’hui 20 % de l’activité de Badoit. "On fait 80 % de notre chiffre d’affaires dans la grande distribution avec les bouteilles en PET. Sur la partie verre, qui est quasi exclusivement dédiée aux CHR, l’ambition est de voir comment on peut aller sur des canaux de GMS également. On a fait des essais avec des partenaires, dans le lyonnais et dans le Nord, pour amener le principe de consigne dans la grande distribution", confie Franck Maillot.
Réduire l’empreinte plastique
Comme pour la question de la ressource en eau minérale, l’enjeu est là aussi pour Danone de soigner sa responsabilité sociétale et environnementale (RSE). "Sur la partie plastique, on essaie de voir comment on peut appliquer une politique de maîtrise des emballages, soit par le réemploi et le recyclage soit par une réduction", explique le directeur de l’usine.
Dans cette optique, Badoit a abandonné en mars 2023, ses bouteilles plastiques rouges et vertes pour revenir à un format transparent. "Nous avons décidé de supprimer les colorants de nos bouteilles pour favoriser leur recyclage", précise Franck Maillot. Dans les années à venir, la filiale de Danone entend aussi renforcer son taux d’intégration de rPET (PET recyclé), aujourd’hui présent dans 30 % de ses bouteilles. "On travaille aussi sur des packagings qui auront plus de facilité à être dégradés ou réutilisés", conclut le directeur.