Avec la nouvelle usine du vauclusien Eurenco en Dordogne, l’Etat relocalise la production de poudre à canon en France
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Avec la nouvelle usine du vauclusien Eurenco en Dordogne, l’Etat relocalise la production de poudre à canon en France

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Le 20 mars, le ministre de l’Économie et des finances et celui des Armées se sont rendus sur le site Eurenco de Bergerac pour inaugurer la nouvelle usine de production de poudre propulsive. Commandée en urgence par l’État dans le cadre du conflit en Ukraine, elle s’avère encore plus stratégique aujourd’hui. Le groupe originaire du Vaucluse a investi plusieurs dizaines de millions d’euros.

La nouvelle usine Eurenco à Bergerac a été inaugurée le 20 mars 2025 en présence du ministre des Armées et du ministre de l’Économie et des Finances — Photo : Claude-Hélène Yvard

Elle semblait déjà essentielle aux yeux de l’État début 2023 quand elle avait été annoncée. Ce dernier avait en effet commandé en urgence à Eurenco, basé à Sorgues, dans le Vaucluse, une nouvelle unité de production de poudre propulsive dans le cadre du conflit en Ukraine. L’usine l’est d’autant plus aujourd’hui, dans un contexte de montée des tensions géopolitiques et de hausse des dépenses militaires.

Une question de souveraineté

Elle permet de relocaliser en France la production de poudre à canon, qui avait été transférée en Suède depuis 2007. "C’était un non-sens en matière de souveraineté que la France se soit séparée de sa capacité de poudre au début des années 2000. Avec cette nouvelle unité, on vient de mettre fin à cette aberration," a déclaré Sébastien Lecornu, le ministre des Armées en visite pour la troisième fois sur le site.

Le 20 mars, il était accompagné de son homologue de l’Économie et des Finances Eric Lombard, pour inaugurer les lieux et saluer une vraie performance : construire 15 bâtiments en neuf mois. Emmanuel Macron avait assisté à la pose de la première pierre en avril 2024.

Les 15 bâtiments du projet sont sortis de terre en moins de 9 mois — Photo : Claude-Hélène Yvard

Les nouveaux bâtiments accueilleront au total six lignes de production de poudre de gros calibre de 155 millimètres nécessaire à l’artillerie dont sont équipés notamment les canons Caesar. Depuis le 19 mars, la ligne numéro 1 est opérationnelle. "Nous tablons sur un volume de 1 200 tonnes de poudre propulsive d’ici un an, et 1 800 tonnes d’ici la fin 2026. Les deux dernières lignes seront construites à partir de l’an prochain", précise Vincent Delhaes, directeur de l’usine bergeracoise. L’usine tournera 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.

Vincent Delhaes, directeur du site bergercois : "Nous tablons sur un volume de production de 1 200 tonnes de poudre propulsive d’ici un an, et de 1 800 tonnes d’ici la fin 2026." — Photo : Claude-Hélène Yvard

Jusqu’à présent le site de Bergerac ne fabriquait non plus de la poudre mais uniquement des charges modulaires (à remplir de poudre), sur deux lignes. Une troisième sera installée d’ici 2027. "À terme, nous espérons pouvoir réaliser entre 1,1 et 1,2 million de charges modulaires par an, ce qui fait environ 200 000 obus", poursuit Vincent Delhaes.

Un investissement de 60 millions d’euros

Pour réaliser ce vaste chantier qui a mobilisé jusqu’à 300 personnes, le groupe industriel basé dans le Vaucluse a investi 50 millions sur ses fonds propres. Dix millions d’euros sont apportés par la Direction générale de l’armement (DGA).

2 milliards d’euros de commandes

Les carnets de commandes d’Eurenco (1 700 salariés, 500 M€ de CA) sont pleins au moins jusqu’en 2032. En un an, l’industriel, dont la part à l’export représente 75 %, a engrangé pour 2 milliards d’euros de commandes, ce qui permet des investissements conséquents dans ses usines.

Les recrutements se poursuivent

En termes d’effectifs, le site Eurenco de Bergerac est passé de 200 salariés en 2020 à près de 450 aujourd’hui. Les campagnes de recrutement se poursuivent. "Actuellement, nous avons une petite trentaine de personnes qui travaillent sur les nouvelles lignes de production. L’idée est de monter progressivement en capacité avec une cinquantaine d’embauches, mais le nombre de personnes restera inférieur à 100. Cela intégrera les opérateurs, laborantins, les fonctions support telles que la logistique, la recherche. Ils seront formés en interne", précise Damien Ayesa, directeur du projet.

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