Le site Eurenco de Bergerac bientôt armé pour l’économie de guerre
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Le site Eurenco de Bergerac bientôt armé pour l’économie de guerre

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La nouvelle ligne de production de poudre destinée aux gros calibres sera bien opérationnelle en 2025. De quoi répondre aux engagements de la France envers l’Ukraine et à l’impératif de souveraineté nationale en matière de Défense. Le calendrier, les recrutements et l’investissement ont été détaillés à l’occasion de la visite sur le site périgourdin du ministre des Armées le 26 mars.

Eurenco a lancé ses chantiers pour assurer la relocalisation de la poudre de gros calibre dès 2025 et le doublement de la production de charges modulaires d’ici 2026 — Photo : Gills Rolle/Eurenco

Ce n’est pas tous les jours que le ministre des Armées s’enquiert de l’avancée de travaux dans une usine. C’est dire combien le site d’Eurenco à Bergerac est considéré comme stratégique par l’État. C’est là que sera relocalisée la fabrication de poudre de gros calibre nécessaire à l’artillerie de 155 mm, dont sont équipés les canons Caesar envoyés en Ukraine. Là aussi qu’Eurenco prévoit de doubler sa production de charges modulaires (système propulsif composé de boîtes chargées de poudre). L’annonce avait été faite en février 2023.

Le chantier a effectivement débuté au milieu des 135 hectares, avec la construction de bâtiments qui abriteront notamment la nouvelle ligne de production. 1 200 tonnes de poudre propulsive y seront produites chaque année, pour répondre aux besoins importants qu’imposent le soutien de la France à l’Ukraine et le réarmement de l’Europe.

"D’ici la fin de l’année 2024, les nouvelles installations seront prêtes. Tout sera opérationnel. On commencera l’exploitation en début d’année 2025 avec une montée en capacité jusqu’en juin 2025", assure Thierry Francou, PDG d’Eurenco.

Le ministre des Armées Sébastien Cornu, en compagnie de Thierry Francou, PDG d’Eurenco, a rappelé l’objectif d’économie de guerre souhaité par l’État — Photo : Claude-Hélène Yvard

En visite le 26 mars, Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, a salué l’efficacité des acteurs du dossier. "Il aura fallu moins de deux ans pour mettre en place cette nouvelle usine. Un des objectifs est de passer à une économie de guerre en renforçant considérablement les capacités de production de l’industrie de Défense française afin d’assurer notre souveraineté", a souligné le ministre.

Réunir tous les composants pour doubler la production

L’usine de Bergerac produit déjà des charges modulaires - son produit phare -, de la nitrocellulose (un des composants de la poudre), des douilles combustibles pour les chars et du nitrofilm pour le secteur automobile. Elle va donc récupérer la fabrication de poudre, délocalisée depuis 2007 en Suède. Eurenco souhaite disposer sur ce site de tous les composants pour doubler sa production de charges modulaires.

L’objectif : passer de 100 000 charges en 2019 à 200 000 d’ici 2026.

60 millions d’euros d’investissements

Eurenco investit 50 millions d’euros sur ses fonds propres. Dix millions d’euros sont apportés par la Direction générale de l’armement (DGA).

Eurenco prévoit de doubler sa production de charges modulaires d’ici 2026 — Photo : Didier Charre/Eurenco

"Notre carnet de commandes qui court jusqu’en 2030 représente plus d’un milliard d’euros. Il nous permet d’investir massivement sur l’ensemble de nos usines, grâce à une vision pluriannuelle. Notre part à l’export qui représente 75 % du chiffre d’affaires du groupe - 500 millions d’euros - nous permet de financer nos investissements", indique Thierry Francou.

En pleine phase de recrutements

Le groupe, dont les trois quarts de l’activité sont fléchés vers le militaire, affiche l’ambition d’atteindre un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2030, dont environ la moitié générée en France.

Le seul site de Bergerac représente 100 millions d’euros en 2023, le double de celui de 2022. Il emploie désormais 330 salariés. Ils étaient 200 en 2020.

"Nous sommes en pleine phase de recrutement. Nous prévoyons de monter l’effectif sur Bergerac à 450 personnes. On embauche tous types de profils : des ingénieurs, des cadres, des techniciens, des opérateurs de production, à partir du niveau bac jusqu’à des formations plus poussées en ingénierie. On accompagne les jeunes et les moins jeunes pour leur permettre de maîtriser ce métier spécifique. Nous proposons aussi des formations en alternance", précise Yves Traissac, directeur délégué du groupe et président de la branche France.

Sébastien Lecornu a fait part de son intention de revenir assister à la pose de la première pierre de la nouvelle usine, accompagné cette fois du Président de la République.

Un maillon majeur de l’industrie d’armement européenne

Eurenco, dont le siège est dans le Vaucluse, compte sept sites de production en France, en Suède, en Belgique et aux États-Unis. La poudrerie de Bergerac existe depuis 1915. Acteur majeur du secteur de la Défense, Eurenco fabrique des produits dans le secteur de la pyrotechnie et de la chimie : nitrocellulose, poudres et charges propulsives, explosifs de gros et de moyen calibre, poudres de petit calibre et exploitation minière. Eurenco est aussi leader mondial sur les additifs pour carburants routiers et propulsion de satellites.

Eurenco, basé dans le Vaucluse, dispose de sept sites de production. Il fournit des poids lourds de l’armement industriel en Europe — Photo : Eurenco

Le groupe emploie 1 250 personnes et prévoit un effectif de 1 400 salariés d’ici fin 2024. Il est un maillon majeur de l’industrie d’armement européenne et fournit des fabricants de poids : l’industriel français Nexter, l’allemand Rheinmetall, le polonais PGZ ou le tchèque CSG.

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