Le 24décembre 1979, avec le succès du lancement d'Ariane 5, l'Europe acquiert son indépendance spatiale. Une aventure humaine et technique impliquant les équipes toulousaines d'EADS Astrium et de la SNPE Matériaux Énergétiques.
SNPE Matériaux Énergétiques: le carburant
L'épopée d'Ariane n'aurait pas vu le jour sans la maîtrise de la propulsion liquide puis solide. Le site toulousain de la SNPE Matériaux Énergétiques est le seul en Europe à fabriquer les principaux composants du carburant utilisé dans les propulseurs d'Ariane: le propergol. À l'état liquide, il comprend de l'UDMH (diméthylhydrazine asymétrique) et de la MMH (monométhylhydrazine); solide, il est composé à 68% de perchlorate d'ammonium. Des années 70 à 90, l'usine toulousaine a fabriqué essentiellement de l'UDMH et du MMH. Également utilisés dans les carburants des satellites, on les retrouvait à la fois dans les propulseurs et dans le 3e étage du lanceur. Elle a produit pour le lanceur Ariane 4 plus de 10.000 tonnes d'UDMH. Avec Ariane 5, l'Europe a opté pour la propulsion solide. Elle apportait plus de puissance et permettait donc d'augmenter le poids du lanceur et des satellites. «Seuls la France, les États-Unis et la Chine sont capables de la maîtrisertotalement », annonce d'emblée Loïc Lecomte, directeur du site de Toulouse. Fabriqué depuis 1962 sur le site de Toulouse notamment pour des applications militaires, le fameux perchlorate d'ammonium est devenu la matière première stratégique du carburant d'Ariane. Depuis le début du programme Ariane 5, la SNPE Matériaux Énergétiques a fourni 18.000 tonnes de perchlorate d'ammonium, soit 1.000 containers transportés par bateau jusqu'à Kourou, «sans dérogation qualité et dans le respect des délais», précise-t-il. Le contrat 2009-2014, portant sur la fourniture de 12.500 tonnes de perchlorate d'ammonium pour 35 lanceurs a été signé en septembre2009 avec le groupe italien Avio (responsable du chargement des propulseurs en propergol, ndlr).
EADS Astrium*: le cerveau
Aujourd'hui, dédié à la conception et à la construction de satellites, le site toulousain d'EADS Astrium a joué un rôle important dans les programmes Ariane de 1977 à 2006. En effet, durant cette période, les équipes toulousaines (environ 200 personnes) ont construit 171 cases à équipements, appelées également «cerveau», qui ont permis le lancement de 294 satellites, soit plus de 620 tonnes de masse cumulée. «La case fait le lien entre la coiffe et chaque étage du lanceur. Elle comprend à la fois des éléments électronique, mécanique, thermique, etc.», explique Sébastien Poncin, directeur du site de Toulouse, qui a été chef de projet pour la case d'Ariane 5. Parmi ses sous-traitants toulousains, EADS Astrium compte BTS Industrie (cf. ci-dessous), qui a réalisé le faisceau électrique d'interconnexion du «cerveau» pour les programmes Ariane 4 et 5. L'assemblage, l'intégration et les tests des cases, effectués à Montaudran puis sur le site du Palays à partir de 1987, sont transférés à Brême en 2006. «La dernière case fabriquée à Toulouse intégrée dans le lanceur Ariane 5 a mis en orbite le satellite militaire Hélios 2B en décembre dernier», rappelle Sébastien Poncin. Quand on lui demande quelles ont été les évolutions importantes dans les différents programmes, il pointe des éléments pécuniers et techniques (redondance de chaque élément de la case, par exemple). «Pour le programme Ariane 4, on nous a demandé de diviser les prix par deux. Quant à celui d'Ariane 5, il a fallu encore réduire la facture de 40% pour rester compétitif». Le jeu en valait la chandelle... «Ariane 5 est aujourd'hui le plus gros lanceur civil du monde et le seul capable de lancer deux satellites en même temps.» Si l'aventure Ariane fait partie du passé à Toulouse, les équipes qui l'ont vécue la gardent bien en mémoire...
* Depuis 2007, maître d'oeuvre unique, EADS Astrium livre à Arianespace un lanceur complet, intégré et testé, et fournit également tous les étages d'Ariane 5, la case à équipements, le logiciel de vol ainsi que de nombreux sous-ensembles