Après sa reprise par le lyonnais ACI Groupe, le haut-marnais Hachette et Driout vacille à nouveau
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Après sa reprise par le lyonnais ACI Groupe, le haut-marnais Hachette et Driout vacille à nouveau

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En Haute-Marne, l'entreprise de métallurgie Hachette et Driout connait de fortes difficultés financières, et bascule progressivement en activité partielle. Une situation qui intervient quelques mois seulement après sa reprise par le lyonnais ACI Groupe, récemment placé en redressement judiciaire.

L'entreprise Aciéries Hachette et Driout est devenue Fonderies Hachette et Driout après son rachat par ACI Groupe — Photo : Fonderies Hachette et Driout

Début 2025, les Aciéries Hachette et Driout (242 salariés, CA : 35 M€) étaient reprises à la barre du tribunal de commerce de Dijon par le lyonnais ACI Groupe (1 500 salariés, 200 M€ de CA en 2024). Spécialisé sur les marchés du mining et du nucléaire, Hachette et Driout devait alors être réorienté sur le marché de la Défense. "Il s'agit d'un des marchés prioritaires d'ACI Groupe dans sa globalité. C'est pour cela que nous avons choisi de diversifier l'entreprise sur ce secteur que nous connaissons très bien", expliquait alors Philippe Rivière, PDG d'ACI Groupe, en mars 2025.

Ce dernier espérait alors permettre à l'entreprise d'atteindre les 50 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici 2030, avec 125 recrutements à la clé, pour atteindre les 400 salariés. "Il s'agit de la dernière aciérie capable de produire des pièces supérieures à 6 tonnes dans ces aciers spéciaux. Par ailleurs, l'entreprise se situe dans les mêmes zones géographiques que d'autres sociétés de notre pôle "chaud". Enfin, c'est une entreprise qui a bénéficié d'énormément d'investissements sur son outil industriel", décrivait Philippe Rivière.

"Aujourd'hui, nous ne pouvons plus payer l'Urssaf, ni certains fournisseurs"

"Pourtant, en juin 2025, nous étions déjà déficitaires. Aujourd'hui, nous ne pouvons plus payer l'Urssaf, ni certains fournisseurs. ACI Groupe n'a jamais engagé de financements, ni de commandes", alerte William Olivo, secrétaire du CSE d'Hachette et Driout, membre du syndicat FO et secrétaire de l'Union des Syndicats de la Métallurgie de la Haute-Marne.

En parallèle, la holding du groupe ACI a été placée en redressement judiciaire fin septembre 2025, suite à la procédure de cessation de paiements auprès du tribunal des affaires économiques de Lyon, déposée par Patrice Rives, le numéro 2 du groupe. Une décision qui ne concerne pour l'heure que la holding financière du groupe et non les sociétés qui portent les activités industrielles de l'ETI lyonnaise. Contacté, Philippe Rivière n'a pas donné suite à nos sollicitations.

En activité partielle

Avant sa reprise par ACI Groupe, Hachette et Driout accusait de nombreuses dettes, et un résultat net de -11,7 millions d'euros, pour l'année 2024. "L'entreprise a engagé énormément d'investissements, puis elle a souffert du Covid et n'a pas pu rembourser ses dettes", expliquait Philippe Rivière en mars 2025. "Notre situation est pire qu'avant la reprise", accuse aujourd'hui William Olivo.

Fin septembre 2025, le CSE d'Hachette et Driout a engagé son droit d'alerte. L'entreprise tourne en effet en activité partielle depuis le 30 septembre, laissant une soixantaine de salariés sur le carreau. "En octobre, nous serons quasiment à 100 % en activité partielle : il restera la maintenance. En novembre, nous nous orienterons peut-être vers un redressement judiciaire. Il nous faut une reprise", poursuit-il.

L'an dernier, trois repreneurs s'étaient manifestés pour le rachat des Aciéries Hachette et Driout : parmi eux, ACI Groupe était la seule entreprise française à s'être positionnée au final.

Philippe Rivière, président et fondateur d'ACI Groupe — Photo : DR

Une réorientation sur la Défense jamais amorcée

En reprenant Hachette et Driout, ACI Groupe avait donc annoncé ses intentions de réorienter l'entreprise sur le marché de la Défense. Pour autant, "rien n'a été fait dans cet objectif. Les pièces que l'on produit sont commandées par nos anciens clients", estime aujourd'hui William Olivo.

Parmi les nombreuses entreprises reprises par l'ETI lyonnaise, Hachette et Driout n'est pas la seule à rencontrer des difficultés. "On va assister à une cascade de cessations de paiements dans l'ensemble des sociétés du groupe avec in fine des placements en redressement judiciaire dans le meilleur des cas, avec des ventes pour celles qui trouveront preneur et des liquidations judiciaires pour les plus mal en point", prédit un acteur de la filière mécanique du département de la Loire, où ACI est également implanté, qui souhaite garder son anonymat.

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