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Racheté par le fonds KPS Capital Partners, Eviosys (ex-Crown) investit à Concarneau

Par Jonathan Konitz, le 13 juin 2022

Eviosys, poids lourd européen dans la fabrication de boîtes de conserve, a récemment investi 12 millions d’euros pour dépoussiérer son appareil de production, lui permettant ainsi de pénétrer de nouveaux marchés. Malgré cela, l’entreprise concarnoise (ex-Crown) est confrontée au manque de candidats pour les postes qu’elle a à pourvoir.

À Concarneau, Eviosys emploie 160 salariés, 200 en période de pic d’activité avec les intérimaires.
À Concarneau, Eviosys emploie 160 salariés, 200 en période de pic d’activité avec les intérimaires. — Photo : Jonathan Konitz

Terminé le culte du secret façon Crown. Le groupe Eviosys (6 600 salariés ; 2,1 Md€ de CA dont 15 % en France), acteur majeur de l’emballage métallique de type boîte de conserve, veut communiquer sur ses activités. "Nous sommes fiers de ce que nous faisons, de nos équipes, de nos installations, glisse au détour d’un couloir Maël Chevalier, directeur du site de Concarneau, même si, bien sûr, nous avons des choses à garder concernant nos technologies et nos avantages compétitifs."

Acquisition pour 2,25 milliards d’euros

En avril 2021, le fonds d’investissement américain KPS Capital Partners a annoncé l’acquisition de 80 % des activités de Crown en région EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) pour 2,25 milliards d’euros. Concarneau faisait partie du deal. Une opération indolore pour les salariés sur place, outre le changement de nom et de logo, malgré une légère appréhension. "Il y avait un peu d’inquiétude. C’est normal lorsque vous vous faites racheter par une entité que vous ne connaissez pas. KPS a bien communiqué auprès des syndicats, a exposé une mission industrielle, avec une volonté ferme de moderniser et d’investir. C’était rassurant pour tout le monde. D’autant plus qu’Eviosys arrive avec un montant planifié d’investissements annuel nettement supérieur : 50 millions par an, tous sites confondus, contre deux à trois fois moins avec Crown", témoigne Maël Chevalier, lors de la visite des sites concarnois, organisée par les nouveaux propriétaires.

Maël Chevalier, directeur d’Eviosys Concarneau.
Maël Chevalier, directeur d’Eviosys Concarneau. - Photo : Jonathan Konitz

Sous la lumière des projecteurs, les fruits du programme de modernisation : un plan d’investissements de 12 millions d’euros, amorcé en 2020 et aujourd’hui finalisé, destiné à moderniser les deux sites de l’usine de Concarneau (Kersalé 34 000 m² et Villeneuve 68 000 m²). Parmi les réalisations, on trouve l’apparition d’un système d’inspection qualité par caméra sur les chaînes de production, une robotisation accrue et une modernisation des deux lignes de couvercles à ouverture facile.

Le point d’orgue de l’opération reste l’installation d’une ligne d’impression à plat des feuilles de métal sept couleurs offset (Projet Glaz), à Kersalé, pour un coût total de 7 millions d’euros. En service depuis septembre 2021, l’équipement "le plus performant de France permet d’aller en moyenne quatre fois plus vite. Auparavant, chaque couleur nécessitait un passage dans la machine. Désormais, tout se fait en même temps. La ligne est capable d’imprimer 6 000 feuilles par heure, chacune représentant l’équivalent de 6 à 120 produits finis en fonction des formats", expose l’industriel.

Des demandes accrues

"Le site était en sous-capacité, pas assez compétitif. Nous devions nous moderniser pour atteindre de nouveaux marchés et produire d’autres formats de boîtes en métal", analyse François Querrioux, Chief Operating Officer (Directeur des Opérations) chez Eviosys. Des formats déjà produits par Eviosys sur ses autres sites européens, mais pas à Concarneau.

La nouvelle ligne d’impression est aussi la bienvenue pour surfer sur le regain de la demande en boîtes de conserve, sur la période 2020-2021, expliqué par un effet confinement. "Le marché s’est fidélisé. L’UPPIA (Union interprofessionnelle pour la promotion des industries de la conserve appertisée) estime la croissance à 4 %", cite le directeur de l’usine.

Sur un mode de fonctionnement en 3x8 cinq jours sur sept, avec une activité le week-end et des périodes de demandes accrues, le site de Concarneau est capable de produire 500 millions de produits par an (400 millions de boîtes et 100 millions de couvercles) grâce à ses 16 lignes de production. De quoi satisfaire les clients de l’entreprise, dont Bonduelle, Saupiquet ou encore Eureden. Le tout sans utilisation de bisphénol, assure la direction du site.

Capter les marchés locaux

Si les dirigeants sont aujourd’hui tout sourire, Maël Chevalier confie que la mise en route du programme de modernisation en 2020 n’a pas été de tout repos, la faute au Covid. "Avec une multitude d’entreprises partenaires, des fournisseurs indisponibles pour l’installation, vous devez tout réaliser avec vos équipes en autonomie, c’est dix à vingt fois plus compliqué… D’autant plus que, durant le premier confinement, nous observions un niveau d’activité en forte croissance, dû à la hausse de la consommation de boîtes de conserve, couplée à un absentéisme de 15-20 % de nos effectifs. Nos salariés peuvent être fiers du chemin parcouru !"

Le site de Concarneau est capable de produire 500 millions de produits par an.
Le site de Concarneau est capable de produire 500 millions de produits par an. - Photo : Jonathan Konitz

Pour autant, cette première tranche d’investissements n’est que le point de départ d’une feuille de route dotée d’un horizon à cinq ans, dont l’objectif sera "de développer l’activité du site et de capter des marchés locaux pour lesquels Eviosys Concarneau n’est pas encore équipé", annonce Maël Chevalier, sans trop en dévoiler. La communication a ses limites.

Baisse des marges

Alors que tout semble réussir au site de Concarneau, le contexte international, joue les trouble-fêtes. La guerre en Ukraine a fait flamber le cours de l’aluminium, matière première indispensable à la fabrication des boîtes de conserve et donc à l’activité d’Eviosys, avec un prix franchissant la barre des 4 000 $ la tonne début mars, explosant le précédent record historique de 3 380,15 $ en 2008. Selon François Querrioux, la hausse serait invisible pour les clients de l’entreprise. "Nos contrats sont annuels ou pluriannuels, nous ne changeons pas nos prix en cours d’année. Eviosys n’a pas anticipé tous les scénarios, et absorbe donc à 100 %. Nous rognons sur nos marges, évidemment."

Basées à proximité des ports de pêche, et de productions légumières, les usines Eviosys devront aussi composer avec le changement climatique, véritable menace pour les cultures, et la raréfaction de la ressource halieutique. Pas de quoi inquiéter le groupe, interrogé sur une éventuelle menace sur son activité : "il y a toujours eu des hauts et des bas pour les récoltes et la pêche. C’est pour cela que notre système de production et d’approvisionnement est agile et réactif. Cela ne nous inquiète pas. Et ces deux secteurs se sont engagés dans une démarche plus durable et une gestion plus responsable des ressources. En cela, nous les accompagnons par notre engagement fondamental et local à réduire notre empreinte carbone, et par notre emballage métallique recyclable à l’infini et recyclé à plus de 84 %, c’est l’emballage le plus recyclé."

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