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Comment Hénaff a construit sa filière de poivre bio équitable

Par Isabelle Jaffré, le 06 février 2020

Le fabricant de conserves Hénaff a aidé à construire une filière de poivre bio à Sao Tomé, petite île du golfe de Guinée. La coopérative créée fait aujourd’hui vivre 400 familles et fournit 100 % du poivre du groupe breton.

Antonio Dias, directeur de la coopérative de cacao, Gilles Talrich d'Hom&Ter Développement, Loïc Hénaff, Francisco Martins dos Ramos, ministre de l'agriculture de Sao Tome et Principe et Philippe Chancerel, directeur scientifique d'Hénaff.
Le fabricant breton de conserves Hénaff, présidé par Loïc Hénaff (au centre), s'approvisionne désormais à 100% en poivre sur l'île de Sao Tomé. — Photo : © Isabelle Jaffré

L’histoire de la filière de poivre bio et équitable d’Hénaff (281 salariés, 45,5 M€ de CA) démarre par une mésaventure. « Il y a une dizaine d’années maintenant, nous avons eu la mauvaise surprise d’avoir un lot de poivre vicié. Il avait fermenté et était inutilisable », se souvient Loïc Hénaff, le patron du groupe breton basé à Pouldreuzic (Finistère), connu pour son fameux pâté Hénaff. L’entreprise produit aussi des produits à base de poissons et d’algues, depuis le rachat de GlobeXplore (ex-Globe Export) en 2017. « On s’est alors aperçu que le poivre était dans toutes nos recettes ! La production s’est arrêtée », poursuit le dirigeant.

Un ingrédient minime mais essentiel

Cet incident pousse la direction à s’interroger sur son approvisionnement. Hénaff est par ailleurs dans une démarche RSE pour sa stratégie 2030. « Nous avons réécrit notre mission mais fondamentalement, nos valeurs étaient déjà là : produire bien, produire bon et produire sain. » L’entreprise veut désormais avoir un impact plus global avec quatre priorités : le porc, le poisson, l’algue... Et donc le poivre, un ingrédient qui pèse peu dans chaque produit. « Mais un ingrédient très important, corrige Loïc Hénaff. Il est partout et la qualité fait une vraie différence. » L'entreprise décide alors de choisir un poivre de grande qualité et équitable.

« C’est une plante équatoriale, donc il n’était pas possible de se fournir en France », note Loïc Hénaff. Leurs recherches les ont donc menés à Sao Tomé, via l’importateur Gilles Talrich, d’Hom & Ter Développement. La production principale de ce petit pays du golfe de Guinée est le cacao. Le poivre représente une diversification. « Cela n’a pas été simple de convaincre les producteurs sur place car la récolte a lieu deux à trois ans après la plantation. Avec un seul client, c’est un risque », explique Gilles Talrich.

400 familles qui vivent de la filière poivre

Finalement la coopérative Cepiba (400 000 € de chiffre d'affaires) voit le jour en 2007 et livre sa première tonne de poivre bio et équitable en 2009. « Ils sont partis de zéro, indique Loïc Hénaff. On s’est engagé au début à leur prendre toute leur production. » Un contrat de cinq ans, reconduit régulièrement. L’entreprise bretonne ne s’est pas contentée d’acheter ; elle a également accompagné la coopérative. « Notre directeur scientifique, Philippe Chancerel, y est allé tous les ans », souligne le patron. Depuis deux ans, 100 % du poivre utilisé dans les produits Hénaff viennent de Sao Tomé, soit 12 à 13 tonnes par an. « C’est un vrai changement économique et social pour nous. Les familles ont ainsi pu vivre mieux, acheter des cahiers pour l’école des enfants par exemple », explique Francisco Martins dos Ramos, l’ancien directeur de la coopérative devenu ministre de l’agriculture de São Tomé e Principe. En cinq ans, Cepiba est passée de 250 à 400 familles qui vivent de la filière poivre, un revenu complémentaire à la culture du cacao.

Aujourd’hui, la coopérative cherche de nouveaux clients, avec l’aide d’Hénaff et de Hom & Ter Développement. « L’île produit 60 % en bio et vise 100 % », admire Loïc Hénaff, qui se mobilise pour son fournisseur partenaire. Le dirigeant breton, également président de l'association Produit en Bretagne, fait même jouer la filière bretonne. À l’occasion de la visite de Francisco Martins dos Ramos à Pouldreuzic, le siège d’Hénaff, il a permis à l’homme politique de s’entretenir avec Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Étrangères.

Antonio Dias, directeur de la coopérative de cacao, Gilles Talrich d'Hom&Ter Développement, Loïc Hénaff, Francisco Martins dos Ramos, ministre de l'agriculture de Sao Tome et Principe et Philippe Chancerel, directeur scientifique d'Hénaff.
Le fabricant breton de conserves Hénaff, présidé par Loïc Hénaff (au centre), s'approvisionne désormais à 100% en poivre sur l'île de Sao Tomé. — Photo : © Isabelle Jaffré

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