Ain

Plasturgie

Interview PRP Création : "J’ai demandé une procédure de sauvegarde pour éviter que notre situation ne se dégrade"

Entretien avec Joël Viry, président de PRP Création

Propos recueillis par Déborah Berthier - 12 juillet 2022

Le fabricant de flacons en plastique PRP Création, basé à Oyonnax dans l'Ain, a été placé en procédure de sauvegarde début juillet. La chute du chiffre d'affaires ces deux dernières années et la crise de l'énergie contraignent l'industriel à présenter un plan d'apurement et à se repositionner.

Joël Viry, patron de PRP Création.
Joël Viry, patron de PRP Création. — Photo : DR

Vous avez demandé le placement de votre entreprise PRP Création (150 salariés ; 12 M€ de CA en 2021) sous protection du tribunal de commerce le 6 juillet. Pourquoi cette décision ?

Notre chiffre d’affaires a fortement reculé durant la crise sanitaire. Il est passé de 20 millions d’euros en 2018 à 16 millions en 2020, et 12 millions en 2021. Nous produisons principalement des flacons pour des fonds de teint, des crèmes pour le visage, etc. Le port du masque a fortement réduit la consommation de ces produits dans le monde. En 2020, nous avions contracté un prêt garanti par l’État de 3,9 millions d’euros, qui nous a d’ailleurs permis de nous réorganiser en interne, d’améliorer notre rentabilité relative et de réaliser des investissements stratégiques. Nous sommes donc ressortis de cette crise affaiblis, mais notre stratégie était cohérente. En début d’année, nous avons tout de même demandé un moratoire aux banques afin d’étaler le remboursement de notre PGE sur huit ans et non quatre ans. Cela nous a été refusé. La crise géopolitique et énergétique qui s’est déclarée ces derniers mois nous a mis dans une situation telle que j’ai préféré demander une procédure de sauvegarde maintenant plutôt que d’attendre, au risque de voir la situation se dégrader davantage. Notre Ebitda de 600 000 euros ne nous permettait plus de faire face à ce mur de dettes.

Comment cette nouvelle crise vous affecte-t-elle ?

Le coût de l’énergie a doublé. Alors que nous y allouions 40 000 euros pour mois en 2021, nous y consacrons désormais 80 000 euros par mois. Et ces coûts sont très difficilement compressibles. Le coût des matières premières a également explosé. Le prix de certains matériaux que nous utilisons pour la fabrication de nos flacons a doublé. Celui des cartons et des plastiques a également fortement augmenté. Nous sommes en train de négocier des hausses de prix de 17 % à 20 % avec nos clients, mais je suis encore en discussion avec certaines grosses marques de luxe françaises alors que ces prix ont augmenté dès février pour nous. Face à cette situation, nous avons demandé un PGE Résilience, qui s’adresse aux sociétés fragilisées avec une forte capacité de rebond, ce qui est notre cas. Mais là encore, les banques ont dit non. J’ai fait intervenir le médiateur du crédit, j’ai sollicité Bruno Le Maire, le Président de la République, les élus locaux. Mais personne ne peut imposer aux banques de nous prêter de l’argent. Et elles aussi vivent une période complexe.

Comment envisagez-vous le redressement de PRP Création ?

Le dépôt de bilan a permis de geler nos dettes. La nouvelle a été très bien accueillie par nos clients qui nous soutiennent en nous donnant de la visibilité, en nous apportant de nouveaux projets, voire nous accordent des avances de trésorerie pour l’achat des matières premières. D’ici le mois d’octobre, nous allons présenter un plan d’apurement de 100 % de notre passif, sur dix ans, en gardant un maximum d’emplois. À l’heure actuelle, nous ne menons pas de réflexion relative à des licenciements. Les départs en retraite ne seront par contre pas remplacés.

Nous allons par ailleurs poursuivre notre stratégie de repositionnement, entamée il y a déjà quelques mois, à savoir nous ouvrir sur des produits "mass market". C’est un marché sur lequel nous pourrons dégager des marges plus confortables et sur lequel nous avons de belles perspectives. Nous avons d’ailleurs déjà signé un contrat de 1,3 million d’euros par an pendant quatre ans avec une société américaine pour la livraison de flacons. Nous avons également développé une nouvelle pompe, dont nous avons octroyé la licence à l’entreprise CTL Pack. Un contrat qui devrait à lui seul générer une croissance de 20 à 30 % de notre chiffre d’affaires dans les prochaines années.

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