Lyon

Innovation

Interview Groupe Seb : "Nous inventons les produits qui seront sur le marché d'ici 3 à 15 ans"

Entretien avec Vincent Rouiller, vice-président Recherche et Innovation du groupe Seb

Propos recueillis par Audrey Henrion - 10 novembre 2021

Le groupe Seb a inauguré fin octobre son centre mondial d’innovation à Écully, dans le Rhône. Le géant mondial du petit électroménager et des appareils culinaires poursuit une stratégie offensive en R & D pour capter de nouveaux consommateurs.

Nommé directeur du projet d'entreprise agile en 2019 et directeur recherche et innovation un an plus tard, Vincent Rouiller est aujourd'hui à la tête d'un escadron de 200 personnes qui inventent les produits Seb de demain.
Nommé directeur du projet d'entreprise agile en 2019 et directeur recherche et innovation un an plus tard, Vincent Rouiller est aujourd'hui à la tête d'un escadron de 200 personnes qui inventent les produits Seb de demain. — Photo : Audrey Henrion

Le groupe Seb (34 000 salariés dans le monde) devrait, selon son PDG Thierry de la Tour d'Artaise, atteindre environ 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires. En quoi l’innovation est-elle une clé dans la croissance du groupe ?

L’innovation est l’une des cinq valeurs qui fondent le socle du groupe. Le groupe Seb, c'est une trentaine de marques. Aujourd’hui, environ 60 % du chiffre d’affaires reposent sur la vente de produits de moins de trois ans. Nous investissons environ 3,5 % du chiffre d'affaires dans l’innovation, soit 240 millions d’euros en 2020. Avec 443 brevets déposés en 2020, nous sommes dans le Top 20 du classement INPI. Dans les faits, cela se traduit par le renouvellement d’un tiers de notre offre produits chaque année.

Le groupe vient d’investir 12,5 millions d’euros dans l’extension du bâtiment dédié à l’innovation. À quels besoins répond l’extension de ce site ?

Ce centre trouve son origine dans le projet de l’entreprise agile, engagé en juin 2019. Il se décline à travers 8 programmes dont l’un, " innovation pipe ", consiste à construire le portefeuille de nos innovations. Nous avons lancé ce chantier au niveau du groupe pour accompagner les évolutions du monde, les digérer, et en faire émerger des innovations les plus futuristes. Les activités du groupe sont animées par la force de l’innovation et nous nous inscrivons aussi dans l’évolution du monde, autour des questions de la réparabilité et du développement durable.

Quelle est votre vision de l’innovation telle qu’elle doit être pensée depuis Écully ?

Pour reprendre l’expression de notre PDG Thierry de la Tour d'Artaise, plutôt que chercher, nous voulons trouver ce que seront les besoins des consommateurs dans les 15 ans qui viennent. Nous inventons ici les produits qui seront sur le marché d’ici 3 à 15 ans en nous appuyant sur l’analyse des tendances observées dans d’autres secteurs. Et l’on croise ces tendances avec des technologies utilisées dans d’autres industries, d’où émergent des concepts. Des processus stratégiques en amont et opérationnels à l’aval permettant d’unifier la vision, de s’assurer qu’on fait remonter les idées "bottom up" (dans une démarche ascendante, NDLR), que l’on déploie des idées et projets qui croisent les priorités de l’entreprise. Il faut embarquer tout le monde, du président à la direction générale, en passant par les business units et, bien sûr, les équipes innovation.

"Certains collaborateurs travaillent le matin dans les laboratoires et peuvent dans l'après-midi basculer sur les bureaux."

D’un point de vue opérationnel, comment est configuré le centre ?

Nos trois étages sont organisés pour créer des interfaces, des "frottements" entre métiers d’où jaillissent les plus belles pépites. Ici 200 personnes peuvent travailler simultanément, autour de 160 écrans. Certains collaborateurs travaillent le matin dans les laboratoires et peuvent dans l’après-midi basculer sur les bureaux. Nous avons installé la partie technique au centre du bâtiment, derrière de grandes baies vitrées afin que celles et ceux qui sont sur leur écran en gestion de projet soient visuellement au contact de ceux qui mesurent, branchent les produits, testent un accessoire. Ici, l’observation est la clé de l’innovation. Il ne suffit pas de sous-traiter des études et de parler en pourcentage, mais de conduire une observation systémique et systématique des usages. Et pour dénicher les pratiques de demain, croiser les regards, les méthodes, et beaucoup observer.

Écully accueille le "Centre mondial de l’innovation". Cela signifie-t-il que 100 % de l’innovation est centralisée ici ?

Le centre d’Écully est le cœur du réacteur de la recherche innovation. Mais tout ne se passe pas ici, car nous disposons au total de six centres d’excellence. Ainsi, notre division de l’innovation est mondialisée et chacun des sites traite quelques axes stratégiques. Certains écosystèmes technologiques sont développés en Chine ou aux États-Unis. Mais aussi en Allemagne où l’acquisition de VMF nous a apporté des compétences assez incroyables sur l’utilisation de métaux ou de revêtements. De la même manière, les équipes innovation d’Amérique du Sud seront renforcées en 2022.

Le groupe planche sur des objets électriques et non électriques, des articles culinaires et non culinaires. Quelles sont les priorités du groupe mises en œuvre dans ces six centres d’excellence ?

Vous comprendrez qu’il m’est impossible de les citer en détail ! L’idée générale consiste à proposer au consommateur une expérience enrichissante, engageante, qui permet à l’usager d’être "consom’acteur" afin qu’il devienne ambassadeur du produit. C’est un axe très important et c’est ce que réussissent les plus grandes marques. Le groupe Seb y parviendra à travers des idées plus innovantes et grâce à nos unités Design UX (deux business units en France, trois en Chine et deux en Allemagne, NDLR) qui déploient des idées autour de l’expérience utilisateur. Dans le monde, 1 500 à 1 600 personnes travaillent à la création de nouvelles offres.

L'idée générale consiste à proposer au consommateur une expérience enrichissante, engageante, qui permet à l'usager d'être "consom'acteur"

Vous dites que l’observation est clé dans le processus d’innovation. De quelle façon la mettez-vous en œuvre ?

Nous disposons d’un "living lab", sorte d’appartement témoin créé il y a deux ans pour mettre en situation nos objets, observer l'usage et la compréhension intuitive qui en découle. Derrière la cloison, deux anthropologues scrutent les images des caméras qui filment les pièces en temps réel. La salle d’analyse permet de revoir les vidéos, disséquer une scène et comprendre les aspérités d’une expérience.

On peut aussi mettre du public dans une situation pour imaginer des usages futurs, réadapter des produits. L’innovation doit être immédiatement comprise. Enfin, le consommateur veut aussi baisser son impact environnemental et c’est aussi un axe stratégique fort du groupe. Nous vendons 360 millions de produits par an, et l’un des leviers pour diminuer notre impact est l’écoconception : faire aussi bien, voire mieux, avec moins de matière et d’énergie.

Quelles sont les tendances et les technologies qui se croisent actuellement ?

La grande tendance des recettes de cuisine "pas à pas", mais aussi l’usage des batteries qui prennent une place croissante dans nos vies. On imagine que demain ces batteries permettront de suivre une recette pas à pas ou de sécher les cheveux en toute autonomie. On croit beaucoup à l’essor du batch cooking, cette méthode qui consiste à cuisiner en quelques heures tous les repas de la semaine. La question est de répondre au besoin qu’ont les femmes de réduire leur charge mentale. Le groupe pourrait proposer un produit connecté à un service, pourquoi pas une livraison associée à la recette. Et là encore on resterait sur notre stratégie "d'expérience consommateur".

Nommé directeur du projet d'entreprise agile en 2019 et directeur recherche et innovation un an plus tard, Vincent Rouiller est aujourd'hui à la tête d'un escadron de 200 personnes qui inventent les produits Seb de demain.
Nommé directeur du projet d'entreprise agile en 2019 et directeur recherche et innovation un an plus tard, Vincent Rouiller est aujourd'hui à la tête d'un escadron de 200 personnes qui inventent les produits Seb de demain. — Photo : Audrey Henrion

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