Paré au décollage. Un an après la pose de la première pierre de son usine d’assemblage de 2 400 m2 à deux pas de l’aéroport de Rochefort (Charente-Maritime), la start-up industrielle Voltaero en a coupé le ruban en faisant voler - grâce à un carburant à base de raisin - son prototype (Cassio S) d’avion hybride.
Le chantier a nécessité un investissement de 4,7 millions d’euros dont 1,2 million d’euros de financements publics provenant de l’État, de la communauté d’agglomération Rochefort Océan et du Conseil régional, qui a injecté 10,3 millions d’euros (dont 1 M€ via des fonds européens) dans l’entreprise depuis sa création en 2017.
Une extension déjà prévue
Regroupant 40 personnes (dont 5 à Paris), la société créée par Jean Botti, ancien directeur de l’innovation d’Airbus y a emménagé début septembre et y prépare activement le développement de sa future gamme d’avions à propulsion hybride électriques Cassio. Elle comprendra un modèle 330 kilowatts à 5 places, un 480 kW de 6 places et un 600 kW de 12 places, modèle destiné à "l’aviation régionale commerciale" prévu à horizon 2029-2030.
Si l’usine en question envisage à terme de fabriquer jusqu’à 150 avions par an, elle devra "pousser les murs pour atteindre 3 000 m2", indique Jean Botti. "Ces avions commerciaux pourront transporter des colis, du fret, des équipements spéciaux comme des brancards, et bien sûr des passagers", poursuit-il.
Les promesses de Voltaero, elles, sont inchangées : "désenclaver les régions en utilisant des aérodromes ou de petits aéroports déjà existants mais sous-utilisés". L’entreprise entend ainsi se poser en alternative à la suppression des vols intérieurs courts. "On veut reprendre ce créneau avec une aviation plus propre", rappelle le dirigeant.
L’hydrogène toujours à l’horizon
Prévus pour avoir jusqu’à 1 200 km d’autonomie de vol et dotés de moteurs électriques d’une autonomie de "moins de 150 km", les avions de Voltaero pourraient aussi voler à l’hydrogène, "quand ce sera économiquement viable, même si le moteur existe déjà", souligne le chef d’entreprise.
Le premier palier, celui du modèle 330, est en bonne voie. "On a franchi 2 jalons sur les 4 nécessaires. Le 330 a plus de 230 précommandes", énumère Jean Botti, ajoutant que la cible reste un premier vol en 2025, en visant plutôt "des clients privés". "Nous sommes déjà en cheville avec des loueurs, des particuliers qui voudraient acheter l’avion mais aussi avec beaucoup d’opérateurs pour de l’aviation régionale ou du transport logistique", ajoute-t-il.
Vers une nouvelle levée de fonds
L’assemblage des avions, lui, doit démarrer au deuxième semestre 2026. D’ici là, Voltaero devrait atteindre 150 personnes. L’une de ses principales batailles reste le financement, elle qui rencontre toujours des difficultés pour trouver des investisseurs, notamment en France.
"De nouveaux investisseurs italiens vont rentrer et on a de bonnes pistes avec des Français", termine Jean Botti, qui détient toujours 70 % des parts de Voltaero et souhaite "lever une trentaine de millions d’ici à six mois".
Pour l’agglomération, l’usine de Voltaero est "le point de départ d’un futur hub industriel aéronautique" sur la zone. "Il y a encore 16 hectares de foncier disponible. Le syndicat mixte des aéroports de La Rochelle et Rochefort veut favoriser l’installation d’activités innovantes autour de l’aviation décarbonée", glisse Gérard Pons, son président. Ce futur hub a désormais trouvé son premier ambassadeur.