La start-up industrielle rochelaise Voltaero, qui développe une gamme d’avions hybrides électriques sous la marque Cassio, a été placée en redressement judiciaire le 7 octobre dernier par le tribunal de commerce de La Rochelle. L’entreprise est en cessation de paiements depuis fin septembre.
Stratégies d’implantations
En juillet dernier lors du Salon du Bourget, elle avait annoncé la signature d’une lettre d’intention avec le malaisien SEDC Energy, filiale de la Sarawak Economic Development Corporation, organisme public chargé de "promouvoir le développement commercial, industriel et socio-économique de l’État du Sarawak", situé au nord-ouest de l’île de Bornéo en Malaisie. SEDC Energy n’était pas le seul signataire : on y trouvait aussi le groupe rhodanien ACI Groupe (1 600 salariés, 200 M€ de CA en 2024), spécialiste de la sous-traitance industrielle.
L’objectif : les faire entrer tous les deux au capital de Voltaero, PME d’une quarantaine de personnes (dont 35 à Rochefort et 5 à Paris), et créer dans ce même état du Sarawak une nouvelle usine d’assemblage pour fournir le marché asiatique.
Voltaero, qui avait inauguré en novembre 2024 son siège social et sa première usine d’assemblage à Rochefort (Charente-Maritime), s’apprêtait à y lancer la production industrielle au deuxième semestre 2026, avec déjà plus de 280 précommandes au compteur. La création de cette usine faisait partie d’une stratégie globale pour conquérir des marchés cibles : la société avait signé une autre lettre d’intention en 2024 avec la société américaine Altisky, distributeur d’avions privés, pour implanter une autre usine dans le Tennessee et s’ouvrir le marché de l’Amérique du Nord.
Défaillance d’investisseur
Problème : la holding financière d’ACI Groupe, lourdement endetté, a été placée en redressement judiciaire mi-septembre par le tribunal de commerce de Lyon. Bien que son PDG Philippe Rivière ait l’intention de faire appel de cette décision judiciaire, elle n’arrange en rien Voltaero qui subit à nouveau la défaillance de l’un de ses investisseurs.
Le financement de l’aventure industrielle de Voltaero n’a pas toujours été un long fleuve tranquille : avant de faire entrer le japonais Kawasaki Motors à son capital en tant "qu’investisseur stratégique" en 2023, la start-up rochelaise avait déjà dû divorcer du fonds russe SSC, afin de pouvoir débloquer des fonds européens. Son PDG, Jean Botti — ancien directeur de l’innovation chez Airbus — se désole toujours d’avoir dû aller chercher des investisseurs étrangers (dont l’italien Tesi) faute d’engagement reçu par un éventuel investisseur privé français (ACI n’étant pour l’heure plus dans la course), la région Nouvelle-Aquitaine et l’État soutenant tout de même son développement.
Reste que l’entreprise n’a désormais qu’une poignée de mois pour retourner la situation, trouver un ou plusieurs nouveaux investisseurs et acter une poursuite de l’activité. L’enjeu de la sortie de crise de Voltaero dépasse sa seule situation individuelle : lors de l’inauguration de son usine de Rochefort il y a moins d’un an, l’agglomération voyait déjà dans cette implantation "le point de départ d’un futur hub industriel aéronautique" sur la zone. "Il y a encore 16 hectares de foncier disponible. Le syndicat mixte des aéroports de La Rochelle et Rochefort veut favoriser l’installation d’activités innovantes autour de l’aviation décarbonée", glissait Gérard Pons, son président.