"Comment le ministre de l’Économie peut-il multiplier les discours sur la souveraineté industrielle et autoriser la vente d’une entreprise aussi stratégique pour le secteur aéronautique et spatial français, contre l’avis de la Direction générale de l’armement (DGA) ? Dans le contexte géopolitique actuel, c’est irresponsable. Et, pourquoi, en tant que président de la Région, n’ai-je pas été consulté ?" Alain Rousset fulmine après la confirmation du rachat de l’équipementier de Défense LMB Aerospace, implanté à Malemort en Corrèze, à l’américain Loar. Annoncée en février 2025, l’opération suscite de vives réactions de la part du président de la Région Nouvelle-Aquitaine dans un contexte géopolitique tendu, où les enjeux de souveraineté nationale et de Défense sont ultrasensibles.
Un équipementier aéronautique stratégique
La PME de 75 salariés fabrique des équipements pour l’aéronautique civil (entre autres pour Airbus) et militaire, destinés notamment à l’avion de chasse Rafale, aux blindés dont le char Leclerc, au porte-avions Charles-de-Gaulle.
"On ne brade rien, on est dans une logique de développement des entreprises au service de la France."
Si le ministère de l’Économie et des finances confirme que le gouvernement a bien autorisé la cession, il se veut rassurant. L’opération est "accompagnée de conditions" insiste Roland Lescure. Parmi elles, "l’État aura une "golden chair", une action préférentielle au capital de LMB", détaille le ministre de l’Économie. "Toute décision stratégique pourra être bloquée par l’État."
Une "logique de développement des entreprises"
Par ailleurs, "l’entreprise continuera de produire en France", assure-t-il, et les "contrats stratégiques sont protégés". Il n’y a, selon le ministre de l’Économie, "évidemment" pas de risque de perte de souveraineté. "On ne brade rien, on est dans une logique de développement des entreprises au service de la France."
Le ministre rappelle que le pays demeure ouvert aux investissements étrangers tout en étant "extrêmement vigilant" à tout ce qui a trait à la souveraineté : "la Défense, la technologie, la santé et l’agroalimentaire". "Tout cela est encadré par la loi", et les investissements étrangers sont "passés au crible".
L’État a-t-il outrepassé l’avis de la DGAC ?
Quant à la question de savoir si le gouvernement a outrepassé une recommandation de la DGAC comme le dénonce Alain Rousset dans un communiqué, Roland Lescure balaie l’argument. "Non. J’ai lu cela ce matin, j’ai été surpris de savoir que ça pouvait se dire. C’est le ministre des Finances qui instruit le dossier avec ses collègues", précise Roland Lescure, suivant "un process de décision interministériel extrêmement précis, rigoureux et exigeant" et qui "prend des décisions au nom du gouvernement".
Loar Group, fabricant de composants new-yorkais, reprend 100 % du capital cédé par le groupe parisien Tikehau Capital, moyennant 365 millions d’euros. Créée en 1956, LMB Aerospace a été pendant 12 ans (jusqu’en 2012) filiale du groupe américain Honeywell. Aujourd’hui la PME réalise 30 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis où elle a lancé une activité de distribution en 2015.