Depuis la réforme de l'organisation commune du marché (OCM) en 2008, les viticulteurs ne reçoivent plus d'argent mais doivent payer pour distiller leurs sous-produits. Privée des subventions qu'elle percevait jusque-là, la distillerie Romann à Sigolsheim, la seule en Alsace, est contrainte de leur présenter une facture qui s'élève à 30euros la tonne de marc. Un changement qui passe mal auprès du vignoble. Après plusieurs réunions dont une en préfecture à la fin de l'année dernière, deux camps se sont dessinés. Certains membres des trois familles professionnelles, viticulteurs, négociants et coopératives, ont créé en mai dernier une société coopérative agricole, l'Union vigneronne d'Alsace (UVA). Son objectif: collecter les sous-produits viticoles et s'engager sur un apport de ces produits pendant cinq ans pour permettre à la distillerie Romann de poursuivre son activité. Les adhérents bénéficient d'une ristourne de la distillerie, à 22euros la tonne de marc au lieu de 29euros. L'adhésion au capital social de l'UVA s'élève à 25euros par hectare préssuré et 25euros par tranche de 10.000euros de CA annuel HT. Le capital servira à devenir actionnaire de la distillerie Romann et à entrer au capital de Grap'Sud, le groupe détenant la distillerie. «C'est la première fois qu'une SA ouvre son capital à ses clients», fait remarquer Étienne Arnaud Dopff, le vice-président de l'UVA.
L'AVA méfiante
«La distillerie joue la transparence, or la transparence sera mince avec 5% des parts qui seront détenues par l'UVA. L'argument d'avoir accès à la comptabilité ne tient pas non plus, ce sont des données que toute entreprise tient publiques. On peut les consulter sur internet. Par contre, en prenant des parts à l'UVA, vous êtes engagés sur cinq ans. Or, l'OCM s'arrête fin 2012, après, on ne sait pas où iront les enveloppes Agrimer», soutient Gérard Boesch, le président de l'association des viticulteurs d'Alsace (AVA). Le syndicat prône d'autres solutions comme la méthanisation, le compostage et l'épandage. En contact avec différents partenaires pour mettre en place ces solutions, l'AVA estime les coûts à 10euros la tonne de marc. Ce camp compte 580 viticulteurs contre une centaine de membres à l'UVA, soit 3.500 producteurs.
La distillation des sous-produits viticoles, désormais payante, divise le vignoble. D'un côté, l'Union vigneronne d'Alsace, partenaire de la distillerie Romann, de l'autre l'association des viticulteurs d'Alsace, partisane de solutions alternatives.