"Appel de Strasbourg" : l'Europe viticole sonne l'alarme économique et climatique
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"Appel de Strasbourg" : l'Europe viticole sonne l'alarme économique et climatique

Adopté à Strasbourg le 21 octobre 2025 lors de l'European Wine Day, le "Manifeste pour une Europe fièrement viticole", porté par l'Assemblée des Régions Européennes Viticoles (AREV) et par la Région Grand Est, appelle l'Union européenne à renforcer son soutien économique à la filière viticole face aux crises climatique, commerciale et de consommation.

Franck Leroy, président de l'Assemblée des Régions Européennes Viticoles et de la Région Grand Est et Christophe Hansen, Commissaire européen chargé de l'agriculture et l'alimentation — Photo : Jean-Luc Stadler / Région Grand Est

Réunis à Strasbourg le 21 octobre 2025 à l'occasion de l'European Wine Day, élus, professionnels et représentants des territoires viticoles européens ont adopté un "Manifeste pour une Europe fièrement viticole". Porté par Franck Leroy, président de l'Assemblée des Régions Européennes Viticoles (AREV) et de la Région Grand Est, ce texte appelle à une mobilisation collective pour défendre un pilier économique et culturel aujourd'hui fragilisé.

Une triple crise pour les vignobles européens

La filière viticole traverse une crise multiforme. Le document adopté à Strasbourg pointe d'abord la crise climatique, marquée par la hausse des températures, les gelées tardives ou encore les sécheresses prolongées qui désorganisent les cycles de la vigne. Vient ensuite la crise de la consommation, avec la baisse structurelle des volumes bus en Europe et dans le monde, sous l'effet conjugué d'un changement des habitudes alimentaires et d'un discours hygiéniste croissant.

Enfin, la filière doit composer avec une crise économique, aggravée par la flambée des coûts de production, la concurrence internationale et la fragilité des exportations vers les États-Unis.

"Derrière le vin, c'est toute une économie qui s'inquiète pour sa pérennité", résume Franck Leroy, qui alerte sur "un moment charnière pour l'avenir des vignobles européens". "Si nous ne réagissons pas maintenant, c'est tout un pan de notre identité économique et culturelle qui risque de disparaître."

La viticulture européenne représente plus de 3 millions d'emplois directs et indirects, des milliers d'exploitations et une contribution essentielle à la balance commerciale européenne, largement excédentaire grâce au vin.

Un poids économique majeur pour les territoires

Au-delà de son importance agricole, la filière viti-vinicole demeure un moteur d'attractivité et de croissance pour les régions rurales. Œnotourisme, restauration, commerce, transport ou encore artisanat : les activités induites soutiennent des écosystèmes locaux.
Chaque année, plus de 20 millions de visiteurs sillonnent les routes des vins en Europe, selon l'AREV, générant plusieurs milliards d'euros de retombées économiques.

La viticulture contribue aussi à la préservation des paysages et à la résilience environnementale : les vignes, en stabilisant les sols et en limitant l'érosion, constituent un rempart naturel contre les incendies ou les inondations.

Un appel à l'action européenne

Dans le manifeste, les signataires — l'AREV, l'Association nationale des élus de la vigne et du vin (ANEV) et les représentants des régions viticoles européennes — demandent à la Commission européenne et au Parlement européen de renforcer les moyens budgétaires dédiés à la viticulture dans la future PAC post-2027.

Ils plaident pour une reconnaissance culturelle spécifique du vin européen dans la législation, la défense du secteur dans les accords commerciaux internationaux, avec des clauses de réciprocité face aux États-Unis, un plan ambitieux d'innovation et de recherche, et la création d'un "Erasmus viticole" pour favoriser les échanges de compétences entre territoires.

Le manifeste réclame également une gestion durable des ressources, notamment de l'eau, et un soutien accru à la diversification vers l'œnotourisme afin de renforcer la résilience économique des domaines.

Présent à Strasbourg, Christophe Hansen, commissaire européen à l'Agriculture et à l'Alimentation, a salué "un appel fort et légitime des territoires viticoles européens". Il a promis de "veiller à ce que la PAC post-2027 intègre pleinement les enjeux de la transition viticole et de la compétitivité des exploitations".

Un enjeu identitaire et stratégique

Au-delà de l'économie, le texte met en avant une dimension identitaire forte. "Défendre la viticulture, c'est défendre des territoires vivants, une économie bénéfique et une identité partagée", souligne Franck Leroy, rappelant que "dans chaque vignoble européen se joue une part de notre culture commune". Le vin, symbole de convivialité et de culture européenne, représente aussi un vecteur de "soft power" à l'échelle mondiale.

Les signataires appellent les États membres et les institutions européennes à "donner aux Régions les moyens d'agir", au plus près du terrain. En filigrane, le message est clair : la survie du vignoble européen passe par une politique européenne assumée, coordonnée et ambitieuse.

Le Grand Est en première ligne

Avec plus de 15 000 exploitations viticoles et des appellations emblématiques comme la Champagne, l'Alsace ou la Lorraine, la Région Grand Est figure parmi les plus concernées. Engagée depuis plusieurs années dans la transition agroécologique et la réduction des intrants, elle se veut à la fois laboratoire d'adaptation climatique et porte-voix politique de la filière. Derrière les mots et les symboles, c'est tout un pan de l'économie européenne — fait de savoir-faire, de paysages et d'emplois — qui joue sa survie.

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