Au sein d’une serre de 4 500 m², à l’abri des insectes, à température et humidité contrôlées, poussent les premiers plants de vigne arrivés il y a deux mois, pour une mise à disposition des bois dès 2026. C’est là, dans la commune d’Oger dans la Marne, en plein cœur de la Champagne, qu’une vingtaine de cépages de quatre régions viticoles (Champagne, Bourgogne, Jura et Beaujolais) vont grandir hors-sol, protégés des virus et bactéries. "Face aux enjeux sanitaires, le modèle en plein champ ne suffit plus. Il fallait inventer un nouveau modèle, adapté au chaos climatique", introduit Charles Goemaere, directeur du comité Champagne.
Un projet collectif pour l’avenir de la filière
C’est tout le sens de Qanopée, première serre bioclimatique "insect-proof", dédiée à la conservation et à la pré-multiplication des greffons et porte-greffes. Cet espace confiné doit assurer l’intégrité sanitaire des plants face aux nouveaux défis climatiques, mais aussi préserver le patrimoine végétal. Représentant un investissement total d’environ 8,3 millions d’euros, rassemblés grâce à 60 % amenés par l’Union européenne via les fonds Feder mobilisés par la Région Grand Est, Qanopée a aussi été financée par les interprofessions viticoles, qui ont apporté 826 000 euros, soit 10 % du montant total, ainsi que par les collectivités locales pour 1,4 million d’euros, le tout complété par un emprunt. Ce soutien massif reflète l’enjeu stratégique du projet pour la pérennité du vignoble.
Transmettre un vignoble en "bon état"
Piloté par une association réunissant les quatre interprofessions viticoles avec le soutien, entre autres, de l’IFV (Institut français de la vigne et du vin), Qanopée illustre une coopération interrégionale inédite née il y a dix ans. "C’est un projet structurant, technique, mais surtout profondément collectif, souligne Thiébault Huber, président de l’association Qanopée. Nous avons le devoir de transmettre aux jeunes vignerons un vignoble en bon état, résilient et durable."
Un outil au service des pépiniéristes et du patrimoine viticole
Concrètement, les greffons (partie aérienne) et porte-greffes (partie racinaire), le matériel initial conservé par l’IFV, sont multipliés dans un environnement clos, garantissant une qualité sanitaire optimale. Une fois la phase de multiplication effectuée, le matériel, certifié, est fourni aux pépiniéristes qui s’occupent du greffage. "Ce que nous offre Qanopée, c’est une régularité et une sécurité que nous n’avions jamais eues auparavant", explique Jean-Michel Dumont, vigneron et un des douze derniers pépiniéristes de Champagne. "On peut travailler avec du matériel fiable, sans se soucier des aléas climatiques ou des contaminations", ajoute-t-il.
Utilisé aussi pour des travaux de recherche
La serre a donc vocation à fournir des plants de vigne, mais aussi à poursuivre des travaux de recherche, notamment autour des variétés résistantes aux maladies de la vigne. Qanopée peut aussi répondre à l’enjeu du dépérissement de la vigne — baisse de productivité ou mort prématurée des ceps. En Champagne, par exemple, sur la dernière décennie, indique Charles Goemaere, "le taux de renouvellement moyen est de 0,7 % du vignoble, ce qui est au moins deux à trois fois inférieur à ce dont on aurait besoin pour assurer les pérennités du vignoble".