En 2025, les expéditions de champagne ont atteint précisément 265,9 millions de bouteilles, soit une baisse de 2,2 % par rapport à 2024. Si l’on exclut l’année exceptionnelle de 2020 marquée par la pandémie (244 millions de cols), il s’agit d’un niveau qui n’avait pas été observé depuis 2001, où 263 millions de flacons avaient été commercialisés.
Malgré ce recul des volumes, le chiffre d’affaires se maintient à 5,7 milliards d’euros, au même niveau que 2021 pour 320 millions de cols expédiés. Il retombe néanmoins sous la barre symbolique des 6 milliards d’euros : ce seuil record avait été dépassé en 2022, à 6,3 milliards d’euros, d’après les données du Comité champagne.
Un contexte économique "imprévisible"
La filière champagne accuse le coup de chiffres moroses. Et reste suspendue aux annonces tonitruantes d’un président américain instable. Jusqu’à ce mercredi 21 janvier, Donald Trump agitait encore la menace de taxer les vins et champagnes de 200 % si la France n’entrait pas dans son nouveau Conseil de la paix, dans un contexte de tension autour du Groenland. À noter que les taxes américaines, avaient déjà été remontées à 15 % à compter de l’été 2025. Finalement, "le cadre d’un futur accord" a été trouvé entre l’OTAN et le président américain, supprimant l’annonce fracassante énoncée 24 heures plus tôt. Les Champenois peuvent de nouveau souffler, mais en ont assez d’être une variable d’ajustement géopolitique.
Lors d’un premier bilan partagé à l’occasion de la fête des vignerons, la Saint-Vincent à Reims le 18 janvier, Charles Goemaere, directeur général du Comité Champagne, a dressé un tableau sans concession. "Le monde économique n’a jamais été aussi imprévisible", a-t-il déclaré, évoquant la multiplication des conflits armés qui n’incite pas "à la fête", "les crises économiques latentes dans certains de nos marchés clés", ainsi que "les évolutions sociétales" : "J’aurais aimé annoncer que les contre-performances de l’an dernier étaient derrière nous […] mais les chiffres sont têtus", a précisé Charles Goemaere.
Des enjeux sociétaux autour de la baisse de consommation d’alcool
Représentant 57 % des volumes (152 millions de flacons), les exportations continuent de porter les ventes du champagne, mais continuent de baisser depuis 2022. Le marché français, à 114 millions de bouteilles, recule quant à lui de 3,7 %. "Le marché français est une vitrine pour notre appellation, il faut le renforcer", a insisté Maxime Toubart, président du Syndicat général des Vignerons et coprésident du Comité Champagne : "Nous avons tous les atouts, des vins d’excellence, un savoir-faire unique et la force du collectif". Le marché domestique représente "une référence" et "une priorité absolue pour la filière".
Mais, comme le note le président de la coopérative Union Champagne, Dominique Babé, la filière vin est frappée "de plein fouet" par "des phénomènes de société" amenant à baisser la consommation d’alcool et valorisant "la mise sur le marché de produits désalcoolisés à 0 %".
Dans un communiqué, David Chatillon, président de l’Union des Maisons de Champagne et coprésident du Comité Champagne, rappelant que la filière a fait face à de nombreuses crises, veut rester optimiste : "C’est avec une appellation forte et des actions coordonnées que nous continuerons à faire briller les yeux de tous ceux qui, à travers le monde, aiment les grands vins, le rêve, la fraternité, la fête et la vie". Les données consolidées seront dévoilées lors du salon Wine Paris en février.