Producteur et transformateur de papier, le groupe vosgien Exacompta Clairefontaine (3 500 salariés, CA : 831 M€) s’est lancé dans un vaste chantier de transformation énergétique de son usine vosgienne d’Étival-Clairefontaine. Après avoir injecté 37 millions d’euros dans une chaudière biomasse, l’industriel vient de mettre en service une nouvelle chaudière électrique. Un projet à 4 millions d’euros qui doit permettre de réduire encore les émissions de CO2 du site de 5 800 tonnes de CO2 par an, soit près de 8 % supplémentaires.
La biomasse, "clé de voûte" de la transition
Le premier pilier de la décarbonation des Papeteries de Clairefontaine, initié dès 2023, est désormais opérationnel. Mise en service en mai 2025, la chaudière biomasse de 20 MW, conçue par le constructeur danois Dall Energy, fait figure de "clé de voûte" de cette stratégie.
Après une longue phase de mise au point, rendue nécessaire par la complexité de l’installation, cette chaudière tournera à plein régime dès le mois de juin. À cette date, l’usine pourra donc éteindre une des deux chaudières au gaz qui fournissent l’énergie nécessaire à la production de vapeur, pour sécher le papier.
Jusqu’à 45 % d’émissions de CO2 en moins grâce à la biomasse
L’utilisation de la biomasse devra permettre au site industriel d’effacer entre 25 000 et 30 000 tonnes d’émissions de CO2, soit environ 45 % du total des émissions.
L’approvisionnement de cette chaudière, prévue sur une ressource tendue, a été sécurisé en amont du projet. Le combustible se compose aux deux tiers de plaquettes forestières et de bois sorti du statut de déchet, provenant des régions Grand Est et Bourgogne Franche-Comté. À plein régime, cette chaudière fournira jusqu’à 25 tonnes de vapeur haute pression par heure, alimentant le process de fabrication du papier : chaque année, 170 000 tonnes de papier sont produites dans l’usine d’Etival-Clairefontaine.
L’électricité dans une chaudière : une technologie des années 30 pour l’avenir
Loin de s’arrêter là, les Papeteries de Clairefontaine déploient donc actuellement un deuxième atout majeur : une chaudière électrique d’une puissance de 27 MW. Basée sur la technologie dite "à jet", cette installation utilise la résistance de l’eau entre deux électrodes portées à 20 000 volts pour générer de la vapeur de manière quasi instantanée. La montée en puissance de cet outil sera progressive. Cette chaudière électrique a été dimensionnée pour fournir jusqu’à 37 tonnes de vapeur par heure.
Vers l’objectif 2030 : une transformation de "longue haleine"
La feuille de route de décarbonation des Papeteries de Clairefontaine doit prolonger la transformation de l’usine jusqu’en 2028. La prochaine étape vise le système de chauffage des 20 hectares bâtis. Là encore pour diminuer le recours au gaz, l’entreprise va récupérer la chaleur des fumées de la biomasse pour chauffer à la fois des systèmes liés aux procédés mais également une partie des locaux de l’usine. Ensuite, une stratégie de petits pas doit permettre d’avancer sur des projets de réduction de la consommation d’énergie.
Des quotas carbone qui imposent d’agir
La stratégie des Papeteries de Clairefontaine est donc celle d’une adaptation pragmatique. En diversifiant son mix énergétique, mêlant biomasse, électricité et gaz en appoint, l’industriel vosgien se donne les moyens de résister à la décrue structurelle du marché du papier tout en répondant aux impératifs climatiques.
À l’échelle du groupe, la prudence sur les objectifs de décarbonation est aussi de mise. La dernière publication de la déclaration de performance extra-financière du groupe Exacompta Clairefontaine n’évoque pas la neutralité carbone, pour mieux rappeler le cadre fixé par le plan de l’Union Européenne "Fit for 55", qui prévoit la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % en 2030 par rapport à 1990.
Autre enjeu lié à la décarbonation des activités du groupe, les quotas carbone. Pour l’exercice 2025, les quotas gratuits de CO2 alloués à Exacompta Clairefontaine étaient de près de 57 800 tonnes. Sur les six premiers mois de l’exercice, les émissions de CO2 des trois papeteries françaises du groupe se sont élevées à 44 766 tonnes exactement. Les quotas alloués seront donc insuffisants en fin d’exercice. Les quotas manquants doivent être achetés sur le marché d’échange européen, à un prix très variable : le CO2 s’échangeait à 4 euros la tonne en décembre 2016, avant d’atteindre un plus haut historique en février 2023, dépassant la barre des 100 euros la tonne.