Une route solaire quèsaco ? Pour résumer le concept futuriste de Wattway, il s'agit de « cellules photovoltaïques standards » encapsulées dans des dalles qui mélangent notamment de la résine, un verni transparent spécifique et enfin des granulats de verre pour donner l'adhérence d'une chaussée traditionnelle.
« Quelques millimètres séparent les cellules photovoltaïques des roues de voitures », souligne Francis Grass, P-dg de Colas Centre Ouest (3.700 salariés dont 300 en Vendée), constructeur de routes et d'infrastructures de transport aérien, ferroviaire ou maritime. Et ses premiers mètres carrés de Wattway, cette filiale de Bouygues a décidé de les installer en Vendée.
Fraîchement équipé, le parking de la salle de spectacles du Vendéspace à La Roche-sur-Yon (un espace surtout occupé le soir) dispose de 50 m² panneaux solaires, posés sur la voie centrale entre les épis. Devant produire 6.300 kWh par an, l'installation alimente une borne de recharge pour véhicules électriques. D'ici mi-juin, l'échangeur routier de Bellevigny, en sortie de 2x2 voies, recevra lui aussi une petite portion solaire destinée à alimenter un panneau d'affichage dynamique et le réseau électrique.
« Une première mondiale lancée en Vendée ! », se félicitent les élus, comme le député Alain Leboeuf (LR), président du syndicat d'énergies le SyDEV ou comme le président du Département Yves Auvinet (Divers droite). Ce dernier a injecté 320.000 euros pour ces installations. Une première... Symbolique plus qu'autre chose. « En 2016 et 2017, on va déployer une centaine de chantiers d'application dans le monde, de 20 m² à 100 m² », a en effet annoncé Jean-Charles Broizat, dg de Wattway.
« Pré-industrialisation »
L'idée ? « Sortir des essais en laboratoire et entamer aujourd'hui la pré-industrialisation ». Cette phase doit « permettre d'acquérir des données pour définir les meilleurs usages de la Wattway », explique le dirigeant. « D'où l'idée de tester deux modèles, entre le parking et l'échangeur, deux espaces qui supporteront des types de véhicules, de vitesse, des niveaux de frottement différents, etc. », précise Alain Leboeuf.
«Une brique supplémentaire dans le mix énergétique »
Déclarant avoir reçu une demande de « plusieurs millions de m² d'un pays lointain », qu'il reste incapable d'honorer à ce stade, Jean-Charles Broizat ne prétend pas avoir trouvé la panacée face au défi énergétique. « Cette innovation représentera plutôt une brique supplémentaire dans le mix énergétique de demain », estime-t-il.
Procédé critiqué pour son coût
Si l'essai se transforme, Colas compte passer à « la phase industrielle à l'horizon 2018 pour pouvoir arriver à un prix du kWh similaire à celui d'une centrale photovoltaïque classique à terme », ajoute-t-il.
Certaines critiques s'élèvent toutefois sur le coût du procédé. Il y a quelques mois, l'entreprise avait communiqué sur un coût de 6 euros le watt-crète installé pour ses premiers panneaux. « Pour l'instant c'est surtout un coup de com'de la part de Colas. Surtout quand Ségolène Royal annonce qu'elle espère voir installer 1.000 km de route solaire (NDLR : sur cinq ans)... Mais quand on parle de pré-industrialisation, on en reste encore loin, réagit Olivier Appert, président du Conseil français de l'énergie (association où figurent des membres de l'Ademe, Areva ou encore EDF). D'après mes calculs que Colas n'a pas contestés, leur système arrive à un coût de 300 ? le MWh... Dix fois le coût de l'électricité sur le marché actuel. »
Même s'il déclare qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, les objectifs de Colas lui paraissent pour le moins « ambitieux ». Du côté de chez Wattway by Colas, on persiste et signe. « C'est plus qu'un coup de communication, d'ici la fin de l'année, une trentaine de personnes, des études aux fonctions commerciales travailleront chez Wattway, sans compter la fabrication qui sera sous-traitée. Nicolas Griglio, ingénieur développement chez Wattway. En termes de coût, on veut tendre à l'avenir vers les deux euros par watt-crètes installés. »
Malgré cette grande interrogation, l'entreprise a reçu des demandes émanant « d'une dizaine de départements » pour assurer la fabrication à grande échelle du produit, qui n'interviendrait pas avant trois à cinq ans, dans le meilleur scénario.