Opérant dans le design d’intérieur et de construction, Unilin (8 300 collaborateurs ; CA : 2,8 Md€ ; 105 sites) possède un site dédié à la production de panneaux MDF (à densité moyenne) et HDF (à haute densité) à Bazeilles, dans les Ardennes. L’usine composée de 223 salariés et de deux lignes de production affiche une capacité annuelle de 720 000 m3 de panneaux.
Vingt millions d’euros seront prochainement injectés sur le site ardennais, afin de déployer à échelle industrielle la technologie de recyclage des panneaux de MDF et HDF et des revêtements de sols stratifiés développée par Unilin. La nouvelle installation sera opérationnelle à partir de septembre 2025. "Avec cette nouvelle ligne de recyclage industriel, Bazeilles deviendra un acteur de premier plan en matière de production durable de MDF et HDF", explique dans un communiqué Julien Boucher, le directeur de l’usine Unilin de Bazeilles. L’investissement est soutenu par l’Ademe à hauteur de 20 %, ainsi que par des aides régionales dont le montant n’est pas précisé.
Un démonstrateur en 2021
"Jusqu’ici, il était impossible de recycler de la MDF : c’est une combinaison de fibres de bois et de colle, très difficile à recycler qualitativement", lance Véronique Hoflack, présidente de la filière panneaux d’Unilin. À l’époque responsable de l’unité MDF d’Unilin, Véronique Hoflack démarre les tests de recyclage dans sa cuisine, avec une cocotte-minute. Après des tests concluants grâce à la vapeur, Unilin mène des expérimentations avec des déchets de bois, dans les usines d’autres industriels. "Nous sommes allés chez des industriels des légumes et des fruits surgelés : ils utilisent aussi la vapeur pour enlever les pelures", poursuit Véronique Hoflack.
L’entreprise s’engage ensuite dans la construction d’un démonstrateur sur son site de Bazeilles, l’un des plus grands sites de l’entreprise avec ses 45 hectares d’usine. Un investissement de "plusieurs millions d’euros", chiffre la présidente de la filière panneaux. "Après deux ans de test sur notre ligne pilote industrielle, nous avons pu constater l’efficacité et la qualité de la nouvelle technologie. Cet investissement prouve que le MDF et le HDF sont entièrement recyclables. C’est une étape importante pour notre secteur !", se réjouit Véronique Hoflack.
Une capacité annuelle de 70 000 tonnes de fibres de bois
Développée à échelle industrielle, la nouvelle ligne aura une capacité annuelle de 70 000 tonnes de fibres de bois. Installée sur l’une des deux lignes du site de Bazeilles, la technologie doit ainsi fournir près de 30 % de fibres recyclées. En comparaison, la ligne n’absorbe actuellement que 5 % de fibres recyclées.
Unilin a nommé sa technologie "Osiris", en référence au dieu égyptien de la mort et de la résurrection : "nous avons choisi ce nom car c’est le dieu de la nouvelle vie", justifie Véronique Hoflack. À l’entrée dans le processus Osiris, le bois est broyé. Il passe ensuite par l’étape vapeur. Puis le résultat est traité, pour éliminer les contaminants. De la colle est ensuite ajoutée, avant le séchage du bois.
Diffuser la technologie par des licences
Unilin a décidé de mettre sa technologie brevetée à disposition des autres entreprises du secteur, par le biais de licences. "Nous savons que nos concurrents travaillent aussi sur le sujet : aujourd’hui, certains clients ne veulent plus que des produits recyclables", assume Véronique Hoflack.
"Unilin accorde une grande importance à l’innovation. Et nous ne souhaitons pas la garder pour nous. Comme pour l’invention du système d’encliquetage dans les années 1990, nous pensons que cette technologie de recyclage fera progresser notre industrie et que nous en sortirons plus forts", ajoute Wim Messiaen, le PDG d’Unilin.
Décarboner la production de panneaux
L’innovation entre ainsi dans la feuille de route de décarbonation du groupe. "D’une part, parce que nous retenons le CO2 dans le bois plus longtemps, mais aussi parce que la technologie réduit la consommation d’énergie pour la production de panneaux MDF et HDF", précise Wim Messiaen.
Collecter suffisamment de déchets de MDF
"Le plus grand défi, maintenant, c’est la matière première", annonce Véronique Hoflack. Pour collecter les déchets de MDF, Unilin a lancé plusieurs programmes de reprise, pour ses clients et ses partenaires. "Mais nous espérons aussi que les pouvoirs publics nous aideront en reconnaissant la recyclabilité du MDF, du HDF, et des sols stratifiés, et en encourageant les citoyens à trier. Nous voulons ainsi éviter que des flux de déchets précieux soient incinérés inutilement", appuie la présidente de la filière panneaux d’Unilin.
Pour alimenter sa première ligne de recyclage, l’entreprise pourra s’appuyer sur trois sources d’approvisionnement : les déchets internes de l’entreprise, les déchets récupérés directement chez ses clients, comme le créateur de sol Quick-Step, et les déchets "post-consommateurs", récupérés après utilisation.
Vers l’installation d’autres lignes
Par la suite, Unilin espère équiper ses quatre lignes de production de sa technologie Osiris. À ce stade, la date d’installation de ces dernières n’est pas connue. "La priorité est actuellement de développer la collecte et de mettre en marche cette première ligne", cible Véronique Hoflack. En parallèle, l’entreprise poursuit la R & D sur le sujet, notamment pour séparer le MDF du bois recyclé de manière automatique.