En février 2023, un incendie se déclenche chez Polymoulages, à Bazeilles, dans les Ardennes. La PME de 20 salariés réalise alors un chiffre d’affaires d’1,6 million d’euros dans son bâtiment de 1 680 m² et commercialise des pièces en polyester, comme des paniers de nacelles, des moules pour le BTP ou encore des jardinières. "En moins de trois heures nous avons tout perdu, il ne restait pas une vis, pas un stylo", se souvient Bruno Giannini, le gérant. L’origine du sinistre n’est pas connue. "Après avoir tout perdu dans l’incendie, nous avons décidé de reprendre l’activité. Nous avons réuni les salariés sur le parking, quatre jours après. L’objectif était de tout reconstruire", poursuit-il.
Plus de deux ans plus tard, en avril 2025, l’entreprise a réuni ses salariés et partenaires dans ses locaux reconstruits, pour une inauguration officielle du nouveau site. "Ce bâtiment représente bien plus qu’une reconstruction : c’est un symbole puissant de résilience, de solidarité et de détermination collective", explique l’entreprise sur ses réseaux sociaux.
Ne pas perdre les clients
"La priorité, c’était de conserver nos clients et de reprendre une activité au plus vite", cible Bruno Giannini. Grâce à l’aide d’Ardennes Développement et aux différents réseaux d’accompagnement du secteur, Polymoulages se réinstalle rapidement dans deux cellules de 680 m² au total, à Sedan. Autour, plusieurs entreprises du secteur viennent en aide à l’entreprise, pour des opérations de soudure, ou encore de transport. De son côté, le spécialiste du design d’intérieur et de la construction Unilin donne à Polymoulages des panneaux de bois pour reconstruire des postes de travail. L’ensemble des salariés de l’entreprise travaillent alors à la reconstruction d’un atelier.
Dans le même temps, pour honorer une commande avec pénalités et ne pas perdre un client, le dirigeant travaille depuis son garage. "Au bout de quatre semaines, nous avons pu reprendre la production à deux. Puis, au bout de huit semaines on demandait à nos clients de valider la première pièce type. Ensuite, nous avons réintégré peu à peu les salariés jusqu’en décembre 2023", continue Bruno Giannini.
Reconstituer l’outil
Pour reprendre la production, l’entreprise doit récupérer de nouvelles matrices, qui lui servent à réaliser de nouveaux moules pour ses pièces. "Avant, nous en commandions un de temps à autre à un modeleur. Là, il y avait entre 200 et 300 modèles à sortir", chiffre Bruno Giannini. Pour reconstituer son outil, l’entreprise a investi 50 000 € en juin 2023 dans une machine d’impression 3D.
Cette dernière produit toujours aujourd’hui des matrices pour Polymoulages, mais également pour d’autres clients. L’entreprise a créé à cet effet une filiale, nommée SBS Create 3D (CA 2024 : 100 000 €), qui vend des matrices mais aussi des enseignes lumineuses. Puis a créé en octobre 2024 une autre filiale pour la commercialisation de ses différents produits, nommée Polycomm.
Reconstruire le bâtiment
"Le sinistre était chiffré à 2,5 millions d’euros. La somme a été prise en charge à 100 % par l’assurance mais il a fallu avancer l’argent. Par chance, nous avions une belle trésorerie avant l’incendie. Sans ça, nous n’aurions pas pu continuer", précise le dirigeant. En parallèle, Bruno Giannini pilote la reconstruction de son bâtiment de Bazeilles. L’entreprise obtient l’autorisation de détruire le bâtiment en juillet 2023. "L’objectif de l’ensemble des entreprises du chantier était de terminer la construction pour le 15 décembre 2023, près de 11 mois après l’incendie. Ils ont réussi", commente Bruno Giannini. En janvier 2024, Polymoulages a repris son activité dans son nouveau bâtiment, construit au même endroit et avec les mêmes dimensions que le précédent.
Retrouver un niveau d’activité stable
Pour Polymoulages, l’enjeu porte désormais sur la reconquête des parts de marché perdues. Dans son nouveau bâtiment, l’entreprise a optimisé sa production en réorganisant son atelier et ses flux de production, et en améliorant les conditions de travail de ses salariés. En 2023, l’entreprise a atteint les 800 000 € de chiffre d’affaires, et a ensuite réalisé 1,1 million d’euros de chiffre d’affaires en 2024, pour 14 salariés, une partie des CDD n’ayant pas été reconduits. "C’était un vrai combat. Sans courage et sans économies, ça n’aurait pas été possible", résume Bruno Giannini.