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Pour diminuer son empreinte carbone, l’alsacien Fehr investit dans le stockage de CO2
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Pour diminuer son empreinte carbone, l’alsacien Fehr investit dans le stockage de CO2

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Dans son usine de Bischwiller (Bas-Rhin), le producteur de béton Fehr s’est associé avec la start-up suisse Neustark pour installer son premier site de stockage de CO2. Avec cette technologie, l’entreprise alsacienne stockera 1 200 tonnes de ce gaz à effet de serre chaque année en le réinjectant sous forme liquéfiée dans ses déchets.

Laurent Fehr et Elmar Vatter sur le site de recyclage de Fehr à Bischwiller, dans le Bas-Rhin — Photo : Neustark

Fehr se lance dans la géo-ingénierie. Le groupe industriel s’est associé avec la start-up suisse Neustark pour installer, sur son site de Bischwiller au sud de Haguenau, dans le Bas-Rhin, son premier site de stockage permanent de CO2. L’entreprise familiale, qui vise la réduction de moitié de son empreinte carbone pour 2030, emploie 650 salariés et a réalisé 130 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Pour Laurent Fehr, directeur développement du groupe, l’objectif est clair : "Faire de l’usine de Bischwiller un exemple en devenant le site de production de béton le plus décarboné d’Europe".

Le choix d’une technologie stable

Le stockage de CO2 est une technologie encore naissante. Pour Elmar Vatter, responsable de projet marketing chez Neustark, le stockage de CO2 dans les déchets issus du béton de démolition est "aujourd’hui la technologie la plus stable pour stocker du dioxyde de carbone". L’entreprise créée en 2019 emploie aujourd’hui 90 personnes et réalise un chiffre d’affaires aux alentours de 10 millions de dollars.

Le CO2 liquéfié est transporté sur le site de recyclage de Fehr afin d’être réinjecté dans des déchets du béton de démolition — Photo : Neustark

Un investissement de 800 000 euros pour Fehr

"La technologie développée par Neustark permet de faire du béton un produit viable pour la transition écologique", s’enthousiasme le directeur développement de Fehr. Au total, le groupe alsacien a investi 800 000 euros pour la réalisation de ce projet sur le centre de recyclage de son usine de Bischwiller. Le projet doit voir le jour en juin et atteindre sa pleine production dès la fin d’année 2025.

C’est Neustark qui a démarché le groupe Fehr pour "révolutionner l’industrie du béton", indique les équipes de la start-up suisse en présentant le projet. La technologie déployée consiste en premier lieu à capter du CO2 dans une usine de fabrication de biométhane, et à le transformer en liquide. Le CO2 liquéfié est ensuite transporté sur le site de recyclage de Fehr afin d’être réinjecté dans des déchets du béton de démolition. Au contact des résidus de ciment, le gaz liquéfié se minéralise. "C’est ce qu’on appelle le phénomène carbonatation", explique Laurent Fehr. Le béton recyclé est ensuite réutilisé pour la réalisation d’autres ouvrages en béton par l’entreprise alsacienne.

10 kg de CO2 stocké par tonne de béton démoli

"Pour nous, ce projet représente un premier pas pour la compréhension de cette technologie. On espère pouvoir développer cela à plus grande échelle par la suite", affirme l’industriel. Le stockage de CO2 s’inscrit dans "le triptyque stratégique" de Fehr pour atteindre la neutralité carbone en 2050 : "Utiliser moins de matière, un ciment bas-carbone, et stocker le CO2 dans les déchets".

De son côté, Neustark estime que le "béton de démolition génère plus d’un milliard de tonnes de déchets dans le monde, dont 50 millions en France". La technologie développée par la start-up doit permettre de "stocker 10 kg de CO2" pour chaque tonne de béton démoli.

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