Ses responsabilités à l'UMIH ont fait de Jean-François Sérazin un nomade. Quand il ne fait pas l'aller-retour entre sa demeure de Baden et son hôtel-restaurant La Sirène à Houat, le voici à Marseille. Le lendemain, il s'envole pour Bercy, afin d'arracher quelques avancées au bénéfice des restaurateurs dans le fameux dossier de la TVA à 5,5%, qui sera finalement appliquée au 1erjuillet. La TVA, c'est l'un des combats de sa vie. Lorsqu'on s'étonne qu'il parvienne à mener de front ses multiples casquettes, à l'UMIHet son hôtel-restaurant, il répond de but en blanc: «On croirait entendre ma femme! Mais maintenant qu'on a eu la baisse, je suis sûr que j'arrêterais les responsabilités nationales. Cela a été un combat difficile, fatiguant. Surtout lorsque vous avez des politiques qui oublient tout dès que vous avez le dos tourné, comme par exemple le ministre délégué au tourisme, Léon Bertrand.»
Homérique épicurien
Homme de coulisses, d'arrière-cuisine, Jean-François Sérazin aurait aussi pu être acteur. «Quand je pense aux restaurants routiers qui ne font déjà pas beaucoup de marge mais qui vont quand même faire un effort sur leurs prix suite à la baisse de la TVA, j'ai les poils des bras qui se hérissent», remarque ce personnage homérique, épicurien. Jean-François Sérazin n'hésite pas à utiliser l'arme du chantage affectif et à se mettre en grève de la faim pour que les bars morbihannais ne ferment pas à minuit. L'homme a le goût de l'échange, du débat. Il dit merci à Nicolas Sarkozy: «Au congrès de l'UMIH à Marseille, il nous avait dit à propos de la baisse à 5,5: ?Ce n'est pas moi qui vous l'ai promise mais c'est moi qui vous l'obtiendrai?. Il a tenu parole.» Cette reconnaissance du ventre à l'appareil du gouvernement UMP n'empêche pas ce bon vivant de se frotter à d'autres militants. «Il y a deux ans, je suis allé à la fête de l'Humanité, confie Jean-François Sérazin. J'étais invité à participer à un débat. Assez rapidement, j'ai été pris à partie en tant que représentant des ?patrons?. Je leur ai répondu que si c'était ma tête sur le billot qu'ils voulaient, je serais parti en dix minutes. Depuis, je suis régulièrement réinvité!»
L'ennemi intérieur
Il faudra pourtant bien qu'un jour Jean-François Sérazin se pose. Et se repose. Ces dernières années, les alertes se sont multipliées côté santé. Il y a trois ans, une opération du coeur l'a cloué sur la table d'opération pendant huit heures. «On m'a changé les piles de la pompe», commente-t-il sobrement. Plus récemment, c'est contre une tumeur cancéreuse qu'il a dû batailler. «Là, c'est plus difficile, c'est comme la bête qui est en vous qui est atteinte par une autre», remarque-t-il, l'oeil sombre. Mais Jean-François Sérazin peut compter sur les siens pour l'épauler. «Je n'ai eu qu'une seule épouse, on a eu deux beaux enfants que l'on a convaincus de faire notre métier», s'attendrit-il. Sébastien s'occupe du bar, de la brasserie et de la comptabilité, Alexandre de la cuisine du restaurant.
Passion et raison
Or la Sirène souffre. Son chiffre d'affaires avait baissé de 22% entre2006 et2007, il a encore rétréci de 7,3% entre2007 et2008. «Le résultat n'est pas bon depuis deux ans», avoue Jean-François Sérazin. L'insularité est périlleuse lorsque la météo capricieuse se conjugue à une baisse de la consommation. «Une partie de notre récent agrandissement n'est pas encore amortie», constate l'entrepreneur, qui a investi en tout près de 450.000 € dans La Sirène, avec des subventions de la Région et du conseil général. «Quand vous êtes président d'un syndicat, il faut soit de gros moyens, soit une ?grande gueule?, remarque-t-il. Ma mère est une femme généreuse, elle m'a légué ça. Mais la passion ne doit pas dépasser la raison.»
Jean-François Sérazin est le truculent chef de file des restaurateurs du Morbihan. C'est aussi quelqu'un qui compte à l'UMIH au niveau national. Pour obtenir la TVA à 5,5%, il a appris à déployer des trésors de patience. Sa récente grève de la faim l'a également aidé à obtenir que les bars restent ouverts jusqu'à 1h du matin.
Nicolas Mollé