L’opérateur gazier palois Teréga (647 collaborateurs, 480 M€ de CA en 2025) va bientôt accueillir un nouvel actionnaire à son capital. Fin avril, l’espagnol Enagás a conclu un accord pour acquérir 31,5 % du capital du groupe palois pour un montant total de 573 millions d’euros, récupérant ainsi les parts du fonds souverain singapourien GIC Private Limited.
Un actionnariat 100 % européen
Pour Teréga, qui gère environ 5 100 kilomètres de gazoducs et du stockage souterrain (16 % du réseau et 27 % de la capacité de stockage de la France), l’arrivée d’Enagás est une bonne nouvelle actant l’européanisation totale de l’actionnariat.
"Nous sommes alignés stratégiquement autour du développement du biométhane, de l’hydrogène et du CO2. C’est un partenaire de long terme", confirme Carolle Foissaud, PDG de Teréga. La Snam (Società nazionale Metanodotti), principal transporteur de gaz naturel d’Italie, reste le principal actionnaire de Teréga à hauteur de 40,5 %, cet accord faisant d’Enagás le second.
"Pour l’heure, 66 entreprises ont exprimé un intérêt pour environ 3 millions de tonnes d’hydrogène en 2035. Il nous reste à transformer leurs lettres d’intention en engagement."
Le groupe palois collabore déjà avec l’espagnol dans le projet H2Med (Enagás étant actionnaire à 50 % de la société qui porte le projet), corridor européen d’hydrogène prévu pour 2032 comprenant une canalisation sous-marine (BarMar) reliant Barcelone (Espagne) à Marseille (Bouches-du-Rhône). "Pour l’heure, 66 entreprises ont exprimé un intérêt pour environ 3 millions de tonnes d’hydrogène en 2035. Il nous reste à transformer leurs lettres d’intention en engagement", poursuit la dirigeante.
Objectif : diversifier
Ce changement d’actionnariat arrive dans un contexte de profonde mutation pour Teréga, en première ligne face à la baisse structurelle et croissante de la consommation de gaz — de 341 TWh en 2023 à 203 TWh en 2035 — confirmée par la dernière Programmation pluriannuelle de l’énergie. Si la PPE 3 a déçu les acteurs du solaire du fait d’ambitions réduites, pour l’opérateur gazier, elle "confirme la pertinence de notre plan stratégique" visant à transporter "100 % de biogaz en 2050". L’opérateur a ainsi investi 166 millions d’euros en 2025 contre 156 en 2024 et prévoit toujours d’injecter 1,5 milliard d’euros dans son réseau d’ici à 2035.
Pour faire face à baisse de la consommation conjuguée à une hausse des prix, l’opérateur palois accélère logiquement sa diversification. Il dispose désormais de 13 sites de biométhane raccordés à son réseau, pour une capacité de 690 GWh par an, et atteint 5,2 % de gaz renouvelable en moyenne en 2025, "au-dessus des moyennes nationales et en progression constante". L’entreprise poursuit donc son plan stratégique "Gaïa 2035", dont les premiers déploiements opérationnels ont eu lieu l’an dernier, comme il l’a précisé ce 2 juin lors de son bilan annuel.
Gaz vert, hydrogène et CO2
Il met aussi en place des rebours, pour récupérer le gaz vert produit localement et non consommé, et le réinjecter dans le réseau : trois sont déjà opérationnels et une quinzaine prévue en 2035. Concernant HySoW, la dorsale hydrogène de 650 kilomètres censés relier "les pôles industriels régionaux au corridor H2med", il est désormais labellisé projet d’intérêt commun et donc éligible à un soutien financier européen, que Teréga espère voir arriver à partir du troisième trimestre 2026.
Moins mature, la filière CO2 avance malgré l’abandon de plusieurs projets dont celui d’un site de stockage de plusieurs millions de tonnes de CO2 par an à Lacq. En Occitanie, un projet est ainsi à l’étude avec la cimenterie Lafarge de Martres-Tolosane.
Enfin, l’ETI dévoile qu’en Nouvelle-Aquitaine un accord a été signé avec le Grand Port Maritime de Bordeaux pour développer un terminal portuaire d’import-export de 2,5 millions de tonnes de CO2 par an ; la société révélant avoir signé des accords d’exclusivité avec six sites industriels locaux pour atteindre ce volume. Elle devrait en détailler les contours avant la fin de l’année.