Depuis son siège de Vagney, dans les Vosges, Tricotage des Vosges (CA : 22,5 M€ ; 155 collaborateurs) annonce l’ouverture de trois nouvelles boutiques pour sa marque de chaussettes, de collants et de bas haut de gamme, Bleuforêt. À l’automne 2024, l’entreprise a en effet posé ses valises à Toulouse, à Boulogne-Billancourt et à Vincennes, ce qui porte à 20 le nombre de boutiques Bleuforêt.
Un moyen pour l’entreprise de poursuivre "une croissance solide et prudente", d’après les termes de Vincent Marie, le dirigeant. Cette stratégie a été impulsée par son propre père, Jacques Marie, lors de la reprise de l’usine de Vagney et la création de Tricotage des Vosges et de la marque Bleuforêt, en 1994. "Depuis, nous essayons de rester indépendants, tant que c’est possible", mise Vincent Marie. Tricotage des Vosges, qui possède les marques Olympia et Bleuforêt fabrique actuellement près de 5 millions de paires de chaussettes par an et compte environ 30 000 clients réguliers.
Avant Bleuforêt, des changements de main
Créée en 1830 à Vagney, l’entreprise est à l’origine un atelier de tissage. En 1960, pour faire face à la crise de l’industrie cotonnière en France, la société s’unit à trois autres firmes lorraines au sein de l’association Unilor. L’organisation tient deux ans, avant le rachat de l’usine par Colroy SA, en 1968 et le passage du tissage au tricotage et du coton au nylon, pour la production de bas et de collants. Le sauveteur est alors absorbé par le groupe Bic, qui détient le label de bas et de collants Dim.
"Au début des années 90, l’immense majorité des grandes entreprises commencent à délocaliser et Dim n’y fait pas exception. Le site de Vagney était voué à la fermeture", raconte Vincent Marie. Jacques Marie, ancien président de Dim, décide alors de reprendre le site et ses 200 collaborateurs, avec ses fonds propres. En septembre 1994, il fonde Tricotage des Vosges et la marque Bleuforêt, qui évoque directement la célèbre ligne bleue des Vosges. "Je sortais d’une entreprise avec une grande saga publicitaire", justifie-t-il dans le livre La ligne claire de Bleuforêt, édité pour les trente ans de l’entreprise.
Un pari sur le made in France
"Nous étions en pleine construction de l’Union européenne. Le marché commun entre les Douze était entré en vigueur le 1er janvier de l’année précédente. Mettre en avant la fabrication locale de ses produits n’était pas bien vu", se souvient la communicante Annie Schneider, proche des dirigeants de Bleuforêt depuis sa création. Pour autant, Jacques Marie fait le pari de lancer une marque haut de gamme, mettant l’accent sur le fabriqué en France et sur l’utilisation de fibres naturelles.
En 2007, le dirigeant franchit un nouveau pas vers son objectif d’indépendance : l’entreprise produit alors à 70 % pour Dim et à 30 % pour sa marque Bleuforêt. "Six mois après mon arrivée, en 2008, nous nous séparions de Dim : il allait falloir voler de nos propres ailes", se souvient Vincent Marie. L’entreprise cherche alors de nouveaux débouchés, et acquiert la marque Olympia en 2010, pour qui l’entreprise fabrique actuellement près de 700 000 paires de chaussettes chaque année. La marque complète aujourd’hui la production de Bleuforêt, située sur un marché plus haut de gamme.
Une marche vers l’indépendance
Pour poursuivre sur un rythme stable après l’intégration d’Olympia, l’entreprise lance en 2017 deux pistes de diversification : d’un côté, le déploiement d’une ligne de production de collants polyamides. "L’objectif est d’être un acteur complet du chaussant, et de créer du volume de production à Vagney", souffle le dirigeant actuel. Sur un autre plan, l’entreprise mise sur ses canaux de distribution. "Les grandes surfaces s’intéressent de moins en moins au chaussant : il fallait reconstituer des stands de grands magasins, dans la rue. Nous avons décidé d’ouvrir nos premières boutiques", justifie Vincent Marie.
En parallèle, Tricotage des Vosges développe l’ensemble de ses canaux de distribution, afin de "répartir ses risques", d’après le dirigeant. Cela comprend le site internet de l’entreprise, mais aussi sa distribution à l’étranger, en particulier en Suisse, au Canada et au Japon. Dans ce dernier pays, l’entreprise a signé un partenariat avec un distributeur en 2023. Près de 60 000 paires de chaussettes, bas et collants y sont vendus chaque année. "L’objectif est de tendre vers les 100 000 paires" chiffre Vincent Marie.
Trois pistes de croissance
"L’entreprise détenue en fonds propres par la famille Marie, sans endettement, présente avec fierté chaque année depuis 30 ans, des résultats à l’équilibre", annonce Tricotage des Vosges dans un communiqué. Pour poursuivre sur cette dynamique, l’entreprise table sur trois domaines d’investissements clés. D’abord, la partie industrielle : "il nous faut un outil de production moderne et nous devons essayer d’être toujours plus automatisés", mise Vincent Marie.
Ensuite, Tricotage des Vosges mise sur sa marque. "Nous devons la cultiver, continuer de renouveler nos collections et de communiquer", anticipe le dirigeant. Enfin, l’entreprise poursuivra le développement de ses canaux de distribution. "Rien qu’au niveau de l’investissement productif, cela représente autour de 700 000 € par an", annonce Vincent Marie.