Dans le Nord, la Fédération Nationale des Transports Routiers (FNTR) s’oppose à tout nouvel impôt dans le contexte économique actuel. "À l’heure où les défaillances des entreprises de transport routier ont bondi de plus de 40 % (entre 2023 et 2024, au niveau national comme régional, NDLR), il est urgent de ne pas alourdir la charge fiscale", martèle Olivier Arrigault, secrétaire général de la FNTR Nord. Dans le viseur ? Une relance de l’écotaxe poids lourds, que le nouveau ministre délégué aux Transports, François Durovray, n’a pas exclue. Mais aussi le projet de taxation de la circulation poids lourds en Alsace, baptisé R-Pass, face à la crainte qu’il soit dupliqué dans d’autres régions.
Un mauvais timing
La FNTR Nord, qui fédère 250 entreprises de transport, demande une pause fiscale. "Il ne s’agit pas d’un refus catégorique de l’écotaxe, tempère Olivier Arrigault. Ce type de fiscalité existe en Allemagne et en Belgique, mais ce n’est pas le bon timing pour la mettre en place en France". Après une année 2023 difficile, le secteur n’a pas constaté de reprise de l’activité en 2024. "Nous avons enregistré une baisse de l’activité de 35 % entre 2023 et 2024", témoigne Allaya El Hani, dirigeant de Network Express (30 collaborateurs), à Tourcoing (Nord), une PME qui a dû se résoudre à réduire ses effectifs.
"En 2023, les transporteurs parvenaient à répercuter les tensions inflationnistes dans les prix pratiqués aux clients, mais cette année, ce n'est plus possible."
Dans la durée, la demande atone met les entreprises du secteur en danger. "En 2023, les transporteurs parvenaient à répercuter les tensions inflationnistes dans les prix pratiqués aux clients, mais cette année, ce n’est plus possible. Les clients souffrent eux aussi et font jouer la concurrence", constate Alexandre Heine, président des Transports Heine (72 collaborateurs), à Cuincy (Nord). En plus de la baisse d’activité globale, les transporteurs doivent supporter les revalorisations salariales, mais aussi des hausses de prix sur des postes tels que le carburant, les huiles, la pneumatique… "Nous avons tous perdu 4 points de marge", souligne Alexandre Heine.
Solidaire de la FNTR Alsace
"Toute nouvelle contrainte viendra accélérer la vague des défaillances", prévient Olivier Arrigault, qui déplore un manque de visibilité quant à la reprise de l’activité. Dans un tel contexte, la FNTR Nord reste également très attentive au projet R-Pass, censée désengorger le trafic de camions étrangers en transit sur les principaux axes alsaciens, à compter de 2027. Comme son homologue alsacien, la FNTR Nord dénonce une taxe qui aurait surtout un impact négatif sur l’économie locale.
"Toute nouvelle contrainte viendra accélérer la vague des défaillances."
Elle redoute par ailleurs que l’Alsace ne soit "une zone de test", avant duplication. "Nous sommes également une région frontalière avec des autoroutes non concédées et gratuites", souligne la FNTR Nord. Elle se déclare donc "solidaire de la FNTR Alsace", avec une revendication : "l’abandon total et immédiat de cette taxe". Sans oublier que ces différentes taxes, à visée écologique, viennent grever les investissements du secteur, en particulier en matière de transition. "Ces enjeux sont remis à plus tard", d’autant que "les alternatives existantes ne sont jamais aussi efficaces que le gasoil", rappelle Olivier Arrigault.