Franck Cannata parle d’une "ligne rouge". Pour le président de l’UPTCA-FNTR, l’Union patronale des transporteurs de la Côte d’Azur, la position est aussi simple que ferme : "Toute fiscalité complémentaire, c’est non." Deux taxes sont dans le viseur de la profession : le R-Pass et le versement mobilité régional.
Quid en région Sud ?
Ce dernier concerne toutes les entreprises, au-delà du seul secteur du transport. La loi de finances pour 2025 accorde en effet désormais aux Régions la possibilité de créer un versement mobilité régional qui viendrait s’ajouter au versement mobilité déjà dû par les entreprises d’au moins 11 salariés pour financer les transports en commun. Les Régions Normandie, Hauts-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes se sont déjà engagées à y renoncer. Quid de la Région Sud ?
Un rendez-vous est fixé le 19 mars prochain à Marseille entre les représentants du Medef Sud notamment (qui avait lancé une pétition contre ce prélèvement) et le cabinet de Renaud Muselier, président de la Région Sud pour en discuter.
+30 % de défaillances d’entreprises
"De toutes les façons, aujourd’hui, le transporteur n’est plus en mesure de prendre en charge des taxes complémentaires", reprend Franck Cannata, par ailleurs à la tête du groupe Transcan à Carros. Car le secteur traverse une période délicate, et même "jamais vue", selon le président de l’union patronale. "Selon le baromètre de la FNTR fin 2024, 63 % de nos adhérents sont insatisfaits de la situation de leur entreprise. C’est un pourcentage jamais atteint dans notre secteur. Les défaillances d’entreprises ont augmenté de 30 % en 2024, ce qui représente 1939 transporteurs, et 70 % des procédures collectives se terminent par une liquidation judiciaire." En cause, un recul de 15 % du volume de marchandises sur l’année comparé à 2023. "Dans les Alpes-Maritimes, c’est peut-être un peu moins mais la baisse est là. La consommation a chuté."
L’écotaxe venue d’Alsace
Dans ce contexte tendu, l’autre peur des transporteurs routiers répond au nom de R-Pass. Malgré la mobilisation des acteurs économiques locaux, cette taxe poids lourds a été adoptée à l’unanimité en octobre 2024 par les élus de la Collectivité européenne d’Alsace. À l’instar de l’écotaxe qui avait dû être abandonnée par le gouvernement Hollande sous l’action des Bonnets rouges en 2013, elle doit s’appliquer à partir de 2027 sur les principaux axes routiers du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Les camions de plus de 3,5 tonnes devront s’acquitter de 15 centimes par kilomètre parcouru. Le but affiché par la collectivité est de "réduire le trafic de transit", "gagner en sécurité et en fluidité", "réduire la pollution atmosphérique et sonore".
"Un secteur exemplaire"
Colmar a beau être à plus de 700 kilomètres de Nice, les transporteurs azuréens craignent la contagion fiscale. "Naturellement, c’est toute la zone frontalière qui va être concernée, assure Franck Cannata. Mais nous payons déjà l’autoroute, nous n’allons pas payer l’autoroute et encore autre chose."
Quant à l’argument du transporteur à qui devrait être appliqué le principe de "pollueur-payeur", il est irrecevable pour l’UPTCA-FNTR qui l’a rappelé auprès de ses adhérents en assemblée générale : "N’en déplaise à certains, le secteur est exemplaire, il ne représente que 7,5 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, souligne son président. On doit faire mieux mais nous n’avons pas attendu les dernières réglementations pour entamer cette transition."