Les armateurs font face à un surcoût en installant un système de propulsion à voile, surtout face au prix des énergies fossiles qui reste faible. Et la rentabilité n’est pas forcément évidente sur le moyen terme. Alors pour convaincre les investisseurs de la solidité de leur modèle économique, les pionniers de la voile sont obligés de trouver des parades.
Beaucoup misent sur des routes maritimes différentes. Par exemple, le trimaran cargo de Vela devrait faire sa première traversée au second semestre 2026, et viser les ports secondaires comme Bayonne ou Bordeaux, loin des gros hubs européens comme les ports d’Anvers ou Rotterdam. De son côté, Windcoop a pour objectif d’ouvrir une première ligne de Marseille à Madagascar. Et Neoline a opté pour une liaison de Saint-Nazaire jusqu’à Baltimore et St-Pierre-et-Miquelon.
"Pour les chargeurs, il est important d’avoir un trajet le plus porte-à-porte possible, pour limiter ensuite les trajets sur les continents. Pour décharger près de Saint-Pierre-et-Miquelon, notre navire est le plus rapide, tout simplement car la ligne maritime n’existait pas auparavant. Cela permet d’être compétitif, même si nos bateaux à voile sont plus lents", détaille Jean Zanuttini, fondateur de Neoline.
Croisières transatlantiques
Et si atteindre la rentabilité tient parfois du jeu d’équilibriste, cela n’empêche pas pour autant les armateurs d’innover. À ce jeu, Neoline a signé un partenariat avec le vannetais Sailcoop pour commercialiser de premières croisières transatlantiques pour passagers à bord de son cargo. D’autres innovent, plus par conviction que pour renforcer le modèle économique, comme le lorientais Windcoop, qui s’appuie sur un modèle coopératif. "Je pense que la coopérative rend plus précaire, mais c’est un choix osé et engagé", détaille Nils Joyeux, directeur de Windcoop. De son côté, le roulier Canopée a misé sur des contrats de 15 ans, au lieu de quelques mois pour des contrats classiques, afin d’amortir ces surcoûts. "Les investissements sont élevés et le retour sur investissement, compliqué, estime Jean-Michel Berud, président de l’armateur Jifmar, basé à Aix-en-Provence. Il faudra des clients de long terme pour réussir à décarboner l’activité".