Fermée, rouverte... en quelques semaines, la direction de la raffinerie Total a fait volte-face. Elle a d'abord annoncé l'arrêt partiel de sa production d'huile. Avant que celle-ci, il y a quelques jours, ne reprenne son fonctionnement normal. Retour sur un mois de mars mouvementé. Première semaine, une partie des chaînes de production de l'unité 3 sont mises en veille à Gonfreville-l'Orcher. «Un arrêt conjoncturel», précise alors le groupe pétrolier. Aucune date de reprise n'est pourtant avancée. «Le prix des matières premières est plus élevé que les prix de vente de l'huile de base», justifie-t-on du côté de Total. En clair, l'activité serait déficitaire. Même si on ne parle ni de licenciements ni de chômage technique, les syndicats montent au créneau.
Inquiétude des syndicalistes
Les inquiétudes sont grandes dans un contexte de fortes tensions dans le secteur du raffinage français. «La direction souhaite supprimer des postes, avance Philippe Saunier délégué CGT. Mais dans un contexte électoral, elle avance masquée», lance le syndicaliste. Les prochaines échéances politiques justifieraient, selon lui, la récente reprise de l'activité. Gérard Roussel, le directeur de la raffinerie de Normandie, balaie d'un revers de main ces supputations. «Nous sommes en train d'investir près d'un milliard d'euros pour la future Plateforme Normandie (800millions pour la seule raffinerie de Normandie), c'est bien que nous croyons en l'avenir de notre outil de production!» Le directeur a annoncé le 26mars dernier le retour à la normale de l'activité de fabrication des huiles de base. «On constate une tendance à l'amélioration sur les prix de vente», justifie-t-il. Mais l'environnement économique reste néanmoins déprimé: «nous ne couvrons toujours pas nos coûts de production».
Distorsion de concurrence
Dans ces conditions, difficile de se prononcer sur la pérennité d'une telle activité. Thierry Delpeches, responsable CFDT Total Petrochemicals, avoue ses craintes. Selon lui, c'est avant tout la distorsion de concurrence qui pose problème: «On importe des produits raffinés du Moyen-Orient, là où les contraintes de production environnementales et sociales sont bien moins importantes qu'en Europe».
Manuel Sanson
énergies. Le groupe pétrolier a officialisé le redémarrage de son unité de production d'huile quelques semaines après l'annonce d'une fermeture temporaire.