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Spécialiste des radars pédagogiques, le nantais Élan Cité se lance sur le marché du rail avec la SNCF
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Spécialiste des radars pédagogiques, le nantais Élan Cité se lance sur le marché du rail avec la SNCF

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Fondée en 2005, la PME Élan Cité vend des radars pédagogiques, qui indiquent leur vitesse aux automobilistes. Elle se diversifie aujourd’hui avec la création d’une nouvelle filiale, Élan Rail, qui développe un dispositif pour éviter les collisions entre la faune sauvage et les trains. Après deux ans d’expérimentation, ce dispositif est en train d’être déployé dans plusieurs régions.

Michaël Rublon, responsable d’Elan Rail, et Emmanuelle Landru, directrice d’Elan Cité, commercialisent un nouveau dispositif pour éloigner les animaux des lignes de trains — Photo : Benjamin Robert

Tout le monde a déjà connu la galère des trains en retard. En Pays de la Loire, environ 10 % d’entre eux sont liés à des heurts avec des sangliers et des chevreuils, ce qui en fait le deuxième grand facteur de retard. Pour réduire au maximum ce chiffre, la SNCF travaille depuis début 2023 avec la PME nantaise Élan Cité (50 personnes, 19,6 M€ CA 2025). Fondée en 2005, cette dernière a grandi grâce à la démocratisation des radars pédagogiques qui ont fleuri sur le bord des routes. Ces dispositifs indiquent en temps réel la vitesse des automobilistes, les incitant à respecter la limite autorisée, notamment dans l’entrée des agglomérations. Avec la SNCF, Élan Cité a mis au point un dispositif qui, certes ne signale pas les sangliers en excès de vitesse, mais les faire fuir par des flashs lumineux et des bruits à l’approche d’un train.

Elan Cité a créé une nouvelle filiale, Elan Rail, pour s’occuper des activités ferroviaires — Photo : Laurent MAILLOT

Suite à cette fructueuse collaboration, l’entreprise vient de créer Élan Rail, une filiale dédiée aux activités ferroviaires. "C’est la première fois que nous allons sur une nouvelle verticale. Nous n’aurons pas la même approche commerciale", justifie Emmanuelle Landru directrice générale d’Élan Cité.

Déploiement commercial en cours

Baptisé Blue Sentinel, le dispositif constitué d’un ensemble de balises a été testé durant deux ans sur des tronçons de quelques kilomètres, notamment près de la Loire à Oudon, et près d’Angers. "Nous avons enregistré un seul heurt en deux ans, contre une dizaine par an auparavant. Nous avons également testé les balises, qui fonctionnent à l’énergie solaire, dans différents milieux et saisons, pour s’assurer qu’elles fonctionnent en pleine forêt ou qu’elles résistent à la neige par exemple", souligne Emmanuelle Landru.

Le dispositif Blue Sentinel émet des bruits et des flashs lumineux pour éloigner les animaux sauvages des voies ferrées — Photo : Laurent MAILLOT

Blue Sentinel entre maintenant dans une phase commerciale. "Il y a des zones déjà installées en Alsace et en Normandie. Nous sommes en discussion à chaque fois avec les directions régionales de la SNCF. Le dispositif est adaptable à chaque zone : le bruit peut par exemple être diminué s’il y a des habitations à proximité", souligne Michaël Rublon, responsable d’Élan Rail.

Viser les zones accidentogènes

Blue Sentinel coûte 300 000 euros pour être déployé sur cinq kilomètres. Un prix non négligeable ramené au réseau ferroviaire français de près de 28 000 kilomètres. "L’objectif est de se déployer sur les zones les plus accidentogènes. Sachant qu’une collision avec un sanglier coûte en moyenne 100 000 euros à la SNCF, le retour sur investissement reste très rapide", appuie Emmanuelle Landru.

"Il y a un total de 260 000 km de voies ferrées en Europe. Nous avons déjà des contacts au Luxembourg et en Allemagne"

Par rapport à d’autres solutions comme les clôtures, Blue Sentinel se veut moins invasif, en ne coupant pas les espaces naturels pour les animaux, et nécessite également moins de maintenance pour vérifier son état. Or, la SNCF vient d’annoncer clôturer avec du grillage l’ensemble de sa ligne Nantes-Angers-Le Mans pour éviter les collisions. "Ces projets d’ampleur ont beaucoup d’inertie, et notre produit reste nouveau. Nous avons convaincu les premières personnes, mais il mettra du temps à se démocratiser", appuie Emmanuelle Landru.

L’installation de Blue Sentinel sur environ cinq kilomètres revient à 300 000 euros — Photo : Laurent MAILLOT

Une filiale à dimension européenne

Cette nouvelle filiale se déploie aujourd’hui en France, et va pouvoir profiter d’un réseau ferré assez dense et homogène en Europe. "Il y a un total de 260 000 km de voies en Europe. Nous avons déjà des contacts au Luxembourg et en Allemagne. Et certains des distributeurs d’Élan Cité à l’étranger ont aussi des activités ferroviaires", pointe Emmanuelle Landru.

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Il faut dire que la PME a l’habitude de l’international avec les radars pédagogiques : elle exporte 60 % de son activité et a déjà vendu dans 70 pays, dont une quarantaine toujours actifs. "Nous avons une filiale aux États-Unis qui représente 15 % des activités et qui devrait prendre de l’ampleur. En France, nous représentons une grosse part du marché, alors que nous restons un petit poucet sur le sol américain. Les droits de douane réduisent nos marges, mais n’empêche pas de vendre outre-Atlantique. À court terme, nous ambitionnons d’assembler les produits aux États-Unis", poursuit Emmanuelle Landru. À l’heure actuelle, l’intégralité des radars reste fabriquée en France, avec un assemblage au sein du groupe Seico à Malville (44).

Les feux "récompenses" pour dynamiser le marché français

Au-delà du rail, Élan Cité se diversifie également sur son axe routier, avec la vente de feux "récompenses" depuis 2023. Ces feux tricolores détectent la vitesse d’un véhicule et ne passent au vert que si la limite de vitesse est bien respectée. L’objectif est de faire ralentir dans l’entrée des petites agglomérations. "C’est un relais de croissance en France qui représente presque 50 % de notre activité maintenant", lance la directrice. Pour autant, l’internationalisation de ces feux récompenses n’est, pour sa part, pas encore acquise. "Notre produit agit sur le trafic, et il faut donc qu’il soit légalement autorisé. Nous le disons à nos revendeurs : il faut travailler avec vos gouvernements respectifs pour y parvenir", rapporte Emmanuelle Landru. Que ce soit par la route ou par les rails, Elan Cité compte bien garder son élan, et sa croissance à deux chiffres, dans les années qui viennent.

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