L’ambiance s’est aujourd’hui apaisée dans l’équipe de Jho. Spécialiste de produits d’hygiène intime bio pour femme, la jeune marque nantaise fondée en 2017 a vécu quelques montagnes russes ces dernières années. Après avoir levé deux millions d’euros en 2020 auprès de Pays de la Loire Participations, de Bamboo et de Founders Future, l’entreprise a eu le vent en poupe. Elle recrute, monte jusqu’à 25 personnes en 2022, et devient la marque d’hygiène féminine leader en ligne. Mais les chiffres ne grimpent pas aussi vite que l’entreprise pouvait l’espérer.
Des coûts d’acquisition qui ont explosé
Sans point de vente physique lors de son lancement, la marque mise gros sur les réseaux sociaux pour se faire connaître du grand public, et connaît au départ une belle croissance. Mais la crise du Covid-19 rebat les cartes. "Durant cette période, les coûts d’acquisition et de marketing sur les réseaux sociaux ont explosé", se remémore Coline Mazeyrat, cofondatrice et dirigeante de Jho.
Résultat : les retombées des sommes investies dans les réseaux pour agrandir le nombre d’utilisatrices se font attendre. "Nous perdions de l’argent, ce qui augmentait la pression avec les investisseurs", poursuit Coline Mazeyrat.
La rentabilité, accompagnée de sérénité
En 2023, face au manque de rentabilité, la start-up est obligée de réduire la voilure, et de passer par des coupes budgétaires, et des licenciements. "Notre croissance s’est ralentie. Or, nous avions déjà l’équipe pour continuer de croître". En ce début 2025, Jho a retrouvé de la sérénité. "Nous sommes désormais 6 personnes. Nous avons fait un chiffre d’affaires en 2024 qui atteint les 3 millions d’euros, soit une augmentation de 20 % par rapport à l’année précédente. Et nous sommes maintenant rentables", sourit la dirigeante.
Un geste apprécié par les salariées
Si une grosse partie de ce chiffre d'affaires est toujours réalisée via leur plateforme en ligne, Jho s’ouvre aussi aux distributeurs, comme Monoprix et certaines grandes pharmacies. "Nous sommes également présents dans certains Leclerc dans l'Ouest", note la dirigeante. Malgré une équipe reserrée, Jho ne compte pas se reposer sur ses acquis. La marque s'ouvre d'ailleurs de plus en plus au marché B to B. Pour de nombreux clients, cela entre dans une perspective RSE, comme une salle de repos, ou des vélos de fonction. "Plusieurs entreprises proposent nos tampons ou serviettes en libre-service pour leurs salariées. C’est un geste apprécié qui montre souvent la modernité de la société, appuie Coline Mazeyrat.
Se faire connaître hors des réseaux sociaux
Parmi ses collaborations, Jho travaille par exemple avec la SNCF, ou encore l’entreprise nantaise Ici Toilettes. Cette dernière développe une application qui répertorie les cafés et restaurants qui ouvrent leur lieu d'aisances aux passants qui ne consomment pas. Ces lieux partenaires sont ainsi fournis gratuitement en produits Jho par Ici Toilettes. De quoi se faire connaître auprès de passants qui ne seraient pas forcément sur les radars des réseaux sociaux.
"Nous sommes les seuls à proposer ces produits post-partum, ce qui nous offre un boulevard"
Si les voyants semblent aujourd’hui au vert pour Jho, Coline Mazeyrat admet néanmoins que ces deux dernières années ont été très compliquées à vivre. "Certaines personnes ont mal vécu le licenciement, mais il en allait de la survie de l’entreprise. C’était très difficile humainement, et je n’étais pas forcément prête à cela", témoigne-t-elle.
Des nouveaux produits à la carte
Passer par ce type d’épreuve a aussi permis de souder les membres de l’équipe restante. "À cinq, nous avons sorti plus de nouveaux produits qu’à vingt auparavant", remarque la dirigeante. Au-delà des protections périodiques en coton bios, Jho se veut aujourd’hui une société experte en intimité, avec des produits comme des lubrifiants, des baumes ou des culottes menstruelles. Parmi ces nouveautés, Jho a lancé une gamme post-partum l’année dernière. "C'est une innovation qui nous permet de toucher de nouvelles clientes", s’enthousiasme Coline Mazeyrat. Néanmoins, pas question de relever des fonds pour accompagner cette croissance. Celle des années à venir pour Jho devrait se faire en douceur.