Nantes
"Si un acquéreur s’intéresse à votre entreprise, c’est que vous avez de la valeur et qu’elle en a aussi"
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Grégoire Monconduit fondateur de Rosemood "Si un acquéreur s’intéresse à votre entreprise, c’est que vous avez de la valeur et qu’elle en a aussi"

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Aujourd'hui, Rosemood, entreprise implantée à Nantes, compte une centaine de collaborateurs et pèse 20 millions d'euros de chiffre d'affaires. Fondée en 2006, par Grégoire Monconduit, Antoine Roche et Hélène Germain, elle a été rachetée en 2022 par la société germanique Celebrate. De sa création à l'exit, l'ex-dirigeant raconte comment il a vécu les phases clés de la vie de son entreprise et ce qu'il en retire comme expérience.

Grégoire Monconduit, fondateur de Rosemood — Photo : DR

Comment votre début de carrière professionnelle s'est-il déroulé ?

J'ai commencé ma carrière dans le conseil en stratégie, dans une grande entreprise américaine. Ensuite, j'ai travaillé à la FNAC pendant un an et demi. Mais ces expériences ne m'ont pas rendu heureux. Je trouvais ces jobs trop rigides, sans créativité ni fantaisie. En 2006, nous avons donc lancé un premier projet : un service de "Carnet du jour" en ligne, une plateforme permettant d'annoncer les naissances, mariages et décès de manière digitale, un peu comme ce que l'on trouve dans la presse régionale.

Est-ce que ça a fonctionné ?

L'idée me paraissait géniale à l'époque, mais elle ne s'est pas avérée rentable. Ces faire-part virtuels ont été un échec complet. J'ai persisté un moment avant d'accepter que cela ne fonctionnerait pas. Mon associé de l'époque, Antoine Roche, qui m'a rejoint dès le lancement, m'a aidé à ouvrir les yeux. C'est en analysant les tendances de recherche sur Google que nous avons identifié un autre marché, très proche du nôtre : celui des faire-part papier. L'offre était alors de qualité moyenne. Pourtant, les entreprises du secteur semblaient prospérer. Il y avait un vrai marché, des clients. Il nous fallait simplement faire mieux que nos concurrents, aller sur un positionnement plus haut de gamme.

Un moment important dans le développement de l'entreprise a été l'arrivée d'une nouvelle associée…

Le véritable tournant a en effet été la rencontre avec Hélène Germain, en 2009. Elle nous a rejoints pour structurer l'offre de Rosemood. Elle a apporté une dimension esthétique et un sens du service qui nous ont permis de nous différencier. Nous avons également levé 100k pour lancer ce nouveau site, qui se sont ajoutés aux 200k initialement levés pour le Carnet du jour.

Dès le lancement, nous avons reçu des retours enthousiastes de clients qui cherchaient une alternative plus qualitative aux faire-part traditionnels. C'est à ce moment-là que j'ai su que nous tenions quelque chose. Un an après, on choisissait le nom de Rosemood, pour le nom de notre entreprise. A l'époque, nous étions encore à Paris. Nous sommes arrivés à Nantes fin 2011.

La réussite est-elle arrivée assez vite ?

Pour accélérer, nous avons levé 300 000 euros en deux fois pour financer le développement du site et les premiers designs. Très vite, les commandes ont commencé à affluer. Le chiffre d'affaires a gonflé. Nous avons pu atteindre la rentabilité rapidement sans avoir à lever de fonds supplémentaires. Je garde cependant à l'esprit que l'on a trop compté sur le bouche à oreille pour nous faire connaître. Nous aurions pu être plus "agressifs" sur le plan du marketing pour booster notre notoriété.

Au cours de ces années de croissance rapide, avez-vous connu des moments difficiles ?

Bien entendu. Le parcours entrepreneurial est fait de doutes. Il y avait des périodes où nous nous demandions si nous faisions les bons choix, si nous allions réussir à faire grandir notre entreprise comme nous le souhaitions ; nous avons également rencontré des difficultés managériales à un moment où la croissance était telle que nous nous occupions trop de nos clients et pas assez de nos équipes. La ténacité a été essentielle. Il y a aussi eu des moments de fatigue, où l'on se demande si l'on veut continuer. Heureusement, nous étions trois associés et nous avons pu nous épauler mutuellement. C'était notre force.

Parlons de votre sortie de l'entreprise. Comment êtes-vous arrivé à l'idée de vendre Rosemood ?

On en parlait depuis longtemps, sans que ce soit une finalité. Étant trois au capital, nous savions que nos envies évolueraient différemment avec le temps. L'opportunité est venue naturellement : nous connaissions depuis longtemps le groupe allemand Celebrate Company, qui partageait notre vision et notre sens du service. Après plusieurs discussions, nous avons trouvé un accord en 2022. Quelques années auparavant, nous avions eu des discussions qui n'avaient pas abouti. Je trouvais que la valeur de l'entreprise était supérieure à ce qu'ils nous proposaient. Lorsqu'un fonds d'investissement est arrivé chez nos concurrents, et qu'il a ouvert la possibilité d'une croissance externe, avec des moyens, alors l'offre est devenue intéressante.

Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ?

L'exit a été un moment fort, dur également, car c'est aussi un deuil. On passe d'une position où l'on décide en dernier ressort à une situation où l'on doit transmettre, et où les choses nous échappent un peu plus. J'ai ressenti un vrai manque de ne plus pouvoir décider. Ce qui m'a le plus manqué, c'est de créer et mener une équipe, de construire ensemble, de trancher, d'arbitrer. Le quotidien de chef d'entreprise a quelque chose de palpitant.

Avec le recul, qu'est-ce qui vous semble important de faire en priorité ?

Le premier point, et le plus important, c'est de prendre son temps, de bien réfléchir à tout, creuser toutes les options, lister les bonnes et les mauvaises raisons de vendre. La cupidité, il me semble, est un poison. Comme le dit le proverbe, "l'argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître". Il faut également refuser la pression et prendre le temps d'étudier le dossier, de voir s'il y a un loup quelque part.

Et ensuite ?

Je tenais à choisir un acheteur de qualité. Un dirigeant aime son entreprise et ses salariés, c'est son bébé. Même s'il la vend, il reste attaché à elle. J'ai veillé à choisir un acheteur à même de l'aider à se développer, qui porte une stratégie intéressante pour les années à venir. Par ailleurs, il me paraît indispensable de vendre à quelqu'un qui veut s'appuyer sur les personnes clés de l'entreprise et qui soit bienveillant à l'égard des salariés et de leur bien-être. La continuité de la culture d'entreprise est absolument fondamentale.

Le prix de vente est un vrai sujet, non ?

Bien sûr. Pour cela, je me suis entouré, car il est important de ne pas sous-estimer sa valeur. Si un acquéreur s'intéresse à votre entreprise, c'est que vous avez de la valeur et qu'elle en a aussi. Assurez-vous que la transaction se fait à vos conditions et pas uniquement à celles de l'acheteur. Pour Rosemood, nous avons fait appel à une banque d'affaires qui nous a confirmé que le prix de vente était conforme à la valeur de l'entreprise et que celle-ci intéressait d'autres investisseurs.

Des regrets ?

Je reconnais que je n'ai peut-être pas assez étudié la possibilité d'acheter les parts de mes associés et de faire de Rosemood une entreprise familiale que j'aurais transmise à mes enfants. J'ai eu aussi la peur à un moment donné de faire entrer un fonds, avec l'idée que je ne souhaitais pas me mettre entre les mains de gens trop éloignés de moi. Maintenant que j'ai l'expérience de l'exit, je n'ai plus cette crainte.

Que vous a apporté la vente, néanmoins ?

En vendant mon entreprise, il faut le dire, j'ai pensé un peu à moi, après avoir beaucoup pensé aux autres. Il faut l'accepter. J'ai acquis une liberté financière bien sûr, et la liberté de me reposer pendant un an, d'apprendre le piano et le wingfoil, un sport de glisse. Il faut aussi accepter que vous décidez de la vente de votre entreprise alors que vos salariés, que vous adorez, la subissent, et que cela va changer des choses pour eux. C'est loin d'être évident !

Justement, après la création, le développement et l'exit, quelle est la suite pour vous ?

Avec Hélène, nous réfléchissons à une nouvelle aventure entrepreneuriale. Nous sommes au tout début du processus, mais nous savons que l'idée n'a pas besoin d'être totalement innovante. On peut aussi racheter une entreprise existante et la faire grandir différemment. Ce qui compte, c'est de travailler avec une équipe alignée sur nos valeurs et avec qui on aura du bonheur à travailler au quotidien. On a aussi appris qu'il faut parfois savoir saisir les opportunités sans trop attendre que l'idée "parfaite" arrive.

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