L’innovation portée par Serenity est aussi étonnante que le parcours de son fondateur. Née à Cannes, désormais accompagnée au pôle Alpha à Sophia Antipolis, la start-up a mis au point un système qui capte l’humidité de l’air ambiant pour en faire de l’eau potable. Ses distributeurs produisent ainsi, selon le modèle, 12 à 1 000 litres d’eau par jour, à partir de 30 à 40 % d’humidité dans l’air.
"Trouver une solution" au manque d’eau
À l’origine du projet : Étienne Lorant. Après une première carrière dans l’Armée, sur différents théâtres d’action en Afrique et au Moyen orient, il devient scaphandrier, œuvrant notamment sur des plateformes pétrolières.
"J’ai toujours connu des problèmes de logistique, contextualise-t-il. Dans l’Armée, on avait beau avoir des camions, avoir tout notre paquetage, l'eau était souvent un problème. Et quand je suis rentré en France en 2014, j’ai constaté que le grand public n’était pas si bien loti non plus. Il y avait des restrictions d’eau dans plein de régions, on devait distribuer des bouteilles d’eau en plastique. Je me suis dit qu’il fallait trouver une solution."
Deux ans de recherches et de tests
Un constat qui devient une mission. Étienne Lorant se lance alors dans un vaste état des lieux des solutions existantes – dessalinisation, filtration, générateur atmosphérique… -, de leur coût et de leur "opérabilité". Il voyage en Asie pour débusquer de nouvelles technologies et étudier leur efficacité, leur faisabilité, les barrières à l’entrée…
"Avec mon associé, on est partis de la stratégie nationale du plan Eau et de ses 53 mesures concrètes et avec un souci de réglementation, de conformité de l’eau mais aussi de l’énergie parce que c’est bien d’avoir un système, mais il ne faut pas qu’il consomme trop", explique-t-il.
Du biomimétisme
Avant d'ajouter : "Pendant deux ans, on a alors essayé plein de machines, fait des tests, du prototypage. On a travaillé avec les laboratoires de phytocontrôle, retravaillé sur différents systèmes de filtration pour avoir la bonne qualité selon l'ARS, l'Agence régionale de Santé. Et en 2024, on a obtenu enfin de bons résultats."
Ainsi est alors officiellement créée l’entreprise Serenity – SAS au capital social de 110 000 euros — avec trois personnes et le soutien de Mathieu Merian, fondateur et dirigeant de Somanity, à Sophia Antipolis.
L'air ambiant aspiré, l'humidité est refroidie sous un point de rosée via un système de condensation optimisée. La vapeur devient alors un liquide, préfiltré au charbon actif, filtré à l’UV puis purifié avant d’être enrichi de minéraux. "Il n’y a pas de PFAS, pas de chlore, pas de microplastiques, assure le dirigeant. Mais on n’a rien inventé, la machine fait juste ce que la nature fait déjà. C’est du biomimétisme", précise Etienne Lorant. Ces fontaines à eau 2.0 sont pour l’heure fabriquées en partie en Asie puis assemblées en France.
En Grèce et au Mexique
Serenity a déjà commercialisé ses machines, en location, en BtoC et en BtoB, dans des entreprises, des hôtels, des yachts. Et cherche aujourd’hui des partenaires pour accélérer la distribution et d’autres pour développer une application solaire pour pouvoir se passer de branchement électrique (160 watts consommés par jour 12 litres d’eau produits).
Déjà présente en Grèce, elle devrait bientôt l’être au Mexique où réside l’associé d’Etienne Lorant une partie de l’année et où le système est en cours de certification, selon l’entrepreneur.
Une première levée en vue
Soutenue par la CCI Internationale, Serenity devrait poursuivre son chemin à l’étranger, bénéficiant par ailleurs du marquage CE et du label Solar Impulse. La start-up, qui a démarré une collaboration avec Arfitec, groupe spécialisé à Grasse dans la nébulisation, prévoit une levée d’ici la fin 2026, avec un objectif de 500 000 euros pour structurer davantage encore la société et recruter notamment un directeur général.