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u'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre "Quand les décideurs s'inspirent des moines - Neuf principes pour donner du sens à votre action" (édition Dunod)? Après sept ans à la direction d'une entreprise de coaching en ressources humaines pour les dirigeants de grands groupes à Hongkong, Singapour et Shanghai, j'ai décidé de vendre ma société car mon action manquait de sens: je n'avais plus le feu sacré le matin en me levant. Le coaching rendait les dirigeants plus efficaces mais ne travaillait pas sur le sens, alors que les dirigeants sont stressés, au détriment de leur santé. Je travaillais avec des gens talentueux mais sans sérénité intérieure. De plus, à titre personnel, j'ai toujours été attiré par les moines et leur paix intérieure. Sans vouloir être moine, j'y vois un idéal.
Vous parlez de "sens". Qu'est-ce que cela signifie pour vous?
J'en ai une définition concrète: c'est l'énergie vitale que l'on a le matin pour faire ce que l'on fait. Faites-vous vraiment une mission qui vous nourrit en profondeur? À la fin de votre vie, est-ce que ce sera quelque chose qui aura compté? Il faut être en adéquation avec ses valeurs profondes et, pour cela, il faut les connaître! Ça peut être l'innovation, le succès, qu'importe. Mais quand une valeur essentielle n'est pas remplie, l'action manque de sens et conduit à un manque d'énergie. Les dirigeants font face à des problématiques purement business mais qui rejoignent leur équilibre personnel.
Qu'est-ce que cet équilibre personnel peut apporter à l'entreprise?
Quand un leader est puissant et serein, il dégage un souffle pour ses collaborateurs: ils ont envie de travailler avec lui, dans un bon climat, avec plus d'engagement. Quand un dirigeant fait ce travail intérieur, il trouve une force qui se répercute sur la gestion de l'entreprise et lui donne du sens, sociétal ou environnemental par exemple. L'harmonie est peu prise en compte de manière proactive dans l'entreprise, sauf en cas de conflit ouvert! Il n'est pas question de créer une communauté hippie, mais un climat de respect mutuel, sans détruire l'autre, sans le blesser ou l'écraser, ce que beaucoup font en entreprise, même sans s'en rendre compte. Le climat dépend du leader.
Votre livre parle d'amour et de compassion, d'obéissance, de pauvreté, d'hospitalité; ce ne sont pas vraiment des termes qui s'appliquent au monde du travail...
Ce pourrait même être des termes répulsifs! Par exemple, l'amour et la compassion sont souvent des idéaux à titre personnel. Mais il est possible pour un décideur de vivre ces valeurs tout en étant ferme et décisionnaire. Il faut développer ces valeurs si elles sont importantes pour vous, elles peuvent vous mener à une vraie puissance. La pauvreté n'est pas motivante? Il ne s'agit pas de copier ce que font les moines. Mais pensez à vos objectifs de croissance. Ne les avez-vous pas fixés trop élevés? Si vous les abaissez un peu, vous vous libérez d'une pression et vous dégagez du temps pour d'autres problématiques. Vous pouvez répondre à un besoin d'efficacité et de développement de votre entreprise mais avec du sens et de la sérénité.
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Management. L'auteur rhônalpin Sébastien Henry propose une approche spirituelle pour accompagner les dirigeants d'entreprise.