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Roquette investit plusieurs millions d’euros dans son usine picarde, pour s’ouvrir de nouveaux marchés
Somme # Agroalimentaire # Investissement industriel

Roquette investit plusieurs millions d’euros dans son usine picarde, pour s’ouvrir de nouveaux marchés

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À Vecquemont (Somme), le groupe Roquette vient d’investir 4,5 millions d’euros dans la dernière usine de fabrication de fécule à base de pommes de terre de France. Cette opération permet de lancer un nouveau produit, un engrais pour l’agriculture biologique. Diversifier les débouchés est devenu indispensable pour maintenir une filière féculière en difficulté depuis le Covid.

Avec ce nouvel atelier, le directeur du site de Vecquemont, Patrick Poret souhaite s’ouvrir à un nouveau marché des engrais pour pérenniser l’entreprise — Photo : Lise Verbeke

Roquette, producteur mondial d’ingrédients d’origine végétale et fournisseurs d’excipients pharmaceutiques, est d’ordinaire très discret. Mais le groupe né à Lestrem (Pas-de-Calais), qui pèse 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec une trentaine de sites industriels dans le monde, a ouvert les portes de son usine de Vecquemont (125 salariés, 130 M€ de CA).

Un nouvel atelier vient d’y être inauguré, pour un investissement en fonds propres de 4,5 millions d’euros. Ce nouvel outil permet de produire des solubles filtrés de pommes de terre, 100 % biosourcés, avec une capacité de production de 10 000 tonnes par an. Riches en phosphore, en azote et en potassium notamment, ces solubles, sous la marque Solulys, sont utilisés comme fertilisants pour l’agriculture bio, et en biostimulant pour les plantes, pour les rendre plus résistantes au manque d’eau, à la chaleur etc.

Le nouvel atelier va permettre de produire 10 000 tonnes de solubles liquides de pomme de terre chaque année — Photo : Roquette

Remplacer les engrais chimiques

Le nouveau bâtiment abrite un filtre presse, une machine de 10 mètres de long, construite par une entreprise de Limoges, avec des paramètres sur-mesure. "Beaucoup d’essais ont été nécessaires pour obtenir la bonne filtration de solubles de pomme de terre et de maïs, indique le directeur de l’usine, Patrick Poret, notre R & D y travaille depuis 2021". Auparavant, le soluble non filtré des pommes de terre servait à la nutrition animale, "qui était l’un des seuls débouchés".

"Cela représente un marché énorme, de plus de 10 milliards d’euros."

Aujourd’hui, grâce à ce nouveau procédé, d’autres marchés s’ouvrent. "Ce sont des vraies solutions pour le monde agricole mais aussi pour les particuliers, car il se substitue aux engrais chimiques, et cela représente un marché énorme, de plus de 10 milliards d’euros", souligne le directeur.

Les premières tonnes de Solulys ont été livrées dès le mois de décembre à des grands industriels de la fertilisation français et européens. "Nous sommes au début du développement commercial, et l’objectif est à terme, d’exporter dans le monde entier", ajoute le dirigeant, sans indiquer à ce stade de prévision de croissance.

Maintenir la filière féculière

Cette évolution est "nécessaire pour pérenniser l’entreprise avec une meilleure rentabilité, mais aussi pour être attractif vis-à-vis des agriculteurs". L’usine, qui produit de la fécule pour l’industrie agroalimentaire, pharmaceutique et papetière, est fournie en pommes de terre par la coopérative de Vecquemont, qui regroupe 700 producteurs dans les Hauts-de-France et en Normandie. Un nombre qui a baissé ces dernières années, notamment depuis le Covid, "les prix se sont effondrés, les surfaces de pomme de terre de variété spéciale pour la fécule ont été réduites et il y a eu la concurrence d’autres cultures notamment le blé, plus rémunérateur", regrette Patrick Poret.

"Cette évolution est nécessaire pour pérenniser l’entreprise avec une meilleure rentabilité, mais aussi pour être attractif vis-à-vis des agriculteurs."

Une baisse qui s’est aussi faite au profit de la pomme de terre de consommation. La construction en cours d’une grosse usine de frites surgelées, par l’industriel belge Ecofrost à Péronne, à quelques kilomètres, "nous inquiète, d’où la nécessité de ce nouveau marché de soluble", explique le dirigeant. Lors de la dernière campagne, Roquette a doublé le prix d’achat de la tonne de pomme de terre aux agriculteurs, "ce qui a permis d’arrêter l’hémorragie".

Somme # Agroalimentaire # Agriculture # Investissement industriel # Made in France