La France en bonne place pour développer ce qui est souvent considéré comme l’énergie du futur, la fusion nucléaire ? La start-up grenobloise Renaissance Fusion (62 salariés), qui développe un réacteur nucléaire à fusion compacte et modulaire a en tout cas su convaincre les investisseurs du bien-fondé de ses technologies, pour la plupart brevetées et destinées à fournir une énergie abondante et propre, inspirée du soleil.
Un tour de table avec le Crédit Mutuel et Lowercarbon Capital
Créée en 2020, la jeune pousse a ainsi bouclé une levée de fonds de 32 millions d’euros. Le Fonds Révolution Environnementale et Solidaire abondé par le dividende sociétal du Crédit Mutuel Alliance Fédérale a mené ce tour de table, aux côtés du fonds américain Lowercarbon Capital qui avait déjà investi lors d’un tour de table annoncé en janvier 2023. La pépite avait à l’époque réuni 15 millions d’euros, puis obtenu en janvier 2024 une aide de 10 millions d’euros de Bpifrance, dans le cadre du plan "Réacteurs nucléaires innovants" de France 2030. Soit près de 60 millions rassemblés en deux ans. Une série A2 pourrait venir compléter cette opération d’ici la fin de l’année.
"Renaissance Fusion se fixe pour objectif de commercialiser des réacteurs de fusion nucléaire dans les années 2030, ouvrant la voie à une production d’électricité abondante, décarbonée et bon marché", a rappelé à cette occasion Francesco Volpe, président et directeur technique de Renaissance Fusion, dans un communiqué.
Poursuivre le développement de sa technologie
Avec cette levée de fonds réussie, la jeune pousse s’est fixé trois objectifs principaux : poursuivre le développement de ses parois liquides en lithium. Parois dont les propriétés devraient leur permettre de mieux résister au plasma, chauffé à plus de 150 millions de degrés. Renaissance Fusion entend également construire un module de réacteur stellarator (un dispositif destiné à la production de réactions contrôlées de fusion nucléaire) simplifié et plus économe en énergie. "Notre réacteur sera capable de fournir autour d’1 gigawatt électrique de puissance, pas loin d’un réacteur nucléaire REP standard. Nos clients seront les grands fournisseurs d’électricité", explique Diego Cammarano, COO de Renaissance Fusion.
Commercialiser les aimants supraconducteurs pour générer des revenus à court terme
Troisième objectif de cette opération de financement : développer et commercialiser ses aimants supraconducteurs, "seul matériau capable de révolutionner la production, la transmission et le stockage d’énergie, ainsi que l’imagerie médicale" pour générer des revenus commerciaux rapidement. "L’avantage de l’axe de recherche des aimants est qu’il offre des débouchés commerciaux à plus court terme, dans des domaines tels que le médical avec les machines d’imagerie par résonance magnétique, le transport d'électricité ou la production d’éoliennes," poursuit Diego Cammarano. Une façon de générer des revenus le temps qu’aboutisse le développement des réacteurs, qui devrait survenir dans la décennie 2030, selon le COO.
Ce tour de table devrait également permettre de renforcer les équipes de la pépite, qui ambitionne de dépasser les 100 salariés à horizon 2027.
Première entreprise de fusion par confinement magnétique
Renaissance Fusion est la première entreprise de fusion par confinement magnétique en Europe et une pionnière dans la simplification des stellarators. Même si elle n’est pas la seule sur le créneau, avec une quarantaine de pépites qui planchent sur le sujet à travers le monde, elle peut compter sur le soutien de nombreux instituts de recherche internationaux, dont le CEA dans le cadre de la subvention octroyée par Bpifrance. Des liens avec la recherche publique essentielle pour espérer maîtriser la fusion nucléaire. "Renaissance Fusion bénéficie d’un avantage de pionnier dans l’Union européenne et le CEA est heureux de la soutenir en partageant ses vastes connaissances et son expertise. Cet accord de collaboration donne au CEA l’opportunité de capitaliser sur des décennies de R & D pour un avenir en énergie propre et abondante", a déclaré Philippe Magaud, chef adjoint de l’Institut de Recherche sur la Fusion Magnétique (IRFM) du CEA.