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À Reichshoffen, CAF menace de fermer la ligne de production de ses trains Régiolis
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À Reichshoffen, CAF menace de fermer la ligne de production de ses trains Régiolis

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Les premières rames de train du Régiolis France Allemagne commandées par la Région Grand Est pour un montant de 388 millions d’euros ont été livrées fin août. Leur fabricant, l’Espagnol CAF qui a repris le site d’Alstom à Reichshoffen dans le nord de l’Alsace en 2022, menace de fermer la ligne de production si aucune commande de train régional ne rentre avant la fin de l’année.

En livrée bleue Europe, les 30 TFA commandés par la Région Grand Est pour un montant de 388 millions d'euros (dont 9 rames TER) sont estampillés des drapeaux allemand et français — Photo : Pascale Schaeffer

Rutilante dans sa livrée bleue, le bleu européen, estampillée sur son flanc des drapeaux français et allemand, une rame du Régiolis France Allemagne, l’une des 30 commandées par la Région Grand Est, s’apprête à quitter l’usine de Reichshoffen dans le nord de l’Alsace.

30 rames du Régiolis transfrontalier (de la famille du Coradia Polyvalent) et neuf TER ont effectivement été commandés par la Région Grand Est en 2019 pour un montant de 388 millions d’euros – dont 20 millions d’euros financés par les trois länder allemands desservis, le Bade-Wurtemberg, la Sarre, la Rhénanie-Palatinat.

Le Régiolis France Allemagne, produit par CAF dans le cadre d’un consortium avec Alstom, va se poursuivre à Reichshoffen jusqu’en 2025 — Photo : Pascale Schaeffer

Les six premières rames de train Régiolis France Allemagne viennent d’être livrées, les dernières le seront avant l’été 2025. Les trains régionaux sont destinés à circuler sur sept lignes entre la France et l’Allemagne, parmi lesquelles Strasbourg-Karlsruhe, Strasbourg-Offenbourg, Mulhouse-Fribourg ou encore Metz-Trêves.

Les rames de quatre voitures, et de 76 mètres de long, ont été conçues et sont actuellement intégralement assemblées dans l’usine alsacienne de Reichshoffen (720 collaborateurs), qu’Alstom a cédé en 2022 à l’Espagnol Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF). Au sein de ces deux usines de Reichshoffen et de Bagnères-de-Bigorre, le groupe basque réalise 222 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023. Au niveau mondial, son activité se monte à 3,825 milliards d’euros.

Un consortium avec Alstom

Le Régiolis est produit dans le cadre d’un consortium liant CAF et Alstom. "La collaboration avec Alstom se passe bien. Nous nous connaissons bien", assure Marc Crémoux, directeur des projets chez CAF.

Alstom fournit les bogies motorisés depuis son site d’Ornans (Doubs) et non motorisés depuis le Creusot (Saône-et-Loire), l’informatique embarquée provient de Villeurbanne (Rhône), les chaînes de traction de Tarbes (Hautes-Pyrénées).

CAF produit les chaudrons et assemble ses trains jusqu’au dernier fauteuil. Ils sont ensuite testés en dynamique sur une voie ferrée de 1,2 km adjacente à l’usine alsacienne, avant de rejoindre le site d’essais de Bar-le-Duc dans la Meuse.

Marc Crémoux, directeur des projets chez CAF, et Jean-François Muller, chef de projet Régiolis — Photo : Pascale Schaeffer

380

L’aventure Régiolis, lancée par Alstom dans le contexte d’un contrat-cadre signé en 2009 par la SNCF et destinée au réseau TER portait à l’origine sur la livraison de 1 000 TER jusqu’en 2025. Un contrat à 7 milliards d’euros. 15 ans plus tard, 380 rames sur les 421 commandées ont été fournies. La preuve d’un joli succès du Régiolis, présent aujourd’hui dans toutes les régions françaises.

421 trains régionaux Régiolis ont été commandés depuis 2009 — Photo : Pascale Schaeffer

Aux Régiolis France Allemagne en cours de fabrication succéderont ainsi au sein de l’usine de Reichshoffen ceux commandés par la Région Nouvelle-Aquitaine. Puis d’autres trains, déclinés pour d’autres marchés comme le Charles de Gaulle Express reliant le terminal 2 à la Gare de l’Est et 22 trains Coradia pour le Sénégal.

Les Régiolis H2, bi-mode hydrogène avec pile à combustible, seront les derniers inscrits au contrat-cadre. Il s’agit d’une commande à 190 millions d’euros portant sur 12 rames pour les régions Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie. La livraison est prévue en 2026.

La chaîne de fabrication des Régiolis est complètement manuelle — Photo : Document remis CAF-Photo Cyrille Fleckinger

Coup d’arrêt pour les Régiolis ?

"Mais après 2026, prévient Marc Crémoux, nous n’avons plus de commandes inscrites au contrat-cadre. Si nous n’enregistrons pas de commande additionnelle d’ici la fin de l’année, nous subirons un arrêt de chaîne qui pourrait devenir permanent s’il se prolonge. Cette chaîne a produit jusqu’à six trains par mois. Aujourd’hui, elle tourne plus lentement. On est en moyenne à deux trains par mois. C’est lent. Les commandes se font plus rares. On sait que les Régions ont des besoins, on sait que le trafic ferroviaire augmente mais avec le changement de gouvernance financière, c’est plus compliqué", pose-t-il.

"Si les Régions laissent mourir cette chaîne de fabrication, elles ne trouveront pas de matériel équivalent pendant une durée d’au moins huit ans"

Avant de durcir le ton. "Si nous ne faisons pas du Régiolis, nous ferons autre chose. Mais si les Régions laissent mourir cette chaîne de fabrication, elles ne trouveront pas de matériel équivalent pendant une durée d’au moins huit ans, le temps de lancer un appel d’offres et développer et homologuer un nouveau matériel en France. Et elles ne pourront pas l’acquérir au prix actuel puisqu’il faudra intégrer les coûts fixes d’un nouveau matériel à homologuer en France", prévient Marc Crémoux. Le message est clair.

Un portefeuille diversifié

Pour Jean-François Muller, chef de projet Régiolis, "le site est devenu avec CAF un site multi-projets. S’il y a cinq ou six ans Régiolis représentait 90 % du chiffre d’affaires généré à Reichshoffen, de nouveaux projets tels que ceux des trains Oxygène et du MI20 (le RER B) ont été apportés par CAF.

Car tout ne va en effet pas si mal à Reichshoffen, loin de là. Entre 2023 et 2025, le groupe compte d’ailleurs recruter 200 collaborateurs pour faire face à son activité.

La commande de 28 trains Intercités Oxygène pour la SNCF et la DGITM (700 millions d’euros financés par l’État en tant qu’autorité organisatrice des Trains d’Equilibre du Territoire) pour les lignes Paris-Clermont Ferrand et Paris-Limoges-Toulouse est en grande partie assurée par le site alsacien (les sept premiers ont été fabriqués à Baesain).

Et bientôt le RER B et les tramways pour Hanovre

Bientôt démarrera la mise en production du MI20, réalisée dans le cadre d’un consortium minoritaire avec Alstom, portant sur la fabrication de 146 rames pour le RER B pour le consortium RATP-SNCF Voyageurs. Ce marché très attendu en Ile-de-France, - il a pris un an de retard -, représente un marché global de 2,56 milliards d’euros. La fabrication des chaudrons, les opérations de câblage et garnissage démarreront à Reichshoffen début 2025. Elles se poursuivront jusqu' en 2029.

CAF attaque également depuis l’Alsace le marché allemand puisqu’il a remporté auprès d’Üstra, l’opérateur public local de l’agglomération de Hanovre, un contrat à près de 150 millions d’euros. La fabrication des 42 trains urbains (avec une option de 233 tramways supplémentaires) doit démarrer en novembre à Reichshoffen.

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