Refectory ouvre le troisième chapitre de son histoire. Aux côtés d’un nouvel actionnaire majoritaire, l’entrepreneur Michel Razou, cet acteur de la restauration d’entreprise entend accélérer sa croissance, dont le rythme était déjà soutenu ces dernières années. Fondée en 2015 par Vincent Dupied, sous le nom de Dejbox, l’entreprise a accompli bien du chemin. En l’espace d’une décennie, elle est passée du statut de start-up lilloise de la foodtech, à celui d’ETI. "Ce changement de statut s’est opéré rapidement, constate Vincent Dupied. Nous voulons poursuivre notre développement en conservant le meilleur de ces deux mondes : la robustesse de l’ETI et la souplesse de la start-up, notamment en matière d’innovation". Refectory a terminé l’année 2024 avec un chiffre d’affaires de 70 millions, pour 600 collaborateurs. Son objectif est désormais de franchir, d’ici 2026, le cap des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, et de compter parmi les acteurs clés de la restauration d’entreprise en France.
Une offre de services enrichie
Refectory a misé dès sa création sur un concept de cantine digitale, désormais déployé sur l’ensemble de la France. Ce service cible les TPE, PME et ETI dépourvues de restaurant d’entreprise. Concrètement, Refectory met à disposition de leurs salariés une cantine en ligne, qui permet de passer commande avant 10 h 30 et d’être ensuite livré sur le lieu de travail. Avec un parti pris, celui du bien manger accessible. Plus de 25 plats sont proposés et renouvelés chaque semaine, parmi six univers culinaires différents. Le tout, pour une formule déjeuner (plat, dessert, boisson) au prix moyen de 10 à 11 euros.
Refectory a déjà séduit près de 12 000 entreprises françaises avec ce service. Et ne compte pas en rester là. L’entreprise a récemment enrichi son offre en proposant également des frigos connectés (des distributeurs de plats et boissons), déployés depuis quelques mois. "Il s’agit d’une offre complémentaire à celle de la cantine digitale. La gamme de plats proposés est moins large, mais ce service s’adapte par exemple aux salariés en horaire posté, qui n’ont pas la possibilité de passer commande en ligne avant 10 h 30", explique Vincent Dupied. Début février, une centaine de frigos étaient déjà déployés. Refectory ambitionne désormais de faire passer 15 % de ses 12 000 entreprises clientes sur l’offre combinée cantine digitale et frigo connecté.
Une organisation au cordeau
Pour faire fonctionner cette cantine digitale, "nous avons deux métiers, précise Vincent Dupied, celui de restaurateur d’une part et celui de logisticien de l’autre". Refectory dispose de deux ateliers de fabrication de repas. L’un en Belgique, repris à un partenaire il y a trois ans. L’autre, plus récent, est situé à Nantes (Pays de la Loire). Il est issu de la reprise, en décembre 2024, de la société Maison Hebel (5,4 M€ de CA en 2023) et de ses onze salariés, après son entrée en redressement judiciaire en septembre 2024. Ces deux outils ont permis d’internaliser, de manière significative, la fabrication des plats proposés au quotidien. "Nous sommes proches des 50 %. Les autres plats sont réalisés par des partenaires, des artisans locaux soigneusement sélectionnés", indique Vincent Dupied, qui n’exclut pas de se doter d’autres ateliers en propre, si des opportunités devaient se présenter.
"Un tiers de nos camions sont électriques et 100 % le seront d’ici 24 mois."
L’autre métier de Refectory, c’est la logistique. L’ETI assure elle-même la livraison du dernier kilomètre, depuis l’un de ses 21 entrepôts logistiques en France, jusqu’aux locaux des entreprises clientes. "Nous livrons 35 000 à 40 000 repas par jour, en nous appuyant sur notre propre flotte, constituée de 330 camions, conduits par des livreurs en CDI", souligne Vincent Dupied. Une flotte qui effectue d’ailleurs sa mue vers une motorisation électrique. "Un tiers de nos camions sont électriques et 100 % le seront d’ici 24 mois", affirme le directeur.
Le pilotage précis des coûts
Cette organisation permet d’une part de maîtriser la qualité des plats proposés, "le bon est une clé d’entrée importante chez nous", insiste le dirigeant. Et d’autre part, de limiter les coûts de manière significative, grâce à la maîtrise de ces deux métiers. Par exemple, un logiciel permet d’optimiser les tournées de livraison ou encore, le gâchis alimentaire est limité dans les ateliers de fabrication de repas. "Il s’élève à 3 %, contre 15 % en moyenne pour notre filière", se félicite le dirigeant.
"La maîtrise des coûts est un bon amortisseur de l’inflation".
Cette maîtrise des coûts est une condition indispensable pour proposer un prix final accessible, y compris dans un contexte d’inflation, "qui a été répercuté sur nos tarifs, admet le dirigeant, mais de manière limitée. Notre modèle est résilient : la maîtrise des coûts est un bon amortisseur de l’inflation". L’entreprise compte aller plus loin dans cette maîtrise, en privilégiant à l’avenir l’approvisionnement en direct de ses ateliers de fabrication auprès des agriculteurs, afin de supprimer les intermédiaires. "Chaque centime économisé permet de résoudre cette difficile équation : bien manger, pour un bon prix," milite le dirigeant.
Un passage à l’échelle réussi
La conception de ce modèle a constitué le premier chapitre de l’histoire de Refectory, l’occupant durant quatre ans, de 2016 à 2020. Cette étape s’est faite aux côtés du fonds parisien Partech, qui a investi 500 000 euros en 2016, puis deux millions d’euros en 2017. "Il a ensuite fallu passer ce modèle à l’échelle, c’était le deuxième chapitre de notre histoire", rapporte Vincent Dupied.
"Nous étions en 2020 une jeune start-up prometteuse d’une centaine de collaborateurs qui réalisait 15 millions d’euros de chiffre d’affaires et qui n’était pas rentable."
Un deuxième chapitre accompagné cette fois par l’enseigne de distribution Carrefour, qui a pris 60 % du capital de l’entreprise en 2020. "Nous étions alors une jeune start-up prometteuse d’une centaine de collaborateurs qui réalisait 15 millions d’euros de chiffre d’affaires et qui n’était pas rentable", rappelle Vincent Dupied. Durant quatre autres années, Refectory renforce ses deux métiers, se déploie à l’échelle nationale et obtient les volumes nécessaires au fonctionnement de son outil. "Cela a permis à l’entreprise d’être rentable pour la toute première fois en 2024", se réjouit le dirigeant.
Un fonctionnement plus vertueux
C’est désormais aux côtés de Michel Razou, ancien directeur général et associé du groupe français d’hôtellerie et restauration Bertrand (2,8 Md€ de CA en 2023), que Refectory va poursuivre son développement. En misant notamment sur un fonctionnement plus vertueux. "Sachant que notre approvisionnement représente les deux tiers de notre impact carbone, nous allons multiplier les approvisionnements auprès de fermes agroécologiques", annonce Vincent Dupied. En parallèle, un travail va être mené sur les packagings, composés pour l’heure de barquettes en aluminium. "Nous réfléchissons à l’emploi de contenants réutilisables ou 100 % compostables".