900 ouvriers polyvalents redéployés sur les sites de Sochaux, Mulhouse, Aulnay ou encore Poissy. 850 ouvriers professionnels, ETAM (employés, techniciens, agents de maîtrise) et cadres concernés par un plan de départs volontaires. Au final, ce sont bien 1.750 postes qui, à court terme, seront supprimés sur le site de PSA Peugeot Citroën à Chartres-de-Bretagne. Si la nouvelle a fait l'effet d'une bombe - en interne comme à l'extérieur des murs de La Janais - elle n'est pas vraiment une surprise. Les acteurs économiques, les collectivités, et même les salariés de l'usine s'y attendaient. Reste qu'en passant de plus de 10.000 salariés il y a deux ans à près de 6.000 demain, les répercussions économiques vont être difficiles à encaisser pour le territoire. Même si celui-ci, dans le passé, a déjà démontré sa capacité à rebondir (ST Microelectronics, Mitsubishi...).
L'impact du bonus/malus
Raison de ce cataclysme industriel? Une chute brutale du marché automobile en Europe de l'Ouest (près de 20% au 4e trimestre) et en particulier des véhicules moyen et haut de gamme, spécialité du site rennais. Aujourd'hui, le client qui souhaite acheter un modèle des segments M2 ou H y réfléchit en effet à deux fois. En raison du prix - la faute à la baisse du pouvoir d'achat - et de la consommation de carburant (dont le prix au litre a montré qu'il pouvait grimper très vite). De plus, «l'impact du bonus/malus, s'il est au global un bonus pour le groupe PSA, s'avère être moins positif pour le site de Rennes», explique Pierre-Olivier Salmon, au service communication du constructeur auto, à Paris. Un communicant qui se veut toutefois rassurant pour l'avenir du site rennais. «La part logistique est une part de plus en plus coûteuse avec le renchérissement du prix du pétrole. On a donc tout intérêt à produire au plus près des marchés, explique Pierre-Olivier Salmon. Chez PSA, on ne croit pas à la voiture mondiale, c'est-à-dire un véhicule qui plairait sur toute la planète. On voit que les particularités régionales sont de plus en plus prononcées». Et de citer en exemple McDonald's qui adapte ses plats en fonction des marchés.
«L'avenir du site n'est pas menacé»
Dans ce contexte, «nos usines en France continuent d'avoir leur pertinence et l'avenir du site de Rennes n'est pas menacé», insiste le responsable. Quant à la tentation de délocalisation pour des raisons de coûts salariaux, il s'agirait d'un mauvais calcul. «Ce serait une stratégie à la petite semaine car la construction d'une usine, c'est un projet à quarante ans, rappelle Pierre-Olivier Salmon. Or, le delta entre les salaires d'Europe de l'Est et de l'Ouest se réduit» au fil des ans.
Modèles plus petits?
Pour s'en sortir, La Janais peut par exemple compter sur le soutien - même s'il peut paraître dérisoire au regard des enjeux - des acteurs locaux. Notamment autour de la R & D (lire plus bas). L'usine peut d'abord, et surtout, s'appuyer sur son plan Rennes 2010, qui verra son site optimisé dès l'été prochain. De là à entrevoir une volonté du groupe de construire à Rennes des véhicules plus petits? Lui qui, le mois dernier, annonçait qu'un nouveau modèle serait fabriqué dans la capitale bretonne à l'horizon 2010. «Nos centres de production sont plus flexibles. Rien n'empêche Rennes à terme de s'intéresser à d'autres segments», se contente de commenter le porte-parole du groupe.
1.750 postes supprimés à PSA Rennes. Si la nouvelle était attendue, c'est un coup dur pour le bassin d'emploi local. Car avec l'impact sur les sous-traitants, il faut sans doute multiplier le nombre de suppressions par deux. Doit-on pour autant sombrer dans la sinistrose et affirmer que c'est la mort à petit feu du site de La Janais? Si cela peut être une hypothèse parmi d'autres, ce serait tomber vite dans le pessimisme. Grâce à une réorganisation industrielle et des efforts en R & D, PSA Rennes peut vivre et rester un poumon économique de la capitale bretonne.
Philippe Créhange